La Belgique durcit le ton face à Trump: “Assez de nous traiter comme des enfants”

Le gouvernement belge adopte désormais un langage nettement plus ferme à l’égard du président américain Donald Trump, qui persiste à vouloir annexer le Groenland. “C’est à Trump de décider s’il veut être un monstre ou non”, a déclaré hier le Premier ministre Bart De Wever. “Assez de nous traiter comme des enfants”, a renchéri le ministre de la Défense Theo Francken. D’autres dirigeants européens, Emmanuel Macron en tête, ont également durci le ton face aux Américains.

Maxime Czupryk – Source: VTM Nieuws, HLN, Belga, AFP, X

Regardera-t-on plus tard le mardi 20 janvier 2026 comme le véritable point de bascule des relations entre l’Europe et les États-Unis? Après des semaines de diplomatie prudente, plusieurs dirigeants européens ont durci leur position face à Donald Trump, qui continue de revendiquer le contrôle du Groenland.

Hier (lisez mardi) encore, le président américain a réaffirmé sa détermination à s’emparer de l’immense île arctique. Des déclarations qui font peser une pression considérable sur l’alliance militaire de l’OTAN, plus fragilisée que jamais.

“C’est à Trump de décider s’il veut être un monstre”

En Europe, on semble enfin prendre conscience que Trump n’a pas l’intention de faire marche arrière et que le langage diplomatique seul ne résoudra pas la crise. Ainsi, selon Bart De Wever (N-VA), les velléités américaines sur le Groenland représentent “bien plus que le franchissement d’une ligne rouge.” “C’est à Trump de décider s’il veut être un monstre ou non”, a déclaré le chef du gouvernement belge mardi au Forum économique de Davos, en Suisse, où le président américain est précisément attendu ce mercredi.

Bart De Wever et le roi Philippe doivent théoriquement rencontrer le locataire de la Maison-Blanche aujourd’hui à Davos. Mais l’agenda chargé du président américain, qui arrivera en Suisse avec plusieurs heures de retard suite à un problème d’avion, risque d’avoir raison de cet entretien belgo-américain.

“Assez de nous traiter comme des enfants”

“Mais si la rencontre a lieu, nous lui ferons comprendre qu’il ne se comporte pas comme un allié loyal de l’OTAN”, a déclaré le Premier ministre hier soir sur VTM. “On ne menace pas un allié. C’est une ligne rouge. Quand elle est franchie, il faut oser réagir fermement. Nous n’irons pas plus loin. Si nous laissons passer ça aujourd’hui, que sera-ce demain?, a-t-il ajouté, mettant en garde contre toute complaisance face aux revendications américaines sur le Groenland.

Le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), a durci le ton à son tour dans un podcast de HLN. “Assez de nous traiter comme des enfants”, a-t-il lancé. “Trump pense qu’il peut tout se permettre. Je doute que l’Américain moyen soit d’accord avec les menaces et le ridicule autour du Groenland et des dirigeants européens”, a estimé le Brabançon.

Une position européenne qui se durcit face à Trump

Le gouvernement belge s’aligne ainsi sur plusieurs dirigeants européens qui ont également durci leur position hier/mardi, semblant tracer une ligne rouge commune face aux revendications américaines sur le Groenland.

À Davos, Emmanuel Macron a été le premier à tirer la sonnette d’alarme, dénonçant un “glissement vers un monde sans règles” où le “droit du plus fort” prévaut. Le président français a dénoncé une “concurrence des États-Unis d’Amérique” à travers une politique commerciale qui “exige des concessions maximales et vise ouvertement à affaiblir et subordonner l’Europe”.

Mardi soir, le Premier ministre polonais Donald Tusk, traditionnellement très pro-américain, a lui aussi mis en garde sur X contre tout “apaisement.” “Céder est toujours un signe de faiblesse. L’Europe ne peut pas se permettre d’être faible, ni face à ses ennemis, ni face à son allié. L’apaisement n’apporte aucun résultat, seulement l’humiliation. L’affirmation de soi et la confiance en Europe sont désormais essentielles”, a souligné l’ancien président du Conseil européen.

Cette convergence de messages laisse entrevoir une Europe plus unie et décidée à résister aux pressions américaines, même au risque de froisser son allié historique.

Jusqu’où l’Europe est-elle prête à aller face à Trump?

La grande question reste désormais de savoir jusqu’où l’Europe est prête à aller pour contrer les pressions de Donald Trump. Les dirigeants européens se réunissent précisément demain/jeudi à Bruxelles pour une réunion d’urgence à ce sujet.

Pour Bart De Wever, il est clair que l’Europe doit répondre d’une seule voix. “Ce sera un contre tous, mais aussi tous contre un”, a-t-il déclaré à la VRT depuis Davos. “Finies les belles paroles. Si quelqu’un dit: ‘Je veux vous prendre du territoire de l’OTAN, sinon je déclenche une guerre commerciale’, alors nous déclencherons une guerre commerciale.” Un tel conflit serait “catastrophique” aussi pour les États-Unis, a ajouté le Premier ministre, en rappelant que les élections de mi-mandat approchent.

“Être un vassal heureux est une chose. Mais être un esclave misérable en est une autre.Bart De Wever

Pour De Wever, l’Europe est aujourd’hui à un “carrefour où elle doit faire un choix: soit on se réunit, soit on explose”. “Être un vassal heureux est une chose. Mais être un esclave misérable en est une autre. Si l’on recule maintenant, nous perdrons toute crédibilité. Et c’est sans doute ce qu’il y a de plus coûteux dans une démocratie”, a ajouté M. De Wever.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé comme “une erreur” les droits de douane de 10 % que Trump veut imposer à huit pays européens en raison de leur mission militaire au Groenland, et a promis une réponse “proportionnée.”

De son côté, Emmanuel Macron a de nouveau invoqué le recours à l’instrument “anti-coercition” de l’Union européenne, considéré comme un “bazooka” en cas de guerre commerciale. Cet instrument permettrait à l’Union européenne d’agir comme un bloc si un ou plusieurs États membres étaient mis sous pression économique. L’UE pourrait alors imposer des droits de douane aux États-Unis ou restreindre l’accès au marché européen à certaines entreprises américaines, touchant notamment le secteur technologique.

La fin de l’Atlantisme?

La crise du Groenland pourra-t-elle être résolue? Rien n’est exclu, y compris une rupture totale avec les États-Unis, ce qui ouvrirait une nouvelle ère pour l’Europe. Si le conflit s’intensifie et mène à une confrontation, l’OTAN pourrait inévitablement disparaître. “Si cela arrive, nous vivrons la fin de l’Atlantisme”, a averti De Wever.

Selon le ministre de la Défense Theo Francken, un plan B est déjà à l’étude. Entre les pays restant dans l’OTAN, “une coopération militaire existera toujours”, même si le ministre espère que les États-Unis, de loin le pays le plus puissant de l’OTAN, resteront pleinement engagés.

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