Regain de tensions au Tigré : « Nous ne voulons pas la guerre »
© 2026 AFP, – « Nous ne voulons pas la guerre », a affirmé le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, sur fond de craintes d’un nouveau conflit dans l’Etat régional du Tigré, le plus au nord de l’Ethiopie, autour duquel la situation est de plus en plus tendue.
Le Tigré est sorti exsangue en 2022 d’un conflit qui a duré deux ans et a opposé l’armée fédérale éthiopienne, appuyée par des milices locales et des soldats érythréens, aux forces des autorités de cette région, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et entrées en rébellion.
Un accord de paix a permis pendant près de trois ans de maintenir un calme précaire dans la région, mais des combats directs ont opposé en novembre 2025 et janvier 2026 les forces fédérales aux soldats tigréens.
De nombreux soldats de l’armée fédérale sont depuis plusieurs semaines massées à la frontière du Tigré, vers laquelle se sont également déployées des forces tigréennes.
« De notre côté, nous pensons que les problèmes ne peuvent être résolus que par le dialogue. Nous ne voulons pas la guerre », a affirmé M. Abiy dans une interview diffusée jeudi soir par l’agence de presse éthiopienne ENA.
Dans la région, certains « empêchent tout dialogue, privant la population de se réunir, de discuter, de poser des questions et de trouver des solutions », a poursuivi le chef de l’exécutif éthiopien, en référence au TPLF, parti qui a dirigé de fait l’Ethiopie pendant près de 30 ans avant d’être marginalisé à l’arrivée au pouvoir de M. Abiy en 2018.
Dans un rare entretien accordé en tigrinya, la langue parlée au Tigré, M. Abiy a également accusé le TPLF, désormais radié de la liste des partis homologués, de « ne pas être prêt à faire le moindre compromis ».
Dans un entretien accordé mercredi à l’AFP, le numéro 2 du TPLF, Amanuel Assefa, avait affirmé que le gouvernement fédéral se préparait « à lancer une guerre au Tigré ».
Les autorités fédérales ont accusé le TPLF – qui dément – de s’être rapproché de l’Erythrée voisine qui entretient des relations exécrables avec Addis Abeba. Asmara accuse son voisin enclavé de lorgner le port érythréen d’Assab.

Carte d’Ethiopie localisant le Tigré et sa capitale, Mekelle
AFP Aude GENET, Kun TIAN
Si l’Erythrée, ancienne province éthiopienne dirigée depuis son indépendance en 1993 par Issais Afeworki, « en a l’occasion, elle n’hésitera pas à déstabiliser » l’Ethiopie, a affirmé Abiy Ahmed.
« Nous ne lui donnerons pas une nouvelle chance de nuire à notre peuple. Si elle tente quelque chose, je suis convaincu que ce sera sa dernière tentative », a-t-il mis en garde.
L’Ethiopie et l’Erythrée se sont affrontées dans une guerre à grande échelle meurtrière de mai 1998 à juin 2000 pour le contrôle de plusieurs localités frontalières.
Rapidement après son arrivée au pouvoir en 2018, M. Abiy s’était rapproché du dirigeant érythréen ce qui lui avait valu l’année suivante le prix Nobel de la paix, mais leurs relations se sont ensuite dégradées.

