République islamique d’Iran: des exécutions de masse, des avocats réduits au silence
Chaque jour, les noms de plusieurs contestataires exécutés en République islamique d’Iran sont dévoilés sur les réseaux sociaux. Le Centre Abdorrahman Boroumand estime à un millier le nombre de personnes exécutées par le régime depuis le début de l’année 2026. Des chiffres qui sont très certainement sous-estimés en raison de la coupure d’Internet de près de 3 mois. Parallèlement le régime s’en prend aux avocats défenseurs des droits humains. Sous pression, ces derniers prennent de plus en plus de risque pour défendre leurs concitoyens
Par : Sara Saidi – SOURCE RFI
Alors que la guerre avec les États-Unis se poursuit, entre périodes d’accalmie et reprises des bombardements, la République islamique d’Iran continue les exécutions de manifestants. Inculpés de « guerre contre Dieu » et de « corruption sur terre » pour avoir participé aux manifestations de janvier 2026, deux jeunes, Abolfazl Sepahi et Amir Hossein Safar, ont ainsi été pendus mardi 28 juillet 2026 sur la place publique d’Ispahan (centre) malgré la mobilisation et les protestations de la population. La République islamique d’Iran enregistre le plus grand nombre d’exécutions dans le monde. Selon l’ONG Hengaw, au moins 109 prisonniers ont été exécutés durant le seul mois de juin en Iran. Des chiffres corroborés par le centre Abderrahman Boroumand qui compte 115 personnes exécutées en juin et près de 900 personnes exécutées par le régime depuis le début de l’année.
Attaques contre les avocats indépendants
Parallèlement à ces exécutions, le régime s’attaque de plus en plus aux avocats qui défendent les droits humains et dénoncent les tortures et les arrestations arbitraires de manifestants. À Machhad, six mois après son arrestation, le défenseur des droits Javid Alikordi a récemment été condamné à 18 ans de prison pour « rassemblement et collusion en vue d’agir contre la sécurité nationale » et « propagande contre la sécurité nationale ». Son frère Khosrow Alikordi, lui aussi avocat défenseur des droits des prisonniers politiques et d’opinion était mort dans des circonstances jugés suspectes début décembre 2025. Hassan Younesi, fils d’un ancien ministre des Renseignements iranien, avocat et activiste a été convoqué par le tribunal révolutionnaire islamique et fait face à des accusations de propagande contre le régime et de publication mensongère après avoir écrit sur les manifestations des 8 et 9 janvier 2026. Les avocates Astareh Maryam Ansari et Bahar Sahraian ont quant à elles été libérées sous caution de la prison d’Adelabad à Shiraz (centre-sud de l’Iran, NDLR), fin juillet après deux mois de détention.
En tout, depuis le début de l’année 2026, au moins 32 avocats ont été arrêtés, cités à comparaître, poursuivis ou encore emprisonnés, affirme le Centre pour les droits humains en Iran dans un rapport publié le 18 juin 2026. « Les avocats sont mis sous écoute. Les services de renseignement du régime les interpellent, confisquent leur portable et/ou leur ordinateur avant de créer un dossier à leur encontre », confirme un juriste depuis l’Iran. Cité dans le rapport du Centre de soutien aux défenseurs des droits humains et de l’Institut des droits de l’homme de l’Association internationale du barreau (IBAHRI), publié en novembre 2025, Jaafar Kousha, président du Barreau iranien affirme que « quelque 20 meurtres et plus de 60 tentatives d’assassinat grave visant des avocats ont été recensés au cours de la dernière décennie, mettant en évidence une dégradation critique de la sécurité et de l’intégrité physique des avocats dans le pays ».
Ingérence de l’État sur les barreaux iraniens
Cette répression croissante rend difficile l’exercice du métier d’avocat en Iran. Le nombre d’avocats défenseurs des droits humains en exercice dans le pays a ainsi considérablement baissé. Selon le centre pour les droits humains en Iran, ils étaient plus de 50 il y a une dizaine d’années et seraient moins d’une douzaine aujourd’hui. Une situation qui met en danger les milliers de prisonniers politiques et rend plus difficile encore leur accès à la justice.
Par ailleurs, les avocats indépendants encore en exercice n’ont parfois pas accès à leurs clients et depuis 2021, la justice iranienne peut délivrer et révoquer leurs licences de travail à sa guise. Les familles de prisonniers politiques doivent également choisir leur avocat parmi une liste d’avocats établie et validée par le régime. « Des avocats corrompus », s’indigne Marzieh Mohebi, elle-même avocate, installée en France depuis le mouvement Femme, Vie, Liberté, co-signataire d’une lettre ouverte dénonçant le silence de la communauté internationale quant aux exécutions commises par le régime. Le rapport du Centre de soutien aux défenseurs des droits humains et de l’Institut des droits de l’homme de l’Association internationale du barreau (IBAHRI) dénonçait déjà en 2025 la mainmise de l’État et l’ingérence du pouvoir judiciaire sur les barreaux iraniens. « Cette ingérence a été telle que, par exemple, entre 1981 et 1997, les élections des barreaux étaient contrôlées par l’appareil judiciaire, plaçant de fait l’exercice de la profession d’avocat sous sa tutelle. Ces dernières années, cette ingérence s’est accentuée », peut-on lire dans le rapport. Considérés comme des obstacles à la répression, exercée contre leur propre population, les avocats sont ainsi réduits au silence par le régime : « Dans le processus pour juger un prisonnier, ils éliminent l’avocat pour pouvoir faire ce qu’ils veulent avec le prisonnier », constate Marzieh Mohebi.
Grève de la faim de prisonniers
Ainsi, dans un mouvement désespéré pour éviter l’exécution de leurs codétenus, condamnés pour la plupart en lien avec la consommation ou le trafic de drogue, des prisonniers de la prison de Ghezel Hesar, à Karaj (ouest de Téhéran) ont entamé une grève de la faim depuis plus de quinze jours. Les vidéos diffusées sur les réseaux montrent ainsi des détenus assis dans leurs cellules brandissant des pancartes « Non aux exécutions ». Plusieurs d’entre eux ont également cousu leurs lèvres en signe de protestation et dénoncent le silence des autorités. « On demande à la société civile de nous aider », peut-on écouter dans une des vidéos. Un groupe d’activistes de plusieurs villes du monde a ainsi lancé une campagne ainsi qu’une pétition contre les exécutions pour affirmer son soutien aux prisonniers de Ghezel Hesar « Notre objectif est de diffuser leur voix pour leur donner de l’espoir et les soutenir », affirme Mostafa Saber activiste en exil et membre de la campagne.

