Euthanasie en Europe: quels sont les pays qui l’autorisent et ceux qui l’interdisent?
Alors que la France s’apprête à franchir une étape décisive le 15 juillet, plusieurs pays européens, comme les Pays-Bas et la Belgique, ont déjà légalisé l’euthanasie depuis plus de vingt ans. Voici un tour d’horizon des pays qui l’autorisent, ceux qui la tolèrent et ceux qui la condamnent.
Par Pascale Veysset – avec agences
Rassemblement de manifestants du groupe « Droit de mourir dans la dignité » à Madrid, en Espagne, le 25 juin 2021, à la suite de la légalisation de l’euthanasie. Une banderole proclame : « Je décide comment et quand je meurs ».
À ce jour, une dizaine de pays européens tolèrent uniquement le suicide assisté ou l’arrêt des soins. Neuf États membres de l’Union européenne (UE) interdisent, eux, toute forme d’aide active à mourir, sous peine de prison.
Les pays où l’euthanasie active est légale
Pionniers depuis 2002, sur la question de l’aide active à mourir, les Pays-Bas ont encadré le processus comme par six critères : la personne concernée doit en faire la demande volontaire et écrite, ses souffrances doivent être insupportables et sans perspective d’amélioration, une absence d’alternative raisonnable doit être constatée et le demandeur doit se munir d’un double avis médical.
Depuis avril 2023, les Néerlandais ont étendu le dispositif aux enfants d’un à 12 ans, en phase terminale de leur maladie. Une extension distincte du régime général, qui permet déjà à un mineur de 12 ans ou plus d’en faire la demande, avec l’accord d’un parent jusqu’à 16 ans.
En Belgique, l’euthanasie est autorisée depuis 2002 pour les majeurs. Le pays est devenu en 2014 la première nation au monde à ouvrir la fin de vie assistée aux mineurs sans limite d’âge, sous réserve de discernement et de maladie grave incurable. Au Luxembourg, l’euthanasie et le suicide assisté sont autorisés depuis 2009, mais sont réservés aux majeurs dans une situation médicale sans issue.Lire la vidéo
Avec une loi votée en 2021, l’Espagne est devenu le sixième pays au monde à légaliser l’euthanasie. Les conditions : le patient doit être majeur, avoir la nationalité espagnole ou résider en Espagne de plus de 12 mois et souffrir d’une maladie grave et incurable. Ceci pour éviter que le pays ne devienne une destination identifiée pour tous les étrangers souhaitant mettre fin à leur vie.
Le Portugal est, quant à lui, un cas à part. La loi promulguée en mai 2023 après deux vetos présidentiels, autorisant le recours à l’euthanasie uniquement quand le suicide assisté est rendu impossible par une incapacité physique du patient, n’a jamais été appliquée. La Cour constitutionnelle a invalidé pour la troisième fois plusieurs dispositions en avril 2025, et les décrets d’application nécessaires à la mise en œuvre concrète du texte restent bloqués à ce jour.
Les pays où le suicide assisté est toléré
En Suisse, pas de légalisation formelle, mais le code pénal, depuis l’après-guerre, ne punit l’aide au suicide que si elle est motivée par un mobile égoïste. C’est ce vide juridique qui a permis l’essor des associations d’accompagnement. Pas de loi-cadre non plus en Italie, où le suicide assisté est toléré depuis 2019 par la jurisprudence constitutionnelle.
En Autriche, depuis 2022, les personnes en phase terminale peuvent recourir à l’assistance au suicide, via une préparation létale disponible en pharmacie. Et en Allemagne, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a levé l’interdiction de l’assistance au suicide en 2020, consacrant un droit à mourir de façon autonome, y compris avec l’aide d’un tiers.
Les différentes formes d’euthanasie
L’euthanasie active consiste à provoquer délibérément la mort d’un patient pour mettre fin à ses souffrances, par exemple via l’injection d’une substance létale par un médecin ou un tiers. L’euthanasie passive ou indirecte consiste, quant à elle, à laisser survenir la mort en n’entreprenant pas ou en cessant les traitements qui prolongent la vie. Par exemple, en arrêtant un respirateur, en n’administrant pas certains soins vitaux, ou parfois en accompagnant de sédatifs contre la douleur.
Le suicide assisté désigne le fait de fournir à une personne, à sa demande, les moyens de mettre fin elle-même à sa vie. Il s’agit généralement d’une substance létale, que le demandeur s’administre lui-même, sous supervision médicale. Contrairement à l’euthanasie, c’est le patient, et non un tiers, qui accomplit le geste final.
Certains pays comme le Danemark, la Finlande, la Norvège et le Royaume-Uni n’autorisent ni l’euthanasie active ni le suicide assisté, mais admettent l’arrêt des traitements en fin de vie. Le Royaume-Uni a plutôt misé sur le développement des soins palliatifs.
Interdiction totale
En France, l’euthanasie active et le suicide assisté sont interdits, mais cela pourrait changer bientôt. Une proposition de loi est en cours d’adoption. Le 30 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté pour la troisième fois le texte créant un droit à l’aide à mourir, avec 295 pour et 232 voix contre. Le texte doit maintenant repasser par un Sénat qui l’a déjà rejeté à deux reprises, avant un vote solennel définitif à l’Assemblée prévu le 15 juillet. Le dispositif privilégie le suicide assisté, l’euthanasie par un soignant ne devenant l’exception que si le patient en est physiquement incapable.
Enfin, neuf pays de l’Union européenne bannissent catégoriquement toute forme d’aide active à mourir, avec des sanctions pénales lourdes. Il s’agit de la Pologne, l’Irlande, la République tchèque, la Roumanie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, Chypre et Malte. Le risque s’élève jusqu’à douze ans de prison à Malte pour quiconque aide ou incite au suicide.

