Ebola en RD Congo: l’épidémie devient la plus meurtrière de l’histoire du pays, dépassant celle de 2018 et de 2020
L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo est devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays, ce lundi 17 août. En trois mois, elle a fait 2325 morts, dépassant le bilan de 2299 décès enregistré lors de la précédente grande épidémie, entre 2018 et 2020.
Par Océane Bourdenet avec agences
Des personnes vêtues d’équipements de protection descendent dans une tombe le cercueil contenant la dépouille de Jacques Lobo Dhena, décédé des suites d’Ebola, lors d’une cérémonie d’inhumation à Bunia, dans la province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, mercredi 12 août 2026.
Selon le dernier bilan communiqué par les autorités congolaises, arrêté au samedi 15 août, 4945 cas confirmés ont été recensés en République démocratique du Congo. Quelque 730 patients sont actuellement isolés ou hospitalisés, tandis que 1040 personnes ont été déclarées guéries. Le taux de létalité atteint 47%. Le suivi des contacts est, lui, estimé à 85,3%.
Cette 17e épidémie d’Ebola en RD Congo a été déclarée le 15 mai dernier. Elle a été provoquée par le virus Bundibugyo, une souche pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement homologué, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’OMS avait confirmé dès le début de l’épidémie la présence de cette souche dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays.
Une propagation « la plus rapide jamais enregistrée »
La progression de l’épidémie inquiète les autorités sanitaires. Selon des responsables humanitaires de l’ONU cités par l’Agence France-Presse, elle est « la plus rapide jamais enregistrée » et tue actuellement une personne toutes les 30 minutes. La maladie s’est désormais étendue à six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé et la Tshopo. L’Ituri reste toutefois l’épicentre de la flambée.
Cette expansion est d’autant plus préoccupante que les déplacements de population sont nombreux dans l’est de la RD Congo, notamment dans les zones touchées par les violences et l’activité de groupes armés. L’accès aux populations affectées demeure également difficile. L’OMS souligne que la circulation du virus dans des zones à forte mobilité augmente le risque de propagation régionale.
La défiance complique la riposte
À Bunia, capitale de l’Ituri, les mesures de prévention restent difficiles à faire respecter. Les autorités ont notamment demandé aux commerçants d’installer des dispositifs de lavage des mains, mais les marchés continuent d’accueillir de nombreux habitants. La défiance à l’égard des structures de santé constitue l’un des principaux obstacles à la riposte. Selon les responsables sanitaires cités par l’Agence France-Presse, plus de 70% des personnes infectées meurent dans leur communauté plutôt que dans les centres de traitement.
Dans le territoire de Djugu, certains habitants préfèrent encore être soignés à domicile, par crainte des centres de traitement ou parce qu’ils attribuent leurs symptômes à d’autres maladies. Ces retards dans la prise en charge réduisent les chances de survie et favorisent la transmission du virus.
Des infrastructures et des moyens insuffisants
La riposte est également confrontée au manque de moyens et aux difficultés d’accès aux zones touchées. Des personnels de santé et des équipes chargées des enterrements sécurisés ont récemment protesté dans plusieurs établissements de l’Ituri pour réclamer le paiement de leurs primes.
Les organisations sanitaires internationales alertent également sur le financement de la réponse. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au plan commun de préparation et de riposte lancé par l’OMS et Africa CDC, seuls 264 millions avaient été mobilisés à la mi-août. L’Africa CDC estime par ailleurs que le taux de suivi des contacts communiqué par les autorités ne reflète pas entièrement la réalité de la transmission, car une partie importante des contacts potentiels n’aurait pas encore été identifiée.
L’Ouganda sous surveillance
L’épidémie a également franchi les frontières de la RDC. L’Ouganda a enregistré 20 cas confirmés et deux décès, selon le bilan fourni par les autorités. Le pays a toutefois annoncé à la mi-juillet ne plus compter de patient infecté. L’OMS considère néanmoins que le risque régional reste important, en raison des mouvements de population entre les deux pays. Elle a déclaré le 17 mai que l’épidémie constituait une urgence de santé publique de portée internationale, appelant à une coordination renforcée entre les pays concernés.
Pour l’heure, plusieurs vaccins et traitements expérimentaux sont à l’étude contre la souche Bundibugyo. Mais aucun n’est encore homologué spécifiquement contre cette souche, ce qui complique davantage la lutte contre une épidémie qui, en seulement trois mois, a déjà dépassé le bilan de 2018 et de 2020.

