Formation des enseignants à l’IA : L’Éducation prépare sa rentrée numérique
Après trois jours de concertations intensives à Mbour, le ministère de l’Education nationale passe de la planification à l’exécution stratégique. Entre l’objectif de raccorder près de 7000 établissements, la formation de 105 000 agents et l’intégration encadrée de l’Intelligence artificielle, le gouvernement veut faire des technologies un levier de transformation concrète de la classe. Analyse d’un tournant décisif où la logistique technologique se heurte au défi de l’équité territoriale.
Par Justin GOMIS – «Le temps de la promesse doit devenir celui de la preuve.» C’est en ces termes que le ministère de l’Education nationale a posé le cadre des travaux qui se sont tenus à Mbour. Alors que le Sénégal disposait déjà de stratégies sectorielles et de plateformes-pilotes, l’ambition affichée pour la rentrée scolaire 2026-2027 est désormais le passage à l’échelle : transformer des initiatives parfois isolées en un écosystème fonctionnel, souverain et quotidiennement utile aux acteurs de l’école.
Les piliers de la transformation : infrastructures et capital humain
La réussite d’un tel virage repose sur une double équation logistique et humaine. Sur le plan matériel, le programme fixe la connexion à haut débit de 6898 écoles et établissements secondaires. Pour pallier les fractures territoriales dans les zones enclavées d’accès difficile, l’Etat mise sur des technologies satellitaires en orbite basse, à l’instar de Starlink, en collaboration avec le ministère du Numérique. Afin d’éviter que le coût des données ne devienne un frein financier pour les ménages, un système d’accès gratuit (whitelisting) aux plateformes éducatives de l’Etat est mis en œuvre.
Sur le plan des compétences, le défi d’appropriation implique la formation de 105 000 enseignants et personnels administratifs. Il s’agit d’ancrer la culture numérique et l’usage de l’Intelligence artificielle au cœur des pratiques pédagogiques, garantissant que la technologie vienne renforcer la posture de l’enseignant plutôt que de s’y substituer.
Un socle digital articulé autour de cinq plateformes clés : Planete 3, avec une gestion administrative, un suivi scolaire et une dématérialisation progressive des inscriptions ; Edusat, pour la centralisation et l’analyse des données statistiques du système éducatif ; Senkala, qui devient une banque de ressources et de contenus pédagogiques numériques ; Taggatu, qui est un dispositif dédié à la formation continue du personnel enseignant ; et Ramatu, qui constitue l’outil orienté vers l’apprentissage individuel, l’entraînement et la remédiation scolaire.
Eclairage d’analyse : l’épreuve du feu sociologique et technique
Le basculement prôné à Mbour marque une rupture politique salutaire : l’abandon de la logique de guichet ou de projet-pilote au profit d’une approche systémique. Toutefois, ce passage à l’échelle nationale soulève plusieurs enjeux stratégiques pour la rentrée 2026-2027 : l’inclusivité réelle face au risque de relégation. La promesse qu’«aucun élève, aucune famille ne soit laissé de côté» implique une vigilance accrue sur le terrain. L’accès satellitaire doit s’accompagner d’équipements terminaux suffisants et fonctionnels au sein des établissements ruraux pour éviter d’accroître le fossé entre centres urbains et périphéries. L’adoption par les familles : la dématérialisation des inscriptions via Planete 3 impose un accompagnement de proximité pour les parents d’élèves éloignés des outils numériques, afin d’éviter tout blocage administratif lors de la rentrée scolaire. L’éthique de l’Ia à l’école : l’intégration de l’Intelligence artificielle dans les processus d’apprentissage et de décision doit rester strictement encadrée sous responsabilité humaine. L’enjeu est de garantir la protection des données des élèves tout en exploitant ces outils comme levier d’aide à la décision et de remédiation pédagogique.
En formulant une feuille de route assortie d’échéances jusqu’à la fin de l’année 2026, le ministère de l’Education accepte de soumettre sa stratégie au seul juge de paix crédible : l’usage effectif au sein de la classe. C’est dans les établissements scolaires, au quotidien, que se mesurera le succès de cette mutation numérique.

