Électrification rurale pour stimuler les économies locales : le parlement de la CEDEAO mise sur les énergies renouvelables
Réunis à Dakar hier, lundi 15 juin 2026, pour une session délocalisée de cinq jours, les membres de la Commission mixte du Parlement de la CEDEAO consacrée à l’Energie, aux Mines, aux Infrastructures, à l’Agriculture, à l’Environnement et aux Ressources naturelles ont réaffirmé leur volonté de faire des énergies renouvelables un moteur de développement des zones rurales. Les travaux visent à élaborer des stratégies pour le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables et l’accélération de l’électrification rurale dans la région.
Le Parlement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) place l’électrification rurale au cœur de son agenda. En effet, en conclave à Dakar, du 15 au 19 juin 2026, dans le cadre d’une réunion délocalisée de la Commission mixte regroupant les secteurs de l’Energie et des Mines, de l’Agriculture, de l’Environnement et des Ressources naturelles ainsi que des Infrastructures, les parlementaires ouest-africains entendent contribuer à l’élaboration de solutions concrètes pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables dans la région.
Placée sous le thème « Exploiter les énergies renouvelables pour l’électrification rurale et le renforcement des économies rurales dans la région CEDEAO : le rôle du Parlement de la CEDEAO », cette rencontre intervient dans un contexte marqué par un déficit énergétique persistant dans de nombreuses zones rurales d’Afrique de l’Ouest. Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, des millions de personnes demeurent encore privées d’un accès fiable à l’électricité, limitant ainsi les perspectives de développement économique et social.
Représentant le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, le président de la Commission de l’Énergie et des Ressources minérales de l’Assemblée nationale, Babacar Ndiaye, a insisté sur le rôle central de l’énergie dans la transformation des territoires ruraux. « Dans nos zones rurales, l’accès à l’électricité détermine la capacité des agriculteurs à transformer leurs productions, des jeunes à entreprendre, des élèves à étudier dans de meilleures conditions et des structures sanitaires à fournir des soins de qualité. C’est pourquoi l’électrification rurale représente aujourd’hui l’un des leviers les plus puissants pour accélérer le développement inclusif de notre espace communautaire », a-t-il déclaré à l’ouverture des travaux.
Estimant que la question énergétique dépasse largement le simple accès à l’électricité, le président de la Commission de l’Énergie et des Ressources minérales de l’Assemblée nationale indique que celle-ci constitue un facteur déterminant de réduction des inégalités territoriales et de création d’opportunités économiques dans les zones les plus enclavées. « Des millions de citoyens ouest-africains vivent encore sans accès régulier à l’électricité. Cette situation limite les opportunités économiques, accentue les inégalités territoriales et freine le potentiel de transformation de nos économies rurales », a-t-il souligné.
Face à cette réalité, Babacar Ndiaye pense que les énergies renouvelables offrent une réponse adaptée aux réalités du continent. « Grâce à l’abondance de nos ressources solaires, éoliennes, hydroélectriques et de biomasse, la CEDEAO dispose d’atouts considérables pour bâtir un modèle énergétique résilient capable de soutenir durablement la croissance économique et le bien-être des populations », a-t-il affirmé.
DES EXPERIENCES ENCOURAGEANTES DANS PLUSIEURS ÉTATS MEMBRES
L’honorable député a mis en avant plusieurs initiatives déjà déployées dans la sous-région. Il a notamment cité les centrales solaires de Bokhol, Malicounda, Kahone et Sakal au Sénégal, les investissements du Cap-Vert dans les énergies propres, les mini-réseaux solaires du Ghana, les solutions autonomes développées au Niger ainsi que les programmes d’électrification rurale mis en œuvre en Côte d’Ivoire. « Ces exemples nous montrent que lorsque la volonté politique s’accompagne d’investissements appropriés, d’innovations technologiques et de partenariats solides, l’énergie devient un formidable moteur de transformation économique et sociale », a-t-il soutenu.
Selon lui, chaque localité raccordée à l’électricité ouvre la voie à davantage de productivité agricole, à l’émergence de petites entreprises, à l’amélioration des services de santé et à une meilleure qualité de vie pour les populations.
UNE TRANSITION ENERGETIQUE PORTEUSE D’EMPLOIS
De son côté, représentant la présidente du Parlement de la CEDEAO, Hadja Mémounatou Ibrahima, le quatrième vice-président de l’institution, Billay G. Tunkara, a salué le choix du Sénégal, qui « n’est pas un hasard », pour accueillir cette rencontre. Il a rendu hommage aux efforts engagés par les autorités sénégalaises pour diversifier le mix énergétique national et promouvoir un accès universel à l’électricité.
Pour Billay G. Tunkara, les énergies renouvelables représentent un puissant levier de transformation économique des campagnes. « L’énergie renouvelable n’est pas seulement une réponse technique à la demande d’électricité. C’est un moteur clé pour transformer l’activité économique, en particulier dans les zones rurales », a-t-il expliqué.
Selon lui, l’accès à une énergie fiable favorise la transformation locale des produits agricoles, réduit les pertes post-récolte, améliore la conservation des denrées périssables et facilite les activités d’irrigation.
Le responsable parlementaire a également insisté sur les opportunités d’emplois qu’offre la transition énergétique. « Chaque mégawatt d’énergie renouvelable installé dans les zones rurales générera trois fois plus d’emplois locaux que les combustibles fossiles. Notre jeunesse ouest-africaine doit être formée à ces métiers de l’avenir », a-t-il plaidé.
LE PLAIDOYER POUR DES POLITIQUES PLUS AMBITIEUSES
Prenant la parole au nom du ministre sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, Mamadou Moustapha Seck, Directeur adjoint du Bureau national CEDEAO, a salué la pertinence de cette initiative parlementaire qui contribuera « sans aucun doute à accélérer la mise en œuvre des politiques et stratégies visant à assurer l’accès universel de notre communauté à l’énergie à l’horizon 2030 », a-t-il déclaré.
Pour M. Seck, les énergies renouvelables constituent une alternative incontournable face à la hausse des coûts de l’énergie conventionnelle et aux défis environnementaux. « Les énergies renouvelables sont à notre portée et la simple logique voudrait que nous mettions tout en œuvre pour généraliser leur usage, surtout dans les zones rurales, afin de permettre à nos compatriotes de vivre et de travailler selon les exigences de la modernité », a-t-il affirmé.
Il a également rappelé les efforts déjà consentis par la CEDEAO à travers ses institutions spécialisées, notamment le Centre pour les Energies renouvelables et l’Efficacité énergétique basé à Praia (Cap-Vert), l’Autorité de Régulation régionale du Secteur de l’Electricité à Accra (Ghana) et le Système d’Echange d’Energie électrique ouest-africain (WAPP).
Toutefois, il a attiré l’attention des parlementaires sur les difficultés financières auxquelles fait face le WAPP, appelant à un plaidoyer en faveur de sa consolidation afin de préserver l’intégration énergétique régionale.
Ousmane GOUDIABY

