25.000 migrants sur les 60.000 arrivés à Ceuta sont repartis, l’Espagne et le Maroc s’organisent face à la crise migratoire
La crise migratoire à Ceuta prend une ampleur inédite ce vendredi 31 juillet. 60.000 migrants ont traversé la frontière entre le Maroc et le territoire espagnol en 24h, et 34 personnes sont mortes. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez doit se rendre sur place ce jour.
Par Thomas Ladonne – SOURCE TV5
Le bilan ne cesse de s’alourdir à Ceuta, petit territoire espagnol situé de l’autre côté de la Méditerranée, tout au nord du Maroc, avec qui il partage une frontière terrestre, proche du détroit de Gilbraltar. « 60.000 » personnes ont traversé la frontière depuis ce jeudi selon le ministère des Affaires étrangères espagnol. 34 personnes sont mortes en essayant de rejoindre le territoire espagnol selon les autorités locales. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, est attendu sur place ce vendredi 31 juillet.
Plus tard dans la journée de ce vendredi, le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que 25.000 migrants avaient quitté l’enclave espagnole. « Départs de Ceuta vers le Maroc dans la matinée du 31 juillet, jusqu’à 13h: 25.000. Les départs depuis Ceuta se font à un rythme de 150 personnes par minute« , a écrit le ministère dans un message transmis à l’AFP.
Selon de nombreux reportages et des sources officielles, le flux de personnes ayant traversé illégalement la frontière s’est étalé au cours de cette semaine et s’est intensifié. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des milliers de personnes ont continué d’arriver, sans arrêt. La ville de Ceuta compte un peu plus de 80.000 habitants.
Sur les images diffusées par différentes chaînes de télévision, de nombreux jeunes hommes arrivent, souvent torse nu, parfois en combinaison de plongée, claquettes aux pieds, sourire sur des visages marqués par la fatigue, voire l’épuisement. Certains lancent des « Viva España!« , devant les caméras. La police marocaine a arrêté vendredi matin une trentaine de jeunes, essentiellement des Marocains, à Fnideq, dans le nord du pays, après des heurts à proximité de la frontière.
Une rumeur s’est rapidement répandue selon laquelle la frontière s’était ouverte, ce qui a provoqué cet afflux. Le gouvernement espagnol a aussi remis la faute sur une décision de la Cour suprême. Selon le quotidien français Le Monde, « elle a estimé que le refoulement immédiat de migrants tentant de rejoindre Ceuta ou Melilla par la mer n’était pas possible, alors qu’il l’est pour ceux qui passent illégalement la frontière par voie terrestre ».
« Les centres d’accueil sont débordés et saturés »
Pour l’instant, les réactions ne sont pas à l’émotion face aux pertes humaines, mais à l’inquiétude portée sur la gestion de ces flux migratoires. Avec ces chiffres avancés, inédits, cet épisode est d’une ampleur largement plus grande que lors de la crise de 2021 où 10.000 personnes avaient illégalement rejoint Ceuta sur une période de deux jours.
Le président de la ville autonome, Juan Jesus Vivas, a affirmé dans un interview donnée aux médias locaux avant la nuit que « les centres d’accueil sont débordés et saturés, il n’y a plus de place pour personne ». Les autorités régionales, se sont, elles, inquiétées d’une « urgence humanitaire et sociale absolue ».
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, politiquement à gauche, a affirmé que le gouvernement mobilise « toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales, et en préparant les mesures nécessaires pour un retour à la normale le plus rapidement possible ». Il mène une politique où l’immigration est placée comme un atout, à rebours de ses voisins européens de plus en plus anti-migrants. Récemment, 500.000 personnes sans papiers ont été régularisées en Espagne.
Le Maroc ne s’est pas encore exprimé officiellement, mais l’AFP affirme avoir contacté une source officielle du royaume qui a indiqué, sous le couvert de l’anonymat, que les autorités des deux pays avaient échangé sur le sujet. « Les deux pays ont convenu de renforcer la coordination et les efforts pour faire face à ces flux, et se sont engagés à revoir et à mettre en œuvre des mesures pour le rapatriement, dans les plus brefs délais, de toutes les personnes ayant pénétré illégalement » à Ceuta, a affirmé ce contact.
La situation fait réagir en Europe, sachant que Ceuta, ainsi que l’enclave espagnole de Melilla, à près de 400 kilomètres plus à l’est, constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne (UE) sur le continent africain. La Première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni, a demandé la fermeture de l’espace Schengen en Italie, un traité garantissant aux citoyens de l’UE de circuler librement parmi les États membres. Cette idée a été soutenue par la Première ministre de la Finlande, Sanna Marin. Du côté de la cheffe du gouvernement du Danemark, Mette Frederiksen, elle a jugé que l’UE devrait envisager de suspendre l’Espagne au sein de l’espace Schengen.
D’autres partis de l’extrême droite européenne ont également réagi. Alice Weided, la co-dirigeante du parti allemand AfD, a écrit sur X qu’il était « probable » que la « destination présumée » des migrants de Ceuta soit « l’Allemagne », avant d’ajouter, à l’instar de Giorgia Meloni: « Les frontières doivent être fermées dès maintenant! » En France, la candidate d’extrême droite Marine Le Pen a accusé le gouvernement de Pedro Sanchez d’avoir « encouragé » la vague de migrants illégaux.
“La situation est un chaos absolu »
Le Premier ministre britannique Andy Burnham a, de son côté, apporté son soutien à son homologue espagnol, tout en cherchant à « mieux comprendre les implications de cette situation« . Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a affirmé sur X avoir donné « des instructions pour renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole ». Il a également activé « la Force Frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur ».
« La situation est un chaos absolu », a déploré Rachid Sbihi, le dirigeant de l’association de la Guarda Civil à Ceuta, selon The Guardian. « Il est impossible de donner des chiffres précis, mais il y a des milliers de migrants qui traversent », avait-il averti avant les premiers décomptes, rapporte le quotidien britannique. Selon lui, la frontière s’est « totalement effondrée ». Selon le Wall Street Journal, « l’Espagne et le Maroc sont parvenus jeudi à un accord provisoire visant à renvoyer sur le territoire marocain les migrants entrés illégalement à Ceuta, selon le ministère espagnol de l’Intérieur ».

