Est de la RDC : le Rwanda critique des sanctions américaines qui «font mal» mais promet d’y résister

Quelque 2 800 délégués, dont six chefs d’États, se sont déplacés au Rwanda pour l’Africa CEO Forum, rendez-vous annuel incontournable du secteur privé du continent. Lors de l’ouverture de ces deux jours de discussions à Kigali sur l’avenir économique, jeudi 14 mai, le président rwandais Paul Kagame est revenu sur l’impact des sanctions américaines liées au conflit à l’est de la République démocratique du Congo.

Avec Lucie Mouillaud correspondante RFI à Kigali, 

Selon le président Paul Kagame, pas question de « capituler » face aux sanctions américaines contre l’armée rwandaise et certains hauts gradés militaires, en dépit de l’impact des mesures de Washington sur le pays.

« Cela fait mal, absolument, et c’est fait pour ça, déplore Paul KagameLes sanctions ou autres mesures visent à faire mal à la population. Donc dans un sens, nous avons mal. Mais je pense qu’il serait encore plus douloureux de ne pas faire ce que nous faisons. Il faut faire le calcul et ce n’est pas si difficile de dire non. En fait, cela coûterait plus cher de dire oui à de mauvaises choses. »

Annoncées en mars, les États-Unis avaient justifié ces sanctions par le non-respect de l’accord de paix de Washington, notamment après la prise éphémère de la ville d’Uvira par l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda. Mais pour Kigali, les mesures américaines ciblent « injustement une seule partie », a dénoncé une nouvelle fois le chef d’État, jeudi 14 mai :

« Premièrement, est-ce que les sanctions sont justifiées ? Et ce n’est pas que dans le cas du Rwanda, mais dans d’autres aussi. Parfois, les sanctions sont simplement décidées quand l’une des parties offre moins que l’autre. On va dans le sens du plus offrant, et quand quelqu’un sait qu’il va extraire plus de minerais dans certains endroits, il lui est plus favorable, même si ce pays a tort. »

En mars, Kinshasa avait salué les sanctions américaines. Elles forment un signal clair pour « le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC », selon le ministère congolais de la Communication.

Africa CEO Forum 2026: la gestion des chocs exogènes au cœur des discussions à Kigali

L’Africa CEO Forum, rendez-vous annuel incontournable du secteur privé du continent, organisé par le groupe Jeune Afrique et l’IFC, la Société financière internationale, se déroule à Kigali les 14 et 15 mai avec une question d’actualité : comment répondre aux conséquences économiques déjà observées sur le continent et liées à la crise au Moyen-Orient ?

Car, après la pandémie de Covid-19, le conflit en Ukraine, il y a cette crise. Des chocs économiques mondiaux qui s’enchaînent et qui doivent être, selon le président rwandais Paul Kagame, une prise de conscience pour le continent : « C’est pour l’Afrique un rappel de notre position dans le monde. Nous devons en tirer des leçons, repenser ce que nous faisons pour nous-mêmes, et nos actions doivent nous guider dans la bonne direction quant à la manière de faire face à ces crises. »

En réponse à la crise, plusieurs défis : développer le commerce intra-africain, lever les barrières au bon fonctionnement de la zone de libre-échange continentale. Une crise qui peut aussi être vue comme une opportunité, pour le président du Gabon, Brice Clotaire Olimi Nguema : « Le coût du pétrole augmente. Je ne suis pas de ceux qui disent que le malheur des uns fait le bonheur des autres. Mais je pense que c’est une situation dont l’Afrique peut profiter aujourd’hui, en produisant tous les barils nécessaires que nous avons sur nos territoires, afin d’investir pour les générations futures. » Tirer profit des ressources naturelles du continent, mais pas à n’importe quel prix.

Souveraineté économique, accélération de l’industrialisation : autant de questions au cœur du forum. Le président du Nigeria, Bola Tinubu, déclare : « Je crois en l’Afrique, parce que j’ai commencé par le Nigeria d’abord. Aujourd’hui, nous ne voulons pas de charognards. Nous ne voulons pas que des extracteurs. Nous voulons des gens qui ajoutent de la valeur. »

Un record de 2 800 délégués sont réunis pour deux jours à Kigali, dans un forum créé en 2012 et devenu l’un des principaux rendez-vous annuels du secteur privé africain.

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