Sommet Chine-États-Unis: accords commerciaux «fantastiques» pour Trump, la visite «fera date», dit Xi Jinping
« C’est une visite historique, qui fera date », a déclaré Xi Jinping, au deuxième jour de la visite de Donald Trump en Chine, ce 15 mai 2026. « Nous avons conclu des accords commerciaux fantastiques, excellents pour nos deux pays », a dit M. Trump sans plus de précision à l’occasion d’une nouvelle rencontre avec le président chinois à Zhongnanhai, complexe abritant les hauts dirigeants chinois non loin de la Cité interdite. Le président américain a quitté Pékin ce vendredi en début de matinée.
Par :RFI
Xi Jinping a salué l’établissement entre les deux puissances rivales d’une nouvelle relation de « stabilité stratégique constructive », rendue publique par les Chinois la veille au premier jour du sommet Chine-États-Unis. « C’est une visite historique, qui fera date », a affirmé le responsable chinois.
Donald Trump, écrit notre correspondante à Pékin, Clea Broadhurst, affirme avoir obtenu plusieurs engagements économiques importants de la part de la Chine. Le président américain évoque notamment une commande de 200 « gros » avions Boeing – la première d’une telle ampleur depuis près de dix ans – mais moindre que la commande de 500 avions monocouloirs 737 MAX et d’une centaine de gros porteurs (787 Dreamliner et 777) évoquée par la presse depuis des mois, ainsi qu’une hausse des achats chinois de soja, de bœuf, de pétrole et d’autres produits agricoles américains.
Biens « non sensibles »
Washington parle également de discussions avancées sur de futurs échanges de biens dits « non sensibles », pour un montant pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars. Les deux pays cherchent aussi à mettre en place des mécanismes pour éviter une nouvelle escalade commerciale après des mois de tensions douanières. Mais un dossier reste particulièrement sensible : celui des terres rares. Les États-Unis reconnaissent une amélioration des exportations chinoises de minerais stratégiques, essentiels aux batteries, aux semi-conducteurs ou encore à l’industrie militaire, même si Pékin continue de ralentir certaines licences.
Autre sujet délicat : les puces électroniques et l’intelligence artificielle (IA). La Chine veut toujours davantage d’accès aux semi-conducteurs américains ultra-performants, notamment ceux de Nvidia, mais Washington maintient – pour l’instant – l’essentiel de ses restrictions technologiques.
Et en parallèle du commerce, la guerre en Iran s’est imposée dans les discussions. Pékin affirme que cette guerre « n’aurait jamais dû arriver », appelle désormais à un cessez-le-feu rapide et à la réouverture du détroit d’Ormuz, stratégique pour le pétrole mondial. Donald Trump a déclaré à une télévision américaine que son homologue chinois lui avait assuré que Pékin n’enverrait pas d’équipement militaire à l’Iran et était prêt à aider à la réouverture du détroit d’Ormuz, écrit l’AFP. L’Iran avait annoncé, jeudi 14 mai, en plein sommet pékinois, que ses forces avaient autorisé le passage de plusieurs navires chinois.
Compétition permanente
Après un dernier déjeuner de travail avec M. Xi, M. Trump reprendra l’avion en début d’après-midi au terme de deux jours de visite d’État placés, malgré le faste et les amabilités, sous le signe des tensions globales et bilatérales. La compétition – stratégique, commerciale, technologique – est extensive et la Chine semble miser sur un déclin américain, subtilement évoqué par Xi Jinping lui-même, rapporte l’AFP, lorsqu’il a cité l’historien de l’Antiquité grecque Thucydide, théoricien du risque de guerre lorsqu’une puissance émergente entre en rivalité avec une puissance dominante.
M. Trump a répondu le jeudi soir dans un message sur sa plateforme Truth Social. « Le président Xi a fait très élégamment référence aux États-Unis comme étant peut-être une nation en déclin », a-t-il dit. Mais selon lui, l’homme fort de Pékin avait à l’esprit les États-Unis de son prédécesseur Joe Biden, pas l’Amérique actuelle. « Il y a deux ans, nous étions effectivement une nation en déclin. Aujourd’hui, les États-Unis sont le pays le plus génial de la planète », a conclut le président américain. La nature des échanges durant ces deux jours montre aussi une chose, conclut Clea Broadhurst : malgré leur rivalité, les deux puissances restent aujourd’hui trop dépendantes l’une de l’autre pour se permettre une rupture totale.
Taïwan: le «poids» des mots
En dehors des annonces commerciales, ce qu’on retiendra de cette visite, c’est l’avertissement très clair lancé par Xi Jinping à propos de Taïwan. Le choix des mots utilisés par Xi Jinping sera pesé avec beaucoup de précautions aux États-Unis. Faut-il y voir la menace d’un conflit en cas de désaccord sur Taïwan ? Ou juste un vocabulaire imagé du président chinois ?
L’agence officielle qui relate les discours de Xi Jinping, c’est l’agence Xinhua, écrit notre correspondant à Washington, Vincent Souriau. Et voici sa traduction française du président chinois : si la question de Taïwan n’est pas traitée correctement, les deux pays connaîtront « des heurts, voire des conflits ». Les universitaires américains décryptent cette notion depuis des années. Et ce n’est pas si simple. Car ce terme qui fait polémique, dòuzhēng, renvoie à l’idée de « lutte », par exemple de lutte des classes, dans la culture marxiste.
Et, au lieu de la guerre ou du conflit, on s’approcherait plus, écrivent plusieurs chercheurs, d’un concept philosophique lié à la résilience, à l’endurance ou à la détermination face à l’adversité. Les analystes américains qui y voient au contraire un appel à la confrontation directe avec les États-Unis se placent à droite de l’échiquier politique. En 2023, un sinologue, ancien conseiller adjoint à la sécurité national de Donald Trump, voyait ainsi dans cette expression un message clair : il s’agit d’intimider Taïwan et d’en prendre le contrôle par la force.

