UCAD: Ken Bugul lègue ses «trésors» à la Bu

L’écrivaine sénégalaise Ken Bugul, de son vrai nom Mariétou Mbaye, a officiellement confié ses archives personnelles à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Ce don exceptionnel, composé de manuscrits, de textes inédits et de correspondances, constitue une mine d’or pour la recherche universitaire et la préservation du patrimoine littéraire africain.

La Bibliothèque centrale de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) a franchi une étape historique en réceptionnant le fonds documentaire de Mariétou Mbaye, l’une des voix les plus singulières de la littérature contemporaine. Ce don, remis officiellement ce mercredi, couvre l’essentiel de sa production entre 1990 et 2026. Le legs est d’une richesse remarquable : 11 cartons de documents physiques, des supports numériques, ainsi qu’une vingtaine de tapuscrits correspondant aux différentes versions de ses romans publiés. Pour l’auteure, ce geste est une contribution au rayonnement du savoir : «comme je n’ai pas fait grand-chose pour le Sénégal, et ayant une admiration profonde pour le livre et la connaissance, j’espère que mes archives pourront dynamiser la recherche et les études», a-t-elle déclaré avec humilité, lors de la cérémonie.

Une immersion dans les coulisses de la créationLa remise de ce patrimoine a été accompagnée d’une conférence intitulée «Archiver la littérature : réflexion à partir de Ken Bugul». Au-delà de la conservation, ces documents offrent un regard unique sur le processus créatif. Pr Céline Labrune Badiane, du Cnrs, a notamment souligné la présence d’une dizaine de textes inédits, de manuscrits en cours d’écriture, ainsi que de notes d’interventions recueillies lors de divers événements internationaux. Pour le Pr Serigne Sèye, coordonnateur du programme Archives des femmes écrivaines, ce don permet de décrypter les réalités du monde de l’édition : «Les archives de Ken Bugul contiennent des correspondances et contrats qui permettent d’analyser les rapports de force à l’œuvre dans le processus éditorial entre l’auteur et l’éditeur. C’est un maillon essentiel pour comprendre la littérature africaine.»

Un héritage qui va au-delà des mots

L’écrivaine ne compte pas s’arrêter là. Dans ses dispositions testamentaires, elle prévoit de céder à l’université l’intégralité de sa collection de livres, ainsi qu’un patrimoine textile familial «Walo Walo», datant de plus d’un siècle. Ken Bugul dont le premier chef-d’œuvre, Le Baobab fou (1982), a marqué des générations de lecteurs, voit aujourd’hui son œuvre inscrite aux programmes scolaires de nombreux pays africains. Lauréate du Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1999 pour Riwan ou le chemin du sable, elle est l’une des auteures sénégalaises les plus traduites à l’international (anglais, polonais, espagnol, etc.).

Par ce don, Mariétou Mbaye sanctuarise sa mémoire et offre aux futurs chercheurs les clés pour explorer l’intimité d’une œuvre qui n’a cessé de questionner l’identité et la liberté.

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