Patrimoine artistique et mémoire nationale Ousmane Sow enfin réhabilité chez lui
Le Musée des Civilisations noires (MCN) de Dakar a annoncé, dans un communiqué parvenu à la rédaction, la mise en place d’un partenariat e avec la famille d’Ousmane Sow. Cette collaboration, qui s’inscrit dans le cadre de la grande exposition rétrospective « Ousmane Sow, intemporel » prévue pour avril 2026, a pour objet d’assurer la préservation et la transmission de l’œuvre monumentale du sculpteur disparu en 2016.
Ce projet marque une nouvelle étape après des années de silence institutionnel. En effet, depuis sa révélation en 1987, l’artiste n’avait connu qu’une seule exposition digne de ce nom dans son propre pays. C’était la présentation de sa série Little Bighorn sur la corniche de Dakar en 1999. Une absence que le MCN n’hésite pas à qualifier d’ «anomalie » dans le paysage des arts visuels sénégalais.
L’initiative prend une dimension d’urgence face aux menaces pesant sur l’intégrité des œuvres. Selon le communiqué, le transfert des sculptures de la « Maison Ousmane Sow » à Yoff, où elles étaient exposées, vers les réserves du MCN, a été accéléré en raison de « l’altération des œuvres, du fait de la bétonisation de Yoff, piégé par des vagues de construction qui génèrent de la poussière de chantier et d’autres formes de pollution ». Grâce à ce partenariat avec les ayants droit, le patrimoine de l’artiste a pu être transporté avec précaution pour y être restauré.
« La vie autant que l’œuvre de cet enfant de Rebeuss sont profondément ancrées dans son pays. Paradoxalement, cet artiste n’a pas toujours été prophète dans son pays », souligne le dossier de presse, rappelant les déboires de l’artiste concernant le Monument de la Renaissance africaine ainsi que l’inachèvement de sa dernière création, Le Paysan. L’exposition « Ousmane Sow, intemporel » se veut ainsi un acte de « raccommodage » et de ré ancrage de l’artiste dans son Sénégal natal.
Prévue pour une durée de trois ans à partir du 25 avril 2026, cette rétrospective rassemblera une cinquantaine d’œuvres originales, couvrant les six séries emblématiques de l’artiste : Nouba, Masai, Zoulou, Peulh, Petits Nouba, ainsi que la série Merci rendant hommage aux grandes figures comme Toussaint Louverture, Victor Hugo ou Mandela. Une salle sera également dédiée à la série Little Bighorn, témoignant des similitudes culturelles que l’artiste voyait entre les peuples africains et les Indiens d’Amérique.
Le partenariat avec la famille et la donation Béatrice Soulé, évoqué dans le document, garantit ainsi non seulement la sauvegarde physique des œuvres, mais aussi la pérennité de l’héritage d’un artiste qui, après avoir conquis le monde (Documenta de Kassel, Biennale de Venise, pont des Arts à Paris), retrouve enfin la lumière dans son atelier de Dakar.
Rappelons, Ousmane Sow est né à Dakar en 1935. Il grandit à Reubeuss, un des quartiers défavorisés de Dakar, où il reçut une éducation extrêmement stricte par laquelle son père l’a responsabilisé très jeune. Bien que sculptant depuis l’enfance, c’est tardivement qu’Ousmane Sow fit de la sculpture son métier à part entière. La kinésithérapie qu’il exerça auparavant n’a sans doute pas été étrangère au magnifique sens de l’anatomie que l’on trouve dans son œuvre. Durant toutes ses années d’activité, il transforma la nuit son cabinet médical et ses appartements successifs en ateliers de sculpture, détruisant ou abandonnant derrière lui des œuvres qu’il a créées.
LAMINE DIEDHIOU
SUD QUOTIDIEN

