« Zone tampon et de sécurité », ressource en eau… Que cherche à conquérir Israël au sud du Liban?

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré avoir ordonné ce dimanche 29 mars l’extension de sa « zone de sécurité » au sud du Liban. La semaine dernière, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, affirmait que la « frontière israélienne devait être le fleuve Litani ». La région, déjà occupée par Israël entre 1978 et 2000, revêt une importance stratégique et religieuse pour certains. 

Le sud du Liban a été désigné comme une « zone de sécurité en profondeur dans le territoire ennemi » par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Au Liban, j’ai ordonné à l’instant d’étendre davantage la zone de sécurité existante afin de neutraliser définitivement la menace d’invasion et d’éloigner de la frontière les tirs de missiles antichars », a-t-il affirmé ce dimanche 29 mars dans une vidéo postée sur X. 

C’est le fleuve Litani qui « devrait » servir de « frontière », affirmait la semaine dernière le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, lors d’une interview radio, citée par Reuters.

Le sud Liban coupé du reste du pays, plusieurs ponts détruits par Israël

« Des centaines de milliers d’habitants du sud du Liban, qui ont été évacués, ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord ne sera pas garantie », déclarait de son côté le ministre israélien de la Défense Israel Katz, cité par le journal américain The New York Times, mardi 24 mars, faisant référence aux Israéliens habitant à la frontière entre Israël et le Liban. Dans sa déclaration, le ministre affirme qu’Israël compte garder le contrôle du territoire situé au sud du fleuve, relève le New York Times

Le Litani coule à quelques kilomètres de la frontières israélo-libanaise à son point le plus proche entre les deux pays, et au maximum à une trentaine de kilomètres. « Le fleuve sert depuis longtemps de frontière géographique dans les conflits entre Israël et le Hezbollah », rapporte le New York Times.

Au moins sept ponts reliant le sud Liban au reste du pays ont été détruits par l’armée israélienne depuis l’extension du conflit au Liban, débutée le 2 mars. Ces ponts servent selon l’armée « à des activités terroristes » et permettent le passage « du Hezbollah et d’armes vers le sud »

Le 22 mars, le président libanais Joseph Aoun tirait la sonnette d’alarme, estimant que « ces attaques représentent une escalade dangereuse et une violation flagrante de la souveraineté du Liban et sont considérées comme un prélude à une invasion terrestre ».

Le sud du Liban est désormais quasi coupé du reste du pays. Des douzaines de villes ont été vidées de leurs habitants et les services publics endommagés par les frappes et les opérations terrestre israéliennes, rapporte l’agence de presse Reuters. Les Libanais vivant au sud Liban, qui représentent un cinquième de la population, ont été appelés à évacuer vers le nord.

« Dépeupler complètement le Sud »

« Au-delà des enjeux militaires, le vrai danger pour le Liban est politique, géographique et démographique. À la différence des invasions israéliennes de 1978 et de 1982, la stratégie israélienne n’est déjà plus d’occuper le territoire, mais de dépeupler complètement le Sud », affirmait jeudi 26 mars au journal français Le Figaro Ali Mourad, professeur de droit et militant opposé au Hezbollah. 

Israël a occupé cette zone du sud Liban entre 1978 et 2000. À l’époque, la zone concernée s’étalait sur 900 kilomètres carrés et sur dix kilomètres de largeur. C’est en réaction à cette occupation israélienne que naît le Hezbollah, en 1982. Si Tel Aviv se retire en 2000 du pays, un conflit israélo-libanais éclate en 2006. La même année, une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU est adoptée. 

ASSOCIATED PRESS

Elle institue la création d’une zone tampon, délimitée sur 120 km par une « Ligne bleue », s’étendant le long de la frontière sud du Liban et de la frontière nord d’Israël. Elle exige par la même le retrait des forces paramilitaires se situant au sud de la rivière Litani. Plutôt que de partir, le Hezbollah s’y est développé, créant des tunnels et augmentant ses défenses en cas de nouvelle attaque israélienne sur un terrain fait de collines et de montagnes. 

Aujourd’hui, Israël présente une « velléité d’occupation », analyse Daniel Meier, professeur à Sciences Po Grenoble, interrogé sur la radio France Culture. Depuis le 18 février 2025, le pays occupe d’ailleurs des positions militaires dans le sud du Liban, desquelles il a refusé de se retirer après la fin du conflit avec le Liban, résolu le 26 novembre 2024. 

L’enjeu stratégique de l’eau

Le professeur relève un point plus trouble, celui de la ressource en eau, dont la région du sud Liban est dotée. « Israël est un pays en déficit hydrique chronique », rappelle Daniel Meier. « Le sud du Liban et notamment le fleuve Litani, mais également d’autres fleuves qui coulent un peu plus au sud, sont tout à fait des éléments de ressource stratégique », avance l’enseignant. « Lors de la précédente occupation, cela a été documenté, l’armée israélienne de l’époque avait détourné un certain nombre de quantités d’eau du fleuve Litani jusqu’au fleuve du Jourdain », explique-t-il. 

Le fleuve du Jourdain, qui prend sa source au Liban, se partage entre Israël, la Jordanie, la Syrie et le Liban ainsi que les territoires palestiniens de Cisjordanie occupée. À son tronçon séparant Jordanie et Cisjordanie occupée, il est miné et surveillé par des moyens d’avant-garde technologique. Sa rive ouest est placée sous le contrôle du régime israélien. Les palestiniens n’ont pas accès à ses rives. Israël exploite également les nappes phréatiques cisjordaniennes.

Le « Grand Israël », un enjeu religieux

Le Sud Liban revêt également une dimension religieuse pour Israël. La région libanaise s’étendant jusqu’à la ville côtière de Tyr ferait partie pour certains du « Grand Israël ». Le concept politique et religieux fait référence aux frontières historiques de l’État, mais les récits de la Bible qui évoquent le territoire d’Israël sont ambiguës et ne parlent pas de la notion de « complétude » des terres israéliennes: « Certains sont minimalistes et évoquent un territoire allant de Dan, au nord, à Beersheba dans le Néguev, tandis que d’autres, maximalistes, parlent de frontières allant du Nil à l’Euphrate », expliquait en octobre 2025 au journal français Le Monde Thomas Römer, professeur au Collège de France. 

Un aspect « expansionniste » s’est greffé à la notion de « Grand Israël » avec la montée du nationalisme religieux dès les années 1990, « puis l’arrivée au pouvoir, en 2022, de la coalition entre la droite et l’extrême droite, qui use avec prédilection du concept de Grand Israël », détaille Le Monde

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