Macky Sall et l’ONU : Le droit international a parlé, l’Afrique a trois semaines pour se trouver un candidat consensuel
Il est des instants où la respiration se suspend. Le 26 mars 2026, à Addis-Abeba, vingt États sur cinquante-cinq ont dit non. Et dans ce non, ce n’est pas seulement une candidature qui s’effondre. C’est un rêve.
Macky Sall ne sera pas le prochain Secrétaire général de l’ONU. Pas par complot. Pas par injustice. Parce que le droit international a rappelé une vérité brutale : dans les relations internationales, sans votre État, vous n’êtes rien.
L’acte de décès est venu de Dakar. Le 4 mars 2026, la Mission permanente du Sénégal à l’Union africaine a adressé une note verbale d’une clarté glaciale : « La République du Sénégal n’a, à aucun stade, endossé la candidature de l’ancien Président Macky Sall. »
Dans le droit des organisations internationales, le soutien de l’État d’origine est une condition absolue. Un athlète sans son comité national ne concourt pas. Une candidature sans Dakar n’existe pas. L’affaire était pliée avant même d’avoir commencé. Vingt États ont dit non. L’Union africaine n’a pas « assassiné » une candidature. Elle a appliqué ses règles. Protégé son unité.
Une sentence sans appel. Pas de recours. Pas de tribunal. L’Union africaine a clos ce dossier. Elle ne le rouvrira pas. Macky Sall n’est plus véritablement dans la course.
Derrière le droit, un homme. Derrière ces textes froids, il y a un homme. Macky Sall a présidé le Sénégal douze ans. Il a rêvé de parler au monde depuis la tribune de l’Assemblée générale. Ce rêve s’est effondré le 26 mars. Par une note verbale. Par un non. Par le droit.
Je pense à son amertume. Mais je pense aussi à la dignité. Celle qui consiste à accepter, sans fard, que parfois l’ambition se brise sur le roc des règles. Macky Sall restera un président du Sénégal. Il a servi. Aujourd’hui, il doit accepter la sentence. Parce que la dignité, c’est aussi cela : savoir reconnaître, au fond de l’échec, ce qui reste debout.
Pourquoi vingt États ont-ils dit non ?
Trois raisons, claires comme de l’eau de roche. D’abord, le défaut de soutien national : cause première, cause suffisante, le Sénégal a dit non. Ensuite, l’entorse procédurale : la candidature a été présentée par le Burundi, sans coordination avec l’Union africaine, perçue comme un contournement des règles. Enfin, la perception de la gouvernance : plusieurs États ont exprimé des réserves sur la gestion des affaires publiques du Sénégal sous Macky Sall. L’audit des finances, les renégociations de contrats, l’ampleur de la dette publique ont pesé dans la balance. Le continent voulait un candidat exemplaire.
L’Afrique n’a plus que trois semaines. Le 26 mars, elle a dit non. Le 20 avril 2026, les auditions publiques débutent à l’ONU. Entre ces deux dates : vingt et un jours. Pas un de plus.
Vingt et un jours pour qu’un consensus émerge. Pour qu’un nom soit désigné. Pour que l’Afrique ne se présente pas les mains vides à New York.
Car pendant que l’Union africaine tourne la page, d’autres avancent leurs pions. Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Rebeca Grynspan sont déjà officiellement en lice. Ils ne sont pas africains, mais ils sont en campagne. Le monde n’attend pas l’Afrique.
Chaque jour sans candidat est un risque que l’Afrique perde son tour. La rotation géographique n’est pas écrite dans la Charte. Elle vit par la coutume, juste une pratique établie depuis des années. Si l’Afrique arrive trop tard, d’autres prendront sa place.
Il faut un nom, vite, mais pas n’importe lequel. L’Union africaine doit agir dans les trois semaines. Une session extraordinaire s’impose. Mais l’urgence ne doit pas faire oublier l’exigence. Il faut une figure irréprochable : expérience, intégrité, capacité à faire consensus. Et, condition non négociable, le soutien explicite de son propre pays.
L’exigence et l’urgence. Voilà le double commandement.
Une leçon pour l’avenir. Cette affaire rappelle que le droit n’est pas une machine froide. Il nous protège de nous-mêmes. Il empêche que l’ambition ne dévore tout. Elle enseigne aussi à l’Union africaine une leçon procédurale : à l’avenir, aucune candidature ne devrait être examinée sans vérification préalable du soutien de l’État d’origine. La transparence protège. L’ombre fragilise.
Mais ces réflexions sont pour demain. Aujourd’hui, l’urgence est ailleurs.
Ce qui reste debout. Le 26 mars, l’Afrique a dit non à un de ses fils. Ce non était fondé. Mais un non ne suffit pas. Il faut maintenant un oui. Un nom. Un candidat. Dans trois semaines.
L’Afrique reste debout. Le Sénégal aussi. Le droit continue de veiller. Mais l’Afrique n’a plus que trois semaines. Le réveil est brutal. L’heure est à l’action. L’Union africaine doit désigner sans tarder. Parce que le 20 avril, les projecteurs s’allumeront à New York. Parce que d’autres avancent leurs pions. Parce que l’Afrique a trop attendu, trop souvent, pour laisser passer son tour.
Ce que j’écris ici, je l’écris avec la froideur du juriste, mais aussi avec l’humanité de celui qui sait que derrière chaque décision, il y a des vies, des espoirs, des rêves qui s’effondrent. Nous devons toutefois agir pour préserver les intérêts supérieurs de l’Afrique.
La dignité de Macky Sall est intacte. Celle de l’Afrique aussi. Mais la dignité, c’est aussi cela : savoir se relever, vite, et avancer.
Trois semaines. Pas une de plus pour que l’Afrique trouve un candidat consensuel.
Me Abdoulaye TINE
Docteur en droit – Professeur de droit international et des relations internationales
Auteur d’une thèse sur « La politique juridique de la gestion normative du Conseil de sécurité de l’ONU

