« De plus en plus de frappes et de plus en plus de victimes »: la paix dans l’est de la RD Congo hors de portée?
La ville de Goma a été la cible d’une attaque de drones avant l’aube dans la nuit de ce mardi 10 au mercredi 11 mars. Au moins trois civils ont été tués, dont une humanitaire française de l’Unicef. Malgré la multiplication des initiatives diplomatiques et la signature d’un accord de paix entre Kinshasa et Kigali en 2025, la stabilisation de l’est de la République démocratique du Congo (RD Congo) demeure incertaine. Décryptage avec Christophe Châtelot de la rédaction Le Monde Afrique.
La guerre à l’est de la République démocratique du Congo est actuellement marquée par l’utilisation croissante de drones. Cette technologie, qui transforme la nature des batailles, soulève des questions sur l’avenir de la paix dans la région. Depuis l’année dernière, l’utilisation des drones par les forces en présence en RD Congo a considérablement augmenté. Ce changement stratégique marque une transition d’une guerre d’infanterie traditionnelle à une guerre technologique.
« Chacun essayent de prendre l’avantage sur un plan technologique »
Les drones, encore marginaux il y a quelques années dans les conflits africains, sont désormais utilisés dans les affrontements autour de Goma et dans les zones contrôlées par le M23. L’armée congolaise, tout comme les membres du M23, a intégré ces appareils dans ses opérations. “On a constaté tout le long de l’année 2025 et en ce début d’année 2026 que les belligérants utilisent davantage les drones. Il y a des changements de stratégies. Auparavant c’était surtout des batailles d’infanteries en terrain très difficiles et désormais chacun essayent de prendre l’avantage sur un plan technologique », explique sur TV5MONDE Christophe Châtelot de la rédaction Le Monde Afrique.
Le 11 mars 2026, plusieurs frappes de drones ont touché la ville de Goma, capitale du Nord-Kivu. L’une d’elles a frappé un bâtiment utilisé par l’UNICEF, provoquant la mort d’au moins trois personnes, dont une employée humanitaire française. Les membres du M23 ont accusé l’armée congolaise d’avoir mené l’attaque, tandis que Kinshasa a promis une enquête. Ces attaques marquent une nouvelle étape dans la militarisation du conflit.
« On savait que les forces armées de la République démocratique du Congo utilisaient des drones et les rapports de l’ONU confirment que les troupes rwandaises ont fait entrer des équipements de brouillage, des batteries de missiles sol-air qui avaient neutralisé des drones et des hélicoptères. D’ailleurs, l’ONU s’en était plaint car ces appareils de brouillages perturbaient le vol des avions humanitaires », précise Christophe Châtelot
« Lors d’une offensive au mois de décembre 2025, des éléments démontrent que le M23 disposaient également de drones. Pour le mouvement armé, il s’agit plutôt de drones kamikazes alors que l’armée congolaise a des équipements un peu plus sophistiqués qui sont pour la plupart basés à Kisangani », souligne Christophe Châtelot.
Une paix encore lointaine
Malgré les accords et les médiations internationales, les violences persistent. Signé à Washington en juin 2025, l’accord entre la RD Congo et le Rwanda devait mettre fin aux hostilités et instaurer un mécanisme de sécurité conjoint. Le texte prévoyait notamment le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et la fin du soutien aux groupes armés actifs dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Mais sur le terrain, les combats continuent, alimentés par l’activité du M23, que Kinshasa et plusieurs partenaires internationaux accusent d’être soutenue par Kigali. « Les batailles changent de nature, les équipements changent de nature donc nous verrons jusqu’où cela va aller […] Le fait est qu’il y a de plus en plus de frappes et de plus en plus de victimes », indique Christophe Châtelot.
Malgré des efforts diplomatiques à Washington et Doha, les cessez-le-feu signés n’ont pas été respectés. Un exemple frappant est l’accord signé à Washington a été rapidement violé par la prise de la ville d’Uvira par les forces rebelles et rwandaises. Cette situation interroge sur la volonté réelle de paix de la part des belligérants.
Les sanctions américaines contre l’armée rwandaise
Dans ce contexte, la pression internationale s’est accentuée. Le 2 mars 2026, les États-Unis ont annoncé des sanctions visant directement les Forces de défense rwandaises et plusieurs de leurs hauts responsables, accusés de soutenir le M23. Ces mesures restreignent les transactions financières et commerciales avec l’armée rwandaise et ses dirigeants.
Washington estime que ce soutien a contribué à prolonger le conflit et à aggraver les souffrances des populations civiles dans l’est de la RDC. Les autorités congolaises ont salué cette décision, la présentant comme une reconnaissance du rôle joué par Kigali dans la crise.
Le Rwanda, de son côté, rejette ces accusations et juge les sanctions « injustes et unilatérales », affirmant agir pour protéger les communautés tutsies congolaises face à certains groupes armés hostiles.

