En Syrie, une exposition de caricatures des Assad témoigne d’une parole qui se libère avec prudence.
Un an et demi après la chute de Bachar al-Assad, la parole se libère progressivement en Syrie. À Damas, le Musée national accueille actuellement une exposition du caricaturiste syrien Saad Hajo, connu pour ses dessins satiriques visant l’ancien président et sa famille. Le vernissage a eu lieu jeudi 11 juin. Un événement qui aurait été inimaginable sous le régime Assad. Mais derrière les rires des visiteurs, la peur n’a pas totalement disparu.
Au cœur du Musée national de Damas, les visiteurs déambulent entre les caricatures de Bachar al-Assad et de son père Hafez. Des dessins qui auraient autrefois pu conduire leur auteur en prison. Pour Sana Yazigi, fondatrice de l’organisation Mémoire créative de la révolution syrienne, cette exposition permet aussi de mesurer l’évolution du pays depuis la chute du régime : « La peur de Hafez et Bachar a beaucoup reculé mais elle est encore présente. Moi, je sens encore la peur chez les gens. »
« Mon rêve, c’était d’exposer à Damas »
Dans les allées du musée, les visiteurs observent les dessins, sourient et prennent des photos. Mais certains reconnaissent ressentir encore une forme d’autocensure. C’est le cas de Shada, 23 ans. « J’ai envie de rire devant les caricatures mais j’ai peur de rire. J’ai l’impression de ne pas avoir le droit encore », confie-t-elle.
Pour Saad Hajo, qui a passé une grande partie de sa carrière à l’étranger, exposer aujourd’hui à Damas relève presque du symbole. « Mon rêve, c’était d’exposer un jour en Syrie, à Damas. Mais je n’aurais jamais imaginé le faire au Musée national. Rien que de voir mon travail exposé ici me procure une émotion spéciale », raconte l’artiste.
Une exposition qui raconte autant l’histoire d’un caricaturiste que celle d’une société qui apprend encore à vivre sans la peur imposée pendant plus d’un demi-siècle par la famille Assad.

