“Il est complètement paralysé”: Netanyahu en voudrait à Trump et regretterait l’ère Biden-Obama

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu considère qu’un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran serait “tout simplement catastrophique” et attribue la responsabilité de cette “débâcle” au président américain Donald Trump, selon une source politique de haut rang citée par le média Al-Monitor, spécialisé dans le Moyen-Orient.

Koen Van De Sype, Kevin Dupont – Source: HLN, Al-Monitor

Netanyahu pourrait-il être contraint de démissionner en cas d’accord entre Washington et Téhéran? En Israël, cette question fait l’objet d’intenses débats, surtout dans la perspective d’élections législatives qui devraient être organisées d’ici octobre 2026. Or la majorité des sondages prédisent déjà que la coalition de droite et d’extrême droite au pouvoir devrait perdre sa majorité à la Knesset, autrement dit au Parlement israélien. La fin de la guerre en Iran pourrait accentuer cet état de fait.

Fragilisé face à une opposition déterminée

Le Premier ministre étant toujours accusé de corruption, sa démission pourrait l’exposer à des poursuites judiciaires. Les commentateurs politiques israéliens n’excluent toutefois pas la possibilité de le voir tenter d’établir un accord afin d’échapper à une éventuelle peine de prison.

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Le contexte est de plus en plus compliqué pour Benjamin Netanyahu. Il avait prédit la chute de l’Iran, mais le régime iranien tient bon. La perspective d’un accord américano-iranien ne lui semble pas plus favorable, Téhéran conditionnant tout compromis à un cessez-le-feu au Liban. Un problème pour le Premier ministre israélien, qui vient de renforcer l’intensité des frappes contre la milice chiite libanaise du Hezbollah.

Un tel compromis serait d’autant plus préjudiciable pour Netanyahu qu’une large majorité des partis israéliens s’oppose à cette perspective. L’un des principaux chefs de l’opposition, le centriste laïc Yaïr Lapid, qualifie cette perspective de “mauvaise pour Israël, mauvaise pour la région et mauvaise pour les citoyens iraniens”.

Le centriste Yaïr Lapid, membre du parti “Ensemble” qu’il a cofondé fin avril 2026 avec le conservateur Naftali Bennett.
Le centriste Yaïr Lapid, membre du parti “Ensemble” qu’il a cofondé fin avril 2026 avec le conservateur Naftali Bennett. © ANP / EPA

Pour l’instant, la majorité prévue par les sondages pour l’opposition israélienne est encore fragile. Celle-ci est divisée entre plusieurs partis aux intérêts parfois très divergeants. Pour qu’elle puisse prendre le pouvoir, il n’est pas exclu qu’elle soit contrainte d’intégrer dans ses rangs des formations défendant les intérêts de la minorité arabe. Une question politiquement sensible. Toutefois, si les intentions de vote du Likoud de Netanyahu et de ses partenaires d’extrême droite s’effondrent suite à un accord en Iran, la tâche de l’opposition pourrait s’en retrouver facilitée.

Comment Washington a freiné le plan israélien contre l’Iran

La frustration de Benjamin Netanyahu est d’autant plus grande que selon une source haut placée des services de renseignement israéliens citée par Al-Monitor, Israël avait présenté à Washington un plan “complet et détaillé” pour renverser le régime iranien dès le début de la guerre. Mais pour cela, il fallait armer des milices kurdes installées entre l’Irak et l’Iran. “Les Kurdes eux-mêmes étaient impatients de mener à bien l’opération. Pour eux, c’était la réalisation d’un rêve: travailler aux côtés de l’armée de l’air israélienne et de la puissance américaine. Mais Washington a fait marche arrière à la dernière minute”.

Des dégâts infligés par l’Iran à une position kurde en Irak, le 3 mars 2026.
Des dégâts infligés par l’Iran à une position kurde en Irak, le 3 mars 2026. © AFP

Cette même source précise à Al-Monitor que ce blocage américain se serait produit sous la pression du président turc Recep Tayyip Erdoğan. La Turquie se présente comme l’un des plus virulents opposants à la guerre menée par Israël à Gaza. La semaine dernière encore, Erdoğan a qualifié Netanyahu de “tyran qui recevra la leçon qu’il mérite”.

Ankara fait en outre face à un courant séparatiste kurde sur son propre territoire. Toute initiative permettant l’armement de cette minorité ethnique, même en-dehors de ses frontières, représente donc une menace directe à sa propre souveraineté. Cette crainte explique d’ailleurs les frappes menées par l’armée turque en Syrie, où des groupes armés kurdes ont instauré de facto une région rebelle et autonome. Il est donc logique que la Turquie, qui est par ailleurs membre de l’OTAN, fasse tout son possible pour éviter toute perspective d’une “tache d’huile” kurde.

De la fumée s’élevant au-dessus de la ville syrienne de Tal Abyad, à proximité immédiate de la frontière turque, le 10 octobre 2019, lors d’une opération militaire turque contre les forces kurdes de Syrie.
De la fumée s’élevant au-dessus de la ville syrienne de Tal Abyad, à proximité immédiate de la frontière turque, le 10 octobre 2019, lors d’une opération militaire turque contre les forces kurdes de Syrie. © AFP

“Il sait qu’il ne pourra rien faire”

Quoi qu’il en soit, Netanyahu se retrouve aujourd’hui dans une situation compliquée. “Cette fois-ci, le Premier ministre a les pieds et les mains liés. Il est complètement paralysé et sait qu’il ne pourra rien faire, même si l’accord signé entre les États-Unis et l’Iran s’avère être le désastre qu’il prédit désormais”, déclare un proche du Premier ministre. Trump a pour sa part déjà déclaré à propos de Netanyahu: “Il fera ce que je veux qu’il fasse”.

Selon cette source, le chef du gouvernement israélien en serait désormais arrivé au point où il regrette l’époque du président Joe Biden, voire celle de Barack Obama. “Désormais, il ne peut plus que hocher la tête quand Trump prend la parole”, se dit-il en coulisse.

Des intérêts électoraux contraires

Les relations entre les États-Unis et Israël sont mises à rude épreuve ces dernières semaines. Le 20 mai, Benjamin Netanyahu aurait été “hors de lui” suite à un entretien téléphonique avec Trump au sujet de la guerre au Moyen-Orient. Alors que le Premier ministre israélien aurait voulu résolument passer à l’attaque, Donald Trump désire désormais mettre tout en oeuvre pour conclure un accord avec Téhéran.

Pour le président américain, le risque de rester embourbé dans le conflit iranien est trop important. Le blocage du détroit d’Ormuz paralyse le commerce du pétrole, d’où une poussée inflationniste à l’échelle mondiale. Or les républicains risquent de perdre les élections de mi-mandat organisées le 3 novembre prochain aux États-Unis, prédisent de plus en plus les sondages. L’électorat américain étant très sensible à la question de l’inflation et des interventions militaires à l’étranger, Trump pourrait ainsi voir sa majorité disparaître au Congrès, ce qui le paralyserait politiquement. Lors des élections présidentielles de 2024, les démocrates avaient subi le même sort, la crise inflationniste consécutive à la guerre en Ukraine leur ayant porté préjudice et expliqué en partie leur défaite.

Un sticker représentant Donald Trump avec la phrase “I did that” (“J’ai fait ça”) et pointant les prix de l’essence à une station-service à Denver (Colorado, États-Unis), le 30 mai 2026.
Un sticker représentant Donald Trump avec la phrase “I did that” (“J’ai fait ça”) et pointant les prix de l’essence à une station-service à Denver (Colorado, États-Unis), le 30 mai 2026. © AP Photo/David Zalubowski

Donald Trump veut désormais éviter de subir le même sort en calmant autant que possible les marchés jusqu’à ce qu’un accord puisse être conclu avec Téhéran. Même si côté israélien, une telle perspective serait néfaste pour Benjamin Netanyahu lors des élections législatives à venir.

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