Berlin, Paris, Rome, Varsovie et Londres lancent un programme pour créer une “Otan plus européenne”

L’Allemagne, la France, l’Italie, la Pologne et le Royaume-Uni se sont engagés à viser l’objectif de 5 % du PIB pour la défense. Un programme de drones doit notamment être mis en œuvre pour faire face à la menace de la Russie.

Kevin Dupont – Source: Belga, AFP

L’Allemagne, la France, l’Italie, la Pologne et le Royaume-Uni sont déterminés à “assumer une plus grande responsabilité” dans la sécurité de l’Europe en œuvrant à une “Otan plus européenne”, ont indiqué vendredi leurs ministres et vice-ministres de la Défense dans une déclaration conjointe à l’issue de leur rencontre à Cracovie, dans le sud de la Pologne. Un programme commun de développement de moyens de défense aérienne “à bas coûts” a notamment été présenté pour faire face à la menace croissante des missiles et des drones.

“Un partage équitable des charges entre Alliés”

Ces pays s’engagent à “renforcer davantage la dissuasion et la défense” afin de “prévenir une éventuelle agression de la Russie et de garantir la capacité de répondre à un large éventail de menaces”. Au sommet de La Haye en 2025, et sous la pression de l’administration américaine, les alliés de l’Otan se sont engagés à élever leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) national, après des décennies de sous-investissements.

Les cinq pays signataires de la déclaration de Cracovie, regroupés dans un format dit de “l’E5”, indiquent à ce sujet qu’ils appellent de leurs vœux “un partage équitable des charges entre Alliés”. “Des réponses efficaces aux menaces et défis actuels exigent une contribution proportionnée des Alliés (…). Nous œuvrerons à une Otan plus européenne, renforçant l’état de préparation de la défense européenne”, ce qui passe par une montée en puissance de l’industrie de défense, assurent-ils.

LEAP

Les ministres et vice-ministres de la Défense des pays dits de l’E5 ont en ce sens annoncé le lancement de l’initiative “Low-Cost Effectors and Autonomous Platforms (LEAP)”, soit “Drones et plateformes autonomes à bas coûts”. Les premières puissances militaires du continent entendent “améliorer la sécurité collective” des membres de l’Otan en tirant les leçons de la guerre en Ukraine, tout en poursuivant leur “coopération dans les systèmes d’armements traditionnels”.

La prolifération des drones sur la ligne de front, et de plus en plus en profondeur, a contraint à repenser les systèmes de défense antiaériens. Il n’est pas du tout rentable d’utiliser des missiles, très onéreux, pour abattre des drones.

Des soldats russes lançant un drone, depuis les territoires ukrainiens contrôlés par Moscou.
Des soldats russes lançant un drone, depuis les territoires ukrainiens contrôlés par Moscou. © AP

Lors d’une conférence de presse commune, le ministre allemand Boris Pistorius a résumé le projet en expliquant qu’il s’agissait de “développer rapidement et à moindre coût des systèmes innovants, notamment pour la défense contre les drones, puis les produire tout aussi rapidement en grand nombre”. “Nous devons nous assurer que le coût de la défense reste en adéquation avec le coût de la menace”, a ajouté Luc Pollard, le ministre d’Etat britannique responsable de l’industrie de défense.

Selon lui, chaque membre du groupe l’E5 a pris un “engagement de plusieurs millions de livres et de plusieurs millions d’euros” pour faire progresser la technologie nécessaire au lancement de la production des éléments du nouveau système, et cela “d’ici douze mois”.

La Pologne, bonne élève de l’UE

La Pologne, plus grand pays du flanc oriental de l’Otan, voisin de la Russie et de l’Ukraine, remplit quasiment déjà l’objectif du sommet de La Haye, selon les estimations de l’Alliance pour 2025 : avec un budget de la défense équivalant à 4,48 % de son PIB, elle est l’un de ses meilleurs élèves, avec les États baltes, et se situe loin devant la France (2,05 %), l’Italie (2,01 %) et l’Espagne (2,0 %).

Dans un entretien à l’AFP jeudi, le ministre polonais de la Défense a appelé l’Espagne, la France et l’Italie à augmenter leurs dépenses. Ses propos font écho à ceux, inhabituellement sévères, du chef de la diplomatie allemande, Johann Wadephul, qui a jugé plus tôt cette semaine “insuffisants” les efforts de Paris en la matière.

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