Gaza: reconstruction, force de stabilisation, rôle de la Fifa… Ce qu’il faut retenir du premier « Conseil de paix » de Donald Trump

Dans un contexte d’intensification de la présence américaine au Moyen-Orient et en pleine escalade militaire avec l’Iran, Donald Trump a réuni pour la première fois son « Conseil de paix » ce jeudi 19 février. Plusieurs pays ont annoncé leurs contributions pour la reconstruction de Gaza, alors que le cessez-le-feu en vigueur depuis octobre est très fragile, les deux parties s’accusant mutuellement de le violer.  

Par Maeliss ORBOIN

« Nous sommes là pour la paix. C’est un mot facile à dire mais difficile à faire. » Ce sont par ces mots que Donald Trump a inauguré la première réunion de son « Conseil de paix » ce jeudi 19 février. L’objectif de cette organisation est de reconstruire et remodeler Gaza après des années de guerre. Israël, Argentine, Hongrie, Inde, Pakistan, Vietnam… Quelque 47 pays, dont 19 seulement sont officiellement membres de ce « Conseil », et l’Union européenne, en « observatrice », étaient représentés à Washington pour parler de la stabilisation de la bande de Gaza.

Aucun représentant palestinien ne siège au sein du « Conseil de paix ». Après cette réunion inaugurale, Donald Trump a par ailleurs exprimé son souhait de voir la Russie et la Chine rejoindre son organisation. 

  • Plus de sept milliards pour reconstruire

Devant ce parterre hétéroclite de dirigeants étrangers amis du président américain, il a déclaré que neuf pays, majoritairement du Golfe, se sont engagés à verser « plus de sept milliards de dollars » pour reconstruire le territoire dévasté. Il a également annoncé une contribution américaine de dix milliards de dollars pour le « Conseil de paix », qu’il présidera indéfiniment et doté d’une mission plus large et très vague de résolution des conflits dans le monde. 

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Face aux représentants, plusieurs images et vidéos ont été présentées montrant les différentes phases de reconstruction de Gaza au fil des ans et son découpage. Bâtiments flambants neufs, infrastructures et commerces reconstruits, quartiers résidentiels… La guerre n’est plus qu’un lointain souvenir. Une vision qui semble « déconnectée » avec la situation réelle et actuelle à Gaza où la situation humanitaire reste désastreuse, comme le font remarquer certains observateurs. 

Gaza

Les différentes phases de reconstruction de Gaza ont été présentées lors de ce premier « Conseil de paix ». 

Capture d’écran Board of Peace Event

Après plus de quatre mois de cessez-le-feu très fragile, les tirs et les frappes restent quotidiens. Israël et le Hamas s’accusent mutuellement et régulièrement de violer la trêve. La deuxième phase du plan de paix de Donald Trump prévoit le retrait progressif des troupes israéliennes qui contrôlent environ la moitié du territoire palestinien et le déploiement d’une force internationale de stabilisation.Lire la vidéo

Comme le rappelle CNN, la question cruciale de la démilitarisation du Hamas n’est toujours pas résolue, soulevant ainsi des interrogations quant au calendrier et aux modalités de la reconstruction et du déploiement des forces. « Il y a tellement d’acteurs que l’on peut penser que cela va être très compliqué à mettre en œuvre », relève Laetitia Bucaille, politologue à l’Inalco, Institut national des langues et civilisations orientales, sur le plateau de TV5MONDE. 

  • Une base militaire de 5.000 hommes

Dans sa vision de la nouvelle bande de Gaza, l’administration Trump veut construire une base militaire de 5.000 personnes à Gaza avec une superficie de plus de 140 hectares, relève le Guardian dans des documents qu’il a consultés. Elle servirait comme base opérationnelle militaire pour la Force internationale de stabilisation de Gaza (ISF), composée de troupes internationales engagées, et qui aurait en charge la gouvernance temporaire de Gaza.

Cette base militaire pourrait être située sur une étendue aride de plaines au sud de Gaza. Les plans examinés par le quotidien britannique prévoient la construction par un étape d’un avant-poste militaire d’une superficie de 1.400 mètres sur 1.100 mètres, entouré de 26 tours de guet blindées mobiles, d’un stand de tir, de bunkers et d’un entrepôt de matériel militaire opérationnel, le tout cerné de barbelés, comme de nombreuses bases militaires dans le monde. Les plans prévoient également un réseau de bunkers de 6 mètres sur 4 mètres et de 2,5 mètres de haut, dotés de systèmes de ventilation élaborés où les soldats pourront se réfugier. 

(Re)lire Marco Rubio, Jared Kushner, Tony Blair… Qui sont les membres du « Conseil de la paix pour Gaza » nommés par Donald Trump?

Une source proche du dossier a indiqué au Guardian que des sociétés de constructions internationales spécialisées dans les zones de guerre auraient déjà visité le site.

  • Une nouvelle force de police palestinienne

Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert au « Conseil de paix » pour l’établissement de cette Force de stabilisation internationale. L’Indonésie, pays en grande majorité musulman, en assumera le rôle de commandant adjoint, a annoncé le général américain Jasper Jeffers lors de la réunion. Il a précisé que cinq pays s’étaient déjà engagés à fournir des troupes à cette force, citant outre l’Indonésie, le Maroc – premier pays arabe à le faire publiquement -, le Kazakhstan, le Kosovo et l’Albanie. L’Indonésie s’est dite prête à fournir 8.000 soldats à cette force sous commandement américain, qui pourrait compter jusqu’à 20.000 hommes. 

Cette force internationale aurait comme rôle, en plus de la protection des civils et du maintien de la paix dans la région, la formation et le soutien des forces de police palestinienne nouvellement créées. Le nouveau Haut représentant pour Gaza, le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, a annoncé le début du recrutement de cette nouvelle force de police palestinienne à Gaza, soulignant que 2.000 personnes s’étaient déjà portées volontaires. Deux pays, l’Égypte et la Jordanie, se sont engagés à former des policiers. 

usa

Une Force internationale de stabilisation (ISF) sera déployée dans l’enclave palestinienne. 

Capture d’écran Board of Peace Event

Au moment où se tenait ce premier « Conseil de paix », le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a cependant insisté sur la nécessité d’un désarmement du mouvement islamiste palestinien Hamas avant toute reconstruction de Gaza. D’après des sources citées par CNN, les responsables américains et leurs alliés régionaux s’accordent à dire que la démilitarisation sera un processus de longue haleine. Par ailleurs, lors de cette première réunion, le rôle des forces de sécurité israéliennes n’a pas été précisé, laissant planer un flou en cas de reprise des combats entre les deux parties. 

Tout arrangement concernant la bande de Gaza doit commencer par « l’arrêt total de l’agression israélienne », a déclaré le mouvement islamiste palestinien Hamas après la réunion. 

  • La Fifa va financer la reconstruction des infrastructures footballistiques 

Le président de la FIFA était également présent lors ce premier « Conseil de paix ». Le 13 octobre 2025, lors d’un sommet sur Gaza en Égypte, Gianni Infantino avait annoncé que la FIFA allait lancer « un fonds pour aider à remettre sur pied les installations » liées au football à Gaza et en Cisjordanie occupée, appelant « les individus et entités du monde entier à contribuer à cet effort commun »

Cette précédente annonce semble donc se concrétiser. « Je suis aussi heureux d’annoncer que la Fifa va aider à récolter un total de 75 millions de dollars pour des projets à Gaza, je crois qu’ils sont liés au football », a déclaré Donald Trump. « Vous allez construire des terrains et faire venir les plus grandes stars mondiales, des gens qui sont de plus grandes stars que vous et moi, Gianni », a affirmé le président américain à l’adresse du président de la Fifa. Les deux hommes semblent assez proches depuis le retour au pouvoir du président américain en janvier 2025. Dans un communiqué, Gianni Infantino s’est félicité de la « signature d’un accord de partenariat historique (avec le « Conseil de paix ») qui favorisera l’investissement dans le football afin de soutenir le processus de reconstruction dans les zones post-conflit ». 

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En clair, le plan de reconstruction de Gaza prévoit « la construction de 50 mini-terrains FIFA Arena à proximité d’écoles et de zones résidentielles, de cinq terrains de dimensions standards dans plusieurs gouvernorats, d’une Académie de la FIFA haut de gamme et d’un nouveau stade national d’une capacité de 20.000 places. » Sans évoquer de chiffres, la Fifa précise que l’accord mobilisera « des financements auprès de dirigeants et d’institutions internationales ».

  • Prudence vis-à-vis de ce « Conseil de sécurité »

L’objectif de ce « Conseil de paix » est également de supplanter les Nations Unies que le président américain juge inefficace alors que lui se targue d’avoir réglé tout seul huit conflits depuis son retour au pouvoir. Pour lui, l’ONU « a un grand potentiel » mais ne l’a « jamais réalisé ». Le « Conseil » va « presque surveiller » l’ONU et « s’assurer qu’elle fonctionne correctement », a-t-il ajouté.

Les grands alliés traditionnels et les grands rivaux des États-Unis se sont cependant abstenus dans leur majorité de rejoindre l’organisme comme membres fondateurs. La France a vertement critiqué la présence de la commissaire européenne Dubravka Suica, soulignant qu’elle n’avait reçu aucun mandat pour y assister. « Tant qu’il existe une ambiguïté sur son périmètre, la France ne peut pas y participer tout simplement », a affirmé Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Le Premier ministre albanais, Edi Rama, a lui estimé que ce conseil ne visait pas à remplacer l’ONU mais que « si cela contribue à secouer ce géant agonisant et, inch’Allah, à le réveiller, alors que Dieu bénisse le Conseil de paix ».

Pour Adil Haque, professeur de droit à l’université Rutgers, « le Conseil de paix est une sorte de fiction juridique, doté nominalement de sa propre personnalité juridique internationale, distincte de l’ONU et des États-Unis, mais en réalité, il ne s’agit que d’une coquille vide que les États-Unis peuvent utiliser à leur guise », a-t-il déclaré au Guardian. Selon plusieurs experts, le financement de ce « Conseil » ainsi que sa gouvernance sont opaques mais en l’absence d’un autre mécanisme de paix, les dirigeants mondiaux doivent composer avec. 

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