Mémoire du littoral : Quand l’art interroge la côte, la migration et la mémoire collective
Dans le cadre de la 14e édition de Partcours, événement phare de l’art contemporain au Sénégal, la galerie Loman Art a inauguré, lundi 1er décembre dernier, l’exposition «Mémoire du littoral». Jusqu’au 31 janvier 2026, cette proposition artistique invite à une méditation sensible sur les paysages côtiers, leurs transformations et les récits qu’ils portent en eux.
Ouverte au public dans l’espace de la galerie située aux Mamelles, l’exposition rassemble les œuvres de cinq artistes, dont Ibrahima Cissé Déb’s, Ibrahima “Ibou” Gningue et Mbaye Ndoye, tous trois porteurs de visions singulières sur la relation entre l’homme, la terre et la mer.
Ibrahima Cissé Déb’s, peintre à l’univers chromatique inspiré du batik, propose des toiles où la texture et la couleur évoquent les liens sociaux et les attaches à la terre. Passant de l’abstrait au figuratif, il représente des êtres de lumière et d’ombres, comme pour saisir l’ambiguïté des présences humaines sur le littoral, entre ancrage et mobilité.
Le plasticien Ibou Gningue, lui, se concentre sur les tenues traditionnelles des femmes lébous, gardiennes culturelles des territoires côtiers. Ses œuvres, exposées jusqu’à Monaco et reconnues par des distinctions internationales, tissent un pont entre patrimoine immatériel et regard contemporain, interrogeant la permanence des identités face aux mutations des paysages urbains et naturels.
Quant à Mbaye Ndoye, lauréat du Prix de l’Union européenne à Dak’Art en 2008, il apporte une dimension à la fois politique et poétique. Son travail récent, dont l’œuvre marquante «Barça ou Barsax» sur l’émigration irrégulière, rappelle que le littoral n’est pas seulement un espace de beauté, mais aussi de départ, de rêve et souvent de souffrance.
Pour Loman Pawlitschek, galeriste et directrice artistique de Loman Art, «Mémoire du littoral» vise à créer un dialogue visuel et sensoriel autour des thèmes du passage, de la mémoire et de la transformation. «Chaque artiste puise dans des histoires personnelles et des paysages culturels partagés pour évoquer la texture de la vie côtière, ces lieux de rencontres, de migrations et de métamorphoses permanentes», explique-t-elle.
L’exposition cherche aussi à dépasser la simple contemplation, pour engager une réflexion sur les défis environnementaux et sociaux qui traversent ces zones fragiles et vitales. Présenter une telle exposition dans le contexte actuel n’est pas sans défis. Il s’agit de concilier approche esthétique et profondeur thématique, tout en touchant un public diversifié.
LAMINE DIEDHIOU
SUDQUOTIDIEN

