Conférence de l’ONU sur l’eau 2026 : la société civile mondiale appelle à une gouvernance mondiale fondée sur les droits humains

En marge de la réunion préparatoire de la Conférence des Nations Unies sur l’Eau 2026, les organisations de la société civile ont lancé un appel fort en faveur d’une gouvernance mondiale de l’eau fondée sur les droits humains, la participation citoyenne et la responsabilité publique. Réunis autour du lancement de la Plateforme sociale pour l’eau, mouvements sociaux, syndicats, ONG, réseaux communautaires et représentants des peuples autochtones ont dénoncé la mainmise croissante des intérêts privés sur la politique mondiale de l’eau.

Pour les acteurs présents, l’eau ne peut être gérée comme une marchandise ni laissée aux seules logiques de marché. Elle doit rester un bien commun et un droit humain fondamental, garanti par des politiques publiques fortes et des investissements publics à la hauteur des besoins.

La Plateforme sociale pour l’eau, en cours de construction, vise à rassembler un large éventail d’acteurs : mouvements citoyens, peuples autochtones, organisations confessionnelles, syndicats, ONG, gestionnaires communautaires de l’eau et collectivités locales. Son objectif est de peser dans le processus préparatoire de la Conférence de 2026 afin que les communautés les plus affectées par la crise de l’eau puissent réellement participer à la définition des solutions.

Les participants ont insisté sur la nécessité de dépasser les forums dominés par les multinationales et les investisseurs privés, pour replacer l’Organisation des Nations Unies au cœur de la gouvernance mondiale de l’eau. Selon eux, la Conférence de 2026 doit marquer un tournant : elle ne doit pas être une vitrine diplomatique de plus, mais un espace où les droits des populations, en particulier celles privées d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, sont au centre des décisions.

Les organisations ont également dénoncé la criminalisation croissante des communautés qui défendent leur droit à l’eau face aux projets de privatisation ou d’accaparement. Elles réclament des mécanismes contraignants pour les États, afin de garantir l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement, dans un contexte de crise climatique et de pressions économiques accrues.

La réunion de Dakar apparaît ainsi comme une étape clé pour structurer une mobilisation internationale capable d’influencer les choix politiques qui seront faits à Abu Dhabi en 2026.

Pedro Arrojo Agudo Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains à l’eau potable   : “L’eau ne peut pas être gouvernée par les lobbies privés”

Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement, Pedro Arrojo Agudo a livré une intervention très remarquée.

« Imaginez un monde sans Organisation mondiale de la santé, où ce serait le lobby pharmaceutique qui convoquerait tous les trois ans des conférences pour décider de la santé mondiale, du Covid et des pandémies. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui pour l’eau », a-t-il expliqué.

Selon lui, l’absence d’une véritable institution onusienne dédiée à l’eau et à l’assainissement a laissé le champ libre aux intérêts privés pour organiser la gouvernance mondiale de ce secteur vital. « La Conférence de l’ONU sur l’eau de 2023, malgré ses limites, et celle prévue en 2026, placent désormais les Nations Unies devant leur responsabilité : assumer pleinement leur rôle de garant des droits humains. »

Pedro Arrojo Agudo plaide pour que la Conférence sur l’eau soit institutionnalisée sous l’autorité des Nations Unies et guidée par une approche fondée sur les droits humains. Il insiste aussi sur la nécessité d’une participation sociale massive, en particulier des « titulaires de droits » : les populations qui ont le droit à l’eau mais qui, dans la réalité, en sont privées et souvent réprimées lorsqu’elles revendiquent ce droit.

« L’eau est gérée localement. Il est donc indispensable de convoquer aussi les communautés, les réseaux de gestion communautaire et les municipalités, qui sont aujourd’hui largement exclues des espaces internationaux de décision », a-t-il souligné.

Avec de nombreuses organisations à travers le monde, le Rapporteur spécial soutient la création de la Plateforme sociale pour l’eau, destinée à fédérer les peuples autochtones, les mouvements contre la privatisation, les réseaux interreligieux, les ONG et les collectivités locales autour d’un même objectif : faire de l’eau un droit effectif, et non une marchandise.

« Au final, ce sont les gouvernements qui décident. Mais avant de décider, ils doivent écouter », a-t-il conclu.

Moussa Thiam
SUDQUOTIDIEN

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