Exploitation minière, pétrolière et gazière : ONG et société civile alertent sur les dangers environnementaux

À l’occasion de son assemblée annuelle tenue samedi 17 janvier 2026 à la Maison de la Presse Babacar Touré, Amnesty International Sénégal a organisé un panel de haut niveau sur le thème « Sénégal : impacts de l’exploitation des mines, du pétrole et du gaz sur l’environnement ». Les échanges ont mis en lumière les défis environnementaux et humains liés à l’exploitation des ressources naturelles, ainsi que les manquements en matière de transparence et de protection des communautés.

Prenant la parole en ouverture, Seydi Gassama, Directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, a rappelé que les ressources naturelles peuvent constituer une opportunité majeure pour le développement d’un pays. « Les ressources naturelles sont une bénédiction pour un pays. Ce n’est pas tous les pays du monde qui en ont », a-t-il souligné, avant de mettre en garde contre les risques d’une exploitation mal encadrée. Selon lui, l’enjeu principal réside dans la capacité des États à prévenir et atténuer les impacts négatifs sur les communautés riveraines. « Il faut éviter que l’exploitation devienne une malédiction pour les communautés. Malheureusement, les États se focalisent souvent uniquement sur les ressources, sans prendre suffisamment de mesures pour réduire les impacts négatifs », a-t-il déploré.

Le débat s’est ensuite enrichi de l’intervention de Mouhamadou Kaly Ba, chargé de campagne océan pour Greenpeace Afrique, qui a salué le travail d’Amnesty International auprès des communautés affectées par les atteintes à l’environnement et aux droits humains. Il a particulièrement insisté sur les insuffisances des études d’impact environnemental, que son organisation dénonce depuis de nombreuses années. « Ces études sont souvent rédigées en français, avec des formules techniques incompréhensibles pour des populations dont la majorité n’a jamais été à l’école », a-t-il expliqué, ajoutant qu’elles ne reflètent pas toujours la réalité du terrain.

Pour Greenpeace Afrique, cette situation pose un double problème : celui de la transparence et celui de l’implication des communautés. « Comment l’État peut-il aider les communautés à avoir accès à une information claire et transparente ? Et comment intégrer réellement ces populations dans les discussions afin que leur avis soit pris en compte ? », s’est interrogé Mouhamadou Kaly Ba, estimant que la résolution de ces deux questions permettrait de corriger de nombreuses défaillances liées aux études d’impact environnemental.

Le militant écologiste est également revenu longuement sur la fuite de gaz survenue en février dernier sur la plateforme GTA au large de Saint-Louis, exploitée par BP. Il a dénoncé le retard et le ton de la communication de l’entreprise, intervenue deux semaines après l’incident, et jugée « méprisante » envers les communautés. « BP a affirmé que ces fuites n’avaient aucun impact sur l’environnement, alors qu’aucune étude ne le prouve », a-t-il affirmé. Selon lui, cette situation illustre le déséquilibre de pouvoir entre les multinationales et les populations locales, ainsi que le droit fondamental des communautés à être informées de ce qui se passe dans leur environnement.

Abordant le volet minier, Oudy Diallo, président de l’association Alerte Kédougou l’Environnement et conseiller départemental chargé de l’environnement, s’est exprimé sur le cas de la Falémé. Il a estimé que le décret présidentiel prévoyant une zone de protection de 500 mètres autour du cours d’eau ne constitue qu’une répétition de dispositions déjà prévues par le Code de l’environnement. Toutefois, il a plaidé pour une meilleure cohérence juridique, appelant à « une harmonisation du Code minier, du Code de l’environnement et du Code des collectivités locales ». Selon lui, une telle harmonisation permettrait de franchir « un très grand pas » vers une exploitation minière plus respectueuse de l’environnement et des communautés locales.

Ousmane GOUDIABY
SUDQUOTIDIEN

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