Ebullition du front social : La jonction «And Gueusseum»-Satsus lance son 5e plan d’actions et paralyse la santé

L’année 2026 s’ouvre sous le signe de la confrontation dans le secteur médico-social. Réunis en conférence de presse hier, les syndicats «And Gueusseum» et Satsus ont dévoilé un calendrier de lutte musclé, incluant une marche nationale à Thiès et une grève totale de 72 heures. Entre déception face aux orientations du sommet de l’Etat et colère contre le train de vie des institutions, le «passif social» menace de paralyser durablement le système de santé. 

Par Amadou MBODJI – La détermination est au rendez-vous. La jonction And Gueusseum-Satsus a officiellement lancé son 5e plan d’actions. Les syndicalistes ne comptent pas reculer sur leurs exigences de justice sociale et de revalorisation des conditions de travail. Le calendrier annoncé est le suivant : 14 janvier 2026, c’est une grande marche nationale à Thiès (Capitale du Rail) à partir de 10h. Il est prévu les 21, 22 et 23 janvier 2026, une grève totale de 72 heures. Initialement prévue plus tôt, cette séquence a été décalée pour respecter la célébration de l’Appel de Seydina Limamou Laye. Le mot d’ordre est strict : aucun service minimum, seuls les cas d’urgence seront traités, avec le port systématique de brassards rouges.

Le «mépris» de l’Etat et le paradoxe des moyens

Mballo Dia Thiam, coordonnateur de la jonction, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer le contraste entre les discours de rigueur budgétaire et le train de vie des autorités. «L’Etat veut enterrer le passif social sous prétexte d’une crise financière, alors qu’’il ne consent aucun sacrifice sur son propre train de vie», s’indigne-t-il.

Le syndicaliste pointe du doigt une contradiction flagrante : pendant que le budget du ministère de la Santé subit une baisse de 18%, les parlementaires s’affichent avec des véhicules de luxe dernier cri. Selon lui, cette situation est d’autant plus grave qu’elle prive déjà les populations de plus de 196 heures de soins.

La réforme de l’Action sociale dans le viseur

Un nouveau point de discorde est apparu avec la décision du ministre de l’Enseignement technique de transformer les Centres nationaux de réinsertion sociale (Cnrs) en centres de formation professionnelle. Pour la jonction And Gueusseum-Satsus, cette décision est une erreur stratégique et juridique : violation des conventions. Pour les deux syndicats, cette mesure irait à l’encontre de la Convention des Nations unies relative aux personnes handicapées et de la Convention 159 de l’Oit. En outre, ils dénoncent une méconnaissance du terrain : les syndicalistes estiment que cela dénature la vocation première de l’Action sociale, ignorant les recommandations des Assises nationales de 2008.

«Sénégal 2050» : un horizon qui s’assombrit

La déception est palpable suite au récent discours du président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Alors que les travailleurs attendaient des signaux forts pour un système de santé plus résilient et motivant, le sentiment de désespoir prédomine. Mballo Dia Thiam rappelle que la santé est un pilier fondamental de l’Axe 2 du référentiel «Sénégal Horizon 2050». Or, pour les syndicalistes, ce capital humain ne peut être développé sans : le paiement des arriérés de salaires des contractuels, le respect du Code du travail et du statut de la Fonction publique, la revalorisation des pensions de retraite, jugées «dérisoires», l’extension de la retraite à 65 ans et une meilleure couverture médicale pour les aînés.

Le poids de la «Jonction», un géant du front social

La coalition entre And Gueusseum et le Satsus n’est pas une simple alliance de circonstance, mais un bloc syndical stratégique qui pèse lourdement sur l’appareil sanitaire et social du Sénégal. Ce mégasystème syndical (né de l’alliance entre le Sutsas et le Sudtm) regroupe la majorité des techniciens de santé, des infirmiers, des sages-femmes et du personnel administratif. Sa force réside dans son maillage territorial : des postes de santé ruraux aux grands hôpitaux universitaires de Dakar.

Le Syndicat autonome des travailleurs de la santé et de l’action sociale apporte une dimension plus spécifique à la lutte, notamment sur les questions liées à l’Action sociale (réinsertion, handicap, protection des vulnérables).

Pourquoi cette union inquiète-t-elle l’Etat ? Contrairement à des grèves sectorielles isolées, la «Jonction» a le pouvoir de paralyser l’intégralité de la chaîne de soins. En décrétant une grève sans service minimum, elle bloque non seulement les consultations de routine, mais aussi les programmes de vaccination, les suivis prénataux et la gestion administrative des structures de santé.

En 2026, cette alliance semble changer de paradigme : elle ne se bat plus seulement pour des indemnités, mais s’attaque ouvertement à la gouvernance budgétaire de l’Etat et à la cohérence du projet «Sénégal 2050». Elle se positionne désormais comme un contre-pouvoir capable de contester les choix de prestige (véhicules de luxe) face aux besoins de base (accessibilité aux soins).

LEQUOTIDIEN

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