Les États-Unis doivent-ils craindre des « missiles iraniens qui atteindront bientôt » leur sol?

Le président américain Donald Trump a affirmé ce mardi 24 février que Téhéran cherchait à se procurer des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), pouvant atteindre les grandes villes américaines comme New York ou Washington, situées à près de 10.000 kilomètres de l’Iran. À ce jour, les missiles iraniens de courte et de moyenne portées peuvent atteindre des cibles situées à 3.000 kilomètres maximum. L’Iran parle, de son côté, de « mensonges éhontés« .

Par Séraphine Charpentier – source RFI

Image à vitesse d’obturation lente prise le 2 octobre 2019. Un missile balistique intercontinental (ICBM) est lancé à la base aérienne de Vandenberg, en Californie. Le président américain Donald Trump accuse l’Iran de vouloir se procurer l’arme de longue portée. 

La simple idée qu’ils puissent un jour se retrouver dans les mains de l’Iran inquiète les États-Unis depuis de nombreuses années. Une crainte répétée par Donald Trump ce mardi 24 février lors de son discours sur l’État de l’Union. « Ils ont déjà développé des missiles qui peuvent menacer l’Europe et nos bases à l’étranger, et ils travaillent à construire des missiles qui atteindront bientôt les États-Unis d’Amérique »

Une affirmation rejetée dans la foulée par Téhéran: « Tout ce qu’ils avancent au sujet du programme nucléaire iranien, des missiles balistiques de l’Iran et du nombre de victimes lors des troubles de janvier n’est rien d’autre que la répétition de mensonges éhontés« , a déclaré sur X le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Dans une interview accordée à la chaîne qatarie Al Jazeera en février, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait déclaré que Téhéran n’avait pas la capacité de frapper les États-Unis, mais qu’il attaquerait les bases américaines au Moyen-Orient si Washington menait des frappes contre son pays. 

Dès 1999 et 2001, le Conseil national du renseignement américain envisageait l’existence de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) iraniens pour horizon 2015. D’une portée pouvant atteindre les 10.000 kilomètres, ils seraient capables d’atteindre des grandes villes américaines. Près de 26 ans plus tard et en pleines tensions américano-iraniennes, les ICBM ne feraient toujours pas partie de l’arsenal iranien, mais la crainte américaine demeure. 

60 missiles balistiques intercontinentaux iraniens d’ici 2035 selon les États-Unis

L’Agence de renseignement de défense américaine (DIA) estimait dans un rapport de 2025 que « l’Iran dispose de lanceurs spatiaux qu’il pourrait utiliser pour développer un ICBM militairement viable d’ici 2035 si Téhéran décide d’acquérir cette capacité ». 

Selon l’estimation de la DIA, Téhéran pourrait avoir développé 60 de ces missiles en 2035. Actuellement, son partenaire chinois dispose d’environ 400 unités, la Russie 350 et la Corée du Nord 10 ou moins. Les États-Unis en possèdent 400, un nombre limité par le traité New Start, récemment expiré. La France et le Royaume-Uni en possèdent également, mais uniquement lancés depuis des sous-marins. Il ne s’agit pas de missiles intercontinentaux terrestres, à l’instar de la Russie ou des États-Unis. 

Les ICBM sont un instrument de dissuasion nucléaire entre États par excellence. Ils peuvent être dotés d’une ou plusieurs ogives nucléaires comme de charges explosives conventionnelles. Ces missiles longue portée suivent une trajectoire parabolique, ce qui signifie qu’ils sont propulsés hors de l’atmosphère terrestre. C’est la gravité qui les font redescendre sur leur cible, à un minimum de 5.500 kilomètres, une valeur fixée par des traités. Le tout premier ICBM de fabrication soviétique est le R-7 Semiorka. Il a été utilisé en 1957. 

Les craintes derrière le développement du domaine spatial iranien 

L’accent mis par l’Iran sur le développement domestique des infrastructures de lancement spatial fait craindre à l’Occident « un chevauchement technique entre les lanceurs de satellites et les systèmes de missiles balistiques à longue portée », selon le groupe de réflexion conservateur américain Hudson Institute. 

Téhéran investit en effet dans la propulsion, dans des systèmes de guidage mais aussi dans la conception de fusées à plusieurs étages. « Depuis la première administration Trump, les États-Unis ont estimé que le programme de lancement spatial prétendument civil de l’Iran lui offrait une voie viable pour développer des capacités ICBM », rapporte le groupe de réflexion dans son rapport de janvier 2026.

En 2024, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne publiaient d’ailleurs un communiqué condamnant le lancement d’un satellite iranien à l’aide du lanceur spatial Ghaem-100. « Nous condamnons ce lancement, qui recourt à des technologies essentielles au développement de missiles balistiques de longue portée », déploraient alors les trois pays.

Cependant, ces craintes ne datent pas d’hier, rappelle l’Hudson Institute. Dans une analyse réalisée pour la chaîne qatarie Al Jazeera, le chercheur du Middle East institute, Hassan Mneimneh, a estimé que le discours de Donald Trump sur la « menace supposée des missiles iraniens » semblait être une « tentative d’obtenir un soutien national en faveur d’une opération militaire contre l’Iran ». Rappelant que l’arsenal actuel de l’Iran « constituait avant tout une menace pour Israël » à ce jour, et non pas pour les États-Unis. 

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