APR: départs de cadres, manque de ressources et succession incertaine, les fragilités s’accumulent
Privée du pouvoir depuis 2024, l’Alliance pour la République peine à retrouver une dynamique collective. Selon les analyses recueillies par L’Observateur, les difficultés du parti dépassent les seules défections : elles touchent à son organisation, à son financement et à la place toujours centrale de Macky Sall.
L’Alliance pour la République traverse une période de fortes incertitudes. Dans son édition du 15 septembre 2026, L’Observateur décrit une formation confrontée à une succession de départs et à des difficultés de réorganisation, alors que la naissance de Kiiraay accentue les interrogations sur son avenir politique.
Pour le professeur Moussa Diaw, cette situation s’inscrit dans un phénomène déjà observé au sein d’autres formations sénégalaises après leur départ du pouvoir. La perte des ressources associées à l’exercice des responsabilités publiques fragilise les structures partisanes et réduit leur capacité à entretenir les réseaux sur lesquels elles se sont longtemps appuyées.
Le politologue estime toutefois que les problèmes de l’APR ne peuvent pas être ramenés à une question financière. Il relève une difficulté à se réinventer après la défaite de 2024, à conduire une introspection et à ouvrir suffisamment le fonctionnement interne pour permettre l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants.
Les fragilités, selon lui, étaient déjà perceptibles avant la présidentielle. Le soutien à Amadou Ba, candidat de la coalition au pouvoir, n’avait pas été suffisamment homogène. Des engagements limités, des prises de distance et des divergences avaient alors révélé des fissures au sein de la formation.
La question du leadership apparaît comme un autre point central. Moussa Diaw considère que le parti demeure fortement structuré autour de Macky Sall, dont l’éloignement complique la conduite quotidienne des activités. L’absence de succession organisée entretient, selon cette analyse, une incertitude sur l’autorité appelée à porter la reconstruction.
Djibril Diop, également interrogé par L’Observateur, insiste sur l’absence de transmission officielle de la direction du parti à une personnalité capable d’en assurer durablement l’animation. À cette difficulté s’ajoute le poids de la fin du mandat de Macky Sall dans l’image de l’APR. Une nouvelle direction aurait, à ses yeux, besoin de prendre certaines distances avec le passé pour restaurer sa crédibilité.
Le départ d’Amadou Ba constitue, dans cette lecture, une perte importante. L’ancien Premier ministre, arrivé deuxième à l’élection présidentielle de 2024, a créé son propre appareil politique. D’autres responsables quittent progressivement l’APR, attirés notamment par de nouvelles perspectives de positionnement dans un paysage en recomposition.
Les analystes ne considèrent cependant pas la disparition du parti comme inéluctable. L’APR conserve un ancrage, des militants et un passé électoral. La difficulté consiste à transformer ces acquis en une présence politique active, avec une direction identifiable et une stratégie adaptée à sa nouvelle situation.
Pour retrouver une capacité d’action, Djibril Diop évoque la nécessité de remobiliser les militants, de reconstruire les structures, de réinvestir le terrain et de renouveler le discours. Les questions du coût de la vie, des difficultés économiques et des attentes sociales pourraient constituer des axes de travail. Encore faudrait-il, selon les analyses rapportées par le journal, parvenir à leur donner une traduction politique cohérente avant les prochaines échéances électorales.

