Sen-PNA : une dette de 28 milliards menace l’approvisionnement en médicaments essentiels
La Sen-PNA est au bord du gouffre. L’Intersyndicale SAS-SAMES, qui représente les travailleurs de la Société nationale de la Pharmacie Nationale d’Approvisionnement, alerte. Dans une déclaration, les syndicalistes dénoncent une situation financière, « particulièrement préoccupante » et mettent en garde, car si rien ne change, c’est tout le système d’approvisionnement en médicaments et produits de santé essentiels qui pourrait s’effondrer. Selon Walf Quotidien, la cause principale de cette asphyxie est l’État qui accumule des créances impayées à hauteur de 28 milliards 364 millions 471 mille 079 francs CFA. Une somme colossale qui plombe la trésorerie de l’entreprise publique et la condamne à fonctionner en mode dégradé.
Pour continuer à livrer les hôpitaux et les centres de santé, la Sen-PNA est obligée de puiser dans ses propres ressources. Les syndicalistes expliquent que les crédits budgétaires alloués à certains programmes de santé sont devenus insuffisants, forçant l’entreprise à compenser les déficits. « La Sen-PNA est alors contrainte d’assurer la continuité des approvisionnements en avançant les ressources nécessaires, ce qui entraîne une détérioration progressive de sa situation financière », alertent-ils.
Le programme national de dialyse, indique le journal, est pointé du doigt comme le principal foyer de tension. Les retards de remboursement des dépenses engagées dans ce cadre affectent directement les capacités financières de la Sen-PNA, limitant le renouvellement des stocks, la capacité à honorer les contrats avec les fournisseurs et les investissements pourtant indispensables à l’amélioration des performances de l’entreprise.
Les conséquences de cette asphyxie financière sont déjà visibles et alarmantes. L’entreprise ne parvient plus à payer ses fournisseurs, dont certains, excédés par les retards chroniques, ont tout simplement « suspendu leurs livraisons ». Une décision qui fait peser une menace directe sur la disponibilité des médicaments dans les structures de santé. Les syndicalistes craignent des ruptures de stocks massives, une perspective inquiétante pour un pays qui a besoin de médicaments pour ses programmes de santé prioritaires. Au-delà du volet financier, l’intersyndicale dénonce également des pratiques de gestion qu’elle juge dangereuses. De nombreux recrutements auraient été effectués « en dehors de toute planification », alourdissant inutilement la masse salariale et aggravant les déséquilibres budgétaires. Une gestion à courte vue qui ne fait qu’enfoncer un peu plus l’entreprise dans la crise.
Face à ce tableau sombre, l’Intersyndicale SAS-SAMES ne reste pas les bras croisés. Elle exige l’apurement rapide des créances dues par l’État, la réintégration des travailleurs du service régional d’approvisionnement de Dakar dont les affectations « injustifiées » ont été contestées et l’ouverture d’un cadre de concertation sur toutes les décisions ayant des conséquences sociales importantes. Les syndicalistes espèrent que leur cri d’alarme sera entendu par les autorités, car l’enjeu dépasse largement le cadre de l’entreprise.
Khadydja NDIAYE

