États-Unis: à Port-au-Prince et à New York, les Haïtiens redoutent les conséquences de la fin du TPS

Alors que la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens aux États-Unis se rapproche et devrait entrer en vigueur le 27 juillet, l’inquiétude grandit à Port-au-Prince. Plus de 300 000 ressortissants haïtiens risquent de perdre leur protection contre l’expulsion, une perspective qui suscite de vives inquiétudes dans un pays où des milliers de familles dépendent des transferts d’argent de la diaspora. Les Port-au-Princiens redoutent de lourdes conséquences économiques et humanitaires.

Par :RFI

Alors que la décision n’est pas encore effective, elle fait déjà naître de l’inquiétude à Port-au-Prince. De nombreux habitants retiennent leur souffle, à l’image de Bedson, rencontré à Delmas, qui dit craindre le pire. « En Haïti, la majorité des familles dépendent de la diaspora. Beaucoup de migrants haïtiens bénéficiant du TPS ont des proches qu’ils soutiennent financièrement. Penser à les expulser serait vraiment dramatique et grave », confie-t-il à notre correspondant à Port-au-Prince, Peterson Luxama.

Inquiétude et crainte aussi chez Stéphanie croisée à Delmas. Selon elle, Haïti n’est ni économiquement ni sécuritairement prête à accueillir des centaines de milliers de personnes expulsées. « Si une telle décision arrive à être effective, quel sera le sort de nos compatriotes haïtiens aux USA ? Il ne faut pas oublier, ce sont des gens qui ont laissé Haïti pour aller chercher un mieux-être ailleurs. Le pays n’est pas encore prêt à les recevoir », témoigne-t-elle.

« La décision pourrait faire beaucoup de mal à nos compatriotes »

Jean-Baptiste nuance toutefois le débat. Même si cette décision serait douloureuse, il pense qu’elle pourrait aussi pousser les Haïtiens de la diaspora à exercer davantage de pression sur les autorités afin qu’elles assument enfin leurs responsabilités face à la crise que traverse le pays. « C’est vrai que la décision pourrait faire beaucoup de mal à nos compatriotes, note-t-il. Toutefois, je pense que c’est une bonne occasion pour eux de contraindre les autorités haïtiennes à agir pour améliorer les conditions de vie en Haïti, notamment la situation sécuritaire. »

Alors que l’échéance approche, le gouvernement haïtien, de son côté, reste discret. Aucun plan officiel n’a été présenté pour faire face à un éventuel retour massif de migrants, alors que les inquiétudes continuent de grandir au sein de la population.

À New York, la communauté haïtienne vit dans la peur

À New York, cela fait des mois que cette situation a instauré un climat de peur dans le quartier de Little Haïti. « À n’importe quel moment, je peux sortir acheter quelque chose et me faire arrêter ». Ce jeune Haïtien est aux États-Unis depuis trois ans, mais avec la fin annoncée du TPS, c’est toute sa vie qui est chamboulée. « Quand je remarque une voiture, que ce soit la police ou l’immigration, ça me met mal à l’aise. On ne sait jamais », ajoute-t-il.

Et il n’est pas le seul à vivre désormais dans la peur. Dans le quartier, presque personne n’accepte de parler à notre correspondante à New York, Loubna Anaki. Il suffit de mentionner le mot « TPS » pour que les discussions s’arrêtent. « C’est un véritable désastre dans notre communauté parce qu’il y a beaucoup de gens qui souffrent de cette fin du TPS », témoigne un homme.

Il y a plus de 330 000 Haïtiens avec un TPS sur le sol américain. Cela leur permettait de travailler et de vivre légalement aux États-Unis. « Ces gens ont des maisons, des enfants… Il y a des familles qui se demandent ce qu’on va faire, est-ce qu’on va laisser leurs enfants ici, beaucoup de ces enfants sont américains. Donc c’est beaucoup plus compliqué que simplement faire ses valises et partir, c’est pas aussi simple que ça. Et ces gens n’ont rien en Haïti », précise Pascal Antoine, qui travaille pour une organisation d’aide aux migrants à Little Haïti. 

Les administrations américaines successives, tant républicaines que démocrates, ont renouvelé à plusieurs reprises ce statut, car la situation continue de se détériorer en Haïti, et non de s’améliorer. Aujourd’hui, environ 350 000 Haïtiens bénéficient du statut de protection temporaire.

Alexus McNally, avocate américano-haïtienne en droits humains et enseignante à l’Université de NottinghamSarah Krakovitch

Ces Haïtiens redoutent de devoir repartir dans un pays où la situation sécuritaire reste difficile, et où le département d’État américain lui-même déconseille de se rendre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *