Gabon-France : manganèse et base militaire au menu de la visite d’État d’Oligui Nguema à Paris

Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema entame ce lundi 20 juillet une visite d’État de trois jours, à Paris. Au menu des discussions avec son homologue français Emmanuel Macron : l’avenir de la base militaire française de Libreville, la capitale gabonaise, et la transformation locale du manganèse.

Par Nadia Bouchenni avec AFP – Le président gabonais doit donc être reçu ce lundi 20 juillet au Palais de l’Élysée, par le chef de l’État français. Il viendra accompagné par une délégation de plus de 80 membres, composée de ministres, de chefs d’entreprise, de responsables politiques et de journalistes, selon RFI.

Un dîner de gala y est également prévu, suivi mardi 21 juillet, d’une séquence mémorielle devant la tombe du soldat inconnu, à l’Arc de triomphe, puis à la forteresse militaire du Mont-Valérien, en banlieue parisienne, a annoncé la présidence française.

Il s’agit de la deuxième visite officielle en France du président gabonais, arrivé au pouvoir par un putsch en août 2023 qui avait mis fin à cinquante-cinq ans de dynastie de la famille Bongo. Il a ensuite été élu à la présidence avec près de 95 % des voix en avril 2025.

« Ce sera l’occasion pour les deux chefs d’État (…) d’assurer le suivi des accords signés à Libreville au mois de novembre dernier, lors de la visite d’État du président français sur notre sol », a déclaré Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la présidence gabonaise, vendredi 17 juillet, lors d’une conférence de presse.

La transformation du manganèse au coeur des discussions

Les discussions franco-gabonaises porteront tout d’abord sur la transformation locale du manganèse, dont le Gabon est l’un des principaux producteurs mondiaux. Libreville avait annoncé mi-2025 vouloir interdire l’exportation de manganèse brut dès 2029 et développer une industrie de transformation locale. Actuellement, le minerai est exploité par la Comilog, filiale du groupe français Eramet, précise RFI.

« À partir du 1er janvier 2029, le manganèse gabonais ne sortira plus du Gabon sans avoir été transformé localement, sans avoir créé des emplois localement », a affirmé le porte-parole de la présidence gabonaise. Côté Élysée, on assure qu’il existe « une convergence pour avancer vers un calendrier de transformation locale d’une partie de la production du manganèse ». Des discussions sont déjà en cours pour assouplir ce calendrier, jugé trop contraignant au regard des investissements nécessaires dans les infrastructures industrielles et énergétiques, assure RFI.

Base militaire et présence française

Les deux chefs d’Etat discuteront également du renouvellement du partenariat de défense entre les deux pays et de l’avenir du camp de Gaulle, la base militaire française de Libreville. Dans le cadre de la reconfiguration de son dispositif militaire en Afrique, la France a réduit sa présence au Gabon à une centaine de soldats, contre 1 200 par le passé.

Le Gabon « attend que le titre foncier relatif au camp sur lequel est érigée la base soit transféré à la partie gabonaise », selon le porte-parole gabonais. Un nom, sans doute celui d’un général gabonais, sera ensuite attribué au camp, qui sera alors dédié à « la formation de nos forces de défense et de sécurité », a-t-il expliqué. « La France est prête à répondre aux priorités et aux objectifs formulées par le Gabon » dans le cadre de la rétrocession de cette base, a assuré la présidence française, sans entrer dans les détails.

Sur le plan militaire, le Gabon réclame ainsi un désengagement accru des forces françaises et assume par ailleurs une diversification de ses partenaires extérieurs, comme la Chine, la Turquie ou l’Inde. Paris reste néanmoins le principal partenaire diplomatique de Libreville, selon RFI.

La dette gabonaise, un souci pour la région

Sans figurer officiellement au programme, la dette du Gabon, qui dépasse 70 % du produit intérieur brut, devrait néanmoins également faire partie des échanges. Libreville a déjà lancé un audit complet, dont les résultats sont attendus courant juillet, et cherche à conclure un programme avec le Fonds monétaire international, selon RFI. Fin juin, une source au sein de l’institution indiquait toutefois qu’un certain nombre de documents n’avaient pas encore été transmis.

Une solution financière négociée avec les institutions internationales est encouragée par la France, qui préside également le Club de Paris, l’organisation de créanciers chargée de trouver des solutions pour les pays débiteurs en difficulté. La dette gabonaise suscite en effet l’inquiétude dans la sous-région. Elle pèse sur les équilibres de change et fait planer un risque d’instabilité pour le franc CFA, selon RFI.

Autre dossier abordé, l’accord signé avec le groupe Suez pour l’approvisionnement en eau potable de Libreville. Plus d’un an après la signature d’une convention de 200 millions d’euros sur cinq ans avec la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), les blocages s’accumulent encore et la France appelle au respect des engagements pris.

Un virage répressif

Le président gabonais doit également rencontrer la diaspora gabonaise en France. Son porte-parole a invité ceux qui « ont des positions contradictoires avec la dynamique politique impulsée par le chef de l’État » à « venir discuter entre Gabonais, à bâtons rompus ».

Le pouvoir gabonais est aussi soupçonné de dérive autoritaire et répressive. Les réseaux sociaux sont coupés depuis le 17 février et le principal opposant au président gabonais, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, est emprisonné depuis mi-avril, dans une affaire d’« escroquerie » et d’« abus de confiance », datant de 2008.

Les avocats de l’ancien Premier ministre, en détention préventive depuis trois mois, ont appelé la France à agir pour sa libération, rapporte RFI« La France, membre du Conseil de sécurité des Nations unies, est aussi tenue de jeter un regard sur l’état des droits individuels et des libertés publiques, un peu partout dans le monde, et singulièrement aussi auprès de ses amis », explique Thierry Nguia, l’un des avocats de l’ancien Premier ministre. « C’est au regard de cette situation que nous sollicitons effectivement aussi bien de la France que du Gabon, des deux autorités, qu’elles puissent œuvrer à ce que les droits de notre client soient respectés et que sa libération soit effective », a-t-il poursuivi.

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