« Davantage de massacres »: en Birmanie, plus de 100.000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre civile
Plus de 100.000 morts, tout camp confondu. C’est le bilan humain de la guerre civile en Birmanie, quatre ans après le coup d’État militaire de février 2021, selon l’ONG américaine Acled, référence mondiale dans le suivi des conflits armés.
Par Pascale Veysset avec agences
Selon les dernières données de l’ONG américaine Acled (Armed Conflict Location and Event Data), qui répertorie les incidents rapportés par les médias, les affrontements en Birmanie ont fait 100.114 morts au total. Il n’existe pas de bilan officiel et les estimations varient largement, mais les analystes considèrent ce conflit comme le plus meurtrier se déroulant actuellement en Asie.
En 2021, l’armée birmane mettait fin à une décennie d’expérience démocratique, en renversant le gouvernement élu d’Aung San Suu Kyi et en arrêtant la lauréate du prix Nobel de la paix. Des manifestations anti-putsch avaient alors été réprimées par les forces de sécurité, mais des militants pro-démocratie ont quitté les villes pour combattre le pouvoir militaire aux côtés de mouvements armés issus de minorités ethniques longtemps, hostiles au pouvoir central.
« C’est une douleur sans fin », confie Thein Aye Nu, 49 ans, dont le mari a été tué en juin dernier lors d’une frappe aérienne. « Je suis très en colère, mais je ne sais même plus contre qui la diriger ».
Le chef des putschistes, Min Aung Hlaing, est récemment devenu président à l’issue d’un processus électoral qualifié à l’étranger de manœuvre pour prolonger le régime militaire sous une apparence de pouvoir civil. « S’il n’y avait pas eu de coup d’État, les enfants seraient à l’école », regrette un homme de la région centrale de Magway, dont le fils, adolescent, a récemment été tué au combat après avoir fugué pour rejoindre des rebelles.
Plus de 3,7 millions de personnes déplacées
Selon les Nations unies, plus de 3,7 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays et plus d’une personne sur cinq se trouve en situation d’insécurité alimentaire. La plus grande ville, Rangoun, connaît une relative normalité, mais la violence peut y prendre la forme d’assassinats sporadiques. D’autres régions sont pilonnées quotidiennement par des frappes aériennes menées par des avions militaires fournis par la Russie et la Chine.
L’Acled a recensé plus de 1.200 groupes armés distincts dans cette guerre civile chaotique, la qualifiant de « conflit le plus fragmenté au monde ». Pour Sun Mon Thant, analyste de l’Acled, « le conflit s’est propagé dans tout le pays ». Il ajoute que les observateurs sur place assistent à « davantage de massacres. L’armée a pris pour cible des écoles, des cliniques, des prisons ».
La dynamique du conflit a basculé d’un camp à l’autre au cours des cinq dernières années. Une offensive conjointe de plusieurs groupes rebelles leur a permis de réaliser des avancées spectaculaires fin 2023, se rapprochant de Mandalay, la deuxième ville du pays.
Mais la situation a de nouveau tourné en faveur de l’armée l’an dernier, selon les analystes, après que la Chine lui a apporté son soutien et favorisé la signature de trêves avec deux des plus puissants groupes armés ethniques.
50.000 civils enrôlés de force
En février 2024, l’état-major a instauré la conscription pour renforcer ses rangs, enrôlant de force quelque 50.000 civils. « Ces conscrits ne peuvent rien faire. C’est comme s’ils étaient simplement envoyés à la mort », a témoigné un homme de 20 ans, qui a déserté après six mois sur la ligne de front. « Si tu ne meurs pas à un endroit, ils t’envoient ailleurs ». La guerre a indirectement touché les pays voisins, où ont fui de nombreux réfugiés, accueillis dans des camps en Thaïlande et au Bangladesh.
Selon des observateurs, des groupes armés de tout bord financent leur effort de guerre grâce aux profits du trafic de drogues comme l’héroïne et la méthamphétamine. Les zones frontalières faiblement contrôlées sont par ailleurs devenues un foyer pour des centres d’arnaques en ligne opérant souvent depuis des complexes fortifiés gardés par des milices.

