Les Européens cherchent à se protéger face à la déferlante de produits chinois

Plus d’un milliards d’euros par jour en moyenne. C’est le déficit abyssal enregistré par les pays de l’Union européenne face à la Chine. Un déficit qui impacte les industriels européens et inquiète les dirigeants politiques de l’UE. Ce sera d’ailleurs l’un des principaux thème du Conseil européen qui débute jeudi 18 juin dans la soirée à Bruxelles.

Par : RFI

En avril, le déficit commercial avec la Chine a dépassé la barre des 30 milliards d’euros. Un niveau insupportable de l’aveu même de la Commission européenne qui propose donc à l’Union de se doter d’outils pour rééquilibrer la relation commerciale avec Pékin.

Parmi les mesures envisagées, un mécanisme qui sortirait certains produits des marchés publics européens et qui limiterait le rachat d’enterprises européennes. La France pousse notamment l’idée d’un équivalent européen de la « Section 301 » américaine, qui permet de surtaxer de manière ciblée les produits de pays accusés de pratiques commerciales déloyales. « Nous devons assumer des mesures de défense », a plaidé Emmanuel Macron, estimant que les Européens avaient le droit de réagir « quand notre souveraineté est en jeu ».

Mais depuis 2024 et les droits de douane supplémentaires qui visent les voitures électriques chinoises, la relation commerciale entre l’UE et la Chine est devenue un sujet inflammable. Certains pays en Europe craignent l’ouverture d’une guerre commerciale à l’issue incertaine pour l’UE. Après les surtaxes européennes sur les voitures électriques chinoises, Pékin avait déjà répliqué en ciblant notamment le cognac, la filière porcine et les produits laitiers européens.

La crainte d’une guerre commerciale

Autre inquiétude majeure : l’extrême dépendance de l’UE à la Chine pour ses approvisionnements en terres rares et autres matières premières critiques, essentielles aux industries de pointe. Les restrictions imposées l’an dernier par Pékin sur certaines exportations ont servi d’avertissement aux Européens. « Cela montre à quel point il est important de diversifier nos approvisionnements », a déclaré Ursula von der Leyen au sommet du G7 à Évian.

Un élement nouveau est à prendre compte : l’Allemagne, qui a toujours été réticente à l’idée d’une politique commerciale agressive à l’égard de Pékin, est en train d’évoluer sur ce sujet. En témoigne, la semaine dernière, les déclarations de Friedriech Merz. Sans citer directement la Chine, le chancellier allemand s’indignait que l’on puisse rester les bras croisés alors que d’autres pays s’affranchissent des règles communes en matière d’industrie et de commerce.  

Cette évolution allemande est suivie de près à Paris. « Il y a une convergence avec l’Allemagne », se réjouit-on côté français, même si Berlin insiste sur la nécessité de ne pas cibler officiellement un pays en particulier. Pour les Européens, l’enjeu est donc de trouver une ligne de crête : se protéger davantage face aux subventions et aux surcapacités chinoises, sans basculer dans un découplage économique avec Pékin.

« Découpler nos économies n’est ni souhaitable ni réaliste », a rappelé le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, devant les eurodéputés. L’objectif affiché est plutôt de « rééquilibrer » les échanges et de rétablir « des règles du jeu équitables ».

Le débat s’annonce donc tendu à Bruxelles. Car si une majorité d’États membres semble désormais favorable à un durcissement de la politique commerciale européenne, l’UE reste exposée à d’éventuelles représailles chinoises. Entre défense de son industrie, dépendance aux matières premières critiques et crainte d’une guerre commerciale, l’Europe cherche encore la bonne réponse face à la puissance chinoise.

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