Le patrimoine culturel ukrainien, cible récurrente des attaques russes
Dans la nuit de dimanche à lundi, l’Ukraine a été frappée par une attaque russe à grande échelle. Au moins 11 personnes sont mortes, mais le bilan est aussi matériel, il concerne aussi le patrimoine culturel du pays puisque plusieurs monuments ont été endommagés.
Par : Emmanuelle Chaze – Avec notre envoyée spéciale à Kharkiv – RFI
Au moins 70 missiles et plus de 610 drones lancés par la Russie se sont abattus sur l’Ukraine dans la nuit de dimanche à lundi. La capitale ukrainienne a été la cible principale, mais d’autres villes comme Kharkiv ou encore Dnipro ont été touchées.
Mais c’est aussi le patrimoine de l’Ukraine qui a été très durement frappé ces derniers jours. Une image en particulier restera gravée dans les mémoires : celles de la Laure de Kiev et la cathédrale de la Dormition en feu. Ce monastère, qui date du 11e siècle, est un haut lieu de la chrétienté orthodoxe, et le site, déjà endommagé en janvier, n’avait pas connu de dégâts aussi importants depuis la Seconde Guerre mondiale.
Outre le site, le studio Dovzhenko, berceau de la culture cinématographique ukrainienne, et le musée d’Arsenal, qui date du 18e siècle et abrite nombre d’événements culturels chaque année, ont chacun subi des frappes de drone.
À Dnipro, c’est la Maison de l’orgue et de la musique de chambre qui a été fortement endommagée. Et enfin à Kharkiv, c’est le musée des Beaux-Arts, qui contenait 26 000 peintures et autres objets, qui était en proie aux flammes suite à l’attaque russe.
Entre 2014 et 2026, plus de 7,8 millions d’objets culturels volés par Moscou
C’est donc l’héritage ukrainien qui a été touché par ces frappes sur le patrimoine culturel qui durent depuis 2022. Pour Volodymyr Zelensky, la frappe sur la Laure de Kyev-Pechersk en particulier n’affecte pas seulement l’Ukraine, il s’agit, selon lui, d’une attaque contre la chrétienté et l’héritage culturel de l’Humanité tout entière.
De fait, la Laure de Kiev est un site qui est inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco et qui devrait par conséquent être un site protégé. Or, depuis 2022 on a pu constater que d’autres sites culturels importants ont été endommagés. Il y a à peine quelques semaines, rien que dans la capitale, le musée national des Beaux-Arts, celui de la catastrophe de Tchernobyl ou encore la Philharmonie de Kiev ont été touchés. Selon Ruslan Kravchenko, le procureur général d’Ukraine, depuis le début de la guerre, ce sont plus de 2 000 monuments et institutions qui ont été endommagés.
Les Ukrainiens ont été déçus de la réaction de l’Unesco qui condamne la frappe sur le site protégé du monastère sans en nommer l’auteur, et qui évoque les dégâts au conditionnel.
La population et le gouvernement auraient aimé, comme l’a souligné le chef de la diplomatie Andriy Sybiha, des actions plutôt que des mots de la part des partenaires de l’Ukraine.
Du côté de la justice, le procureur Kravchenko a rappelé qu’à cette destruction, qu’il impute à une politique russe systématique de destruction de l’identité ukrainienne, s’ajoute un pillage systématique de l’héritage culturel ukrainien par l’occupant.
Entre 2014 et 2026, le parquet a recensé plus de 7,8 millions d’objets volés par Moscou. À ce jour, plus de 240 procédures pénales sont en cours et 15 suspects ont été identifiés par la justice ukrainienne, car pour Kiev, ces crimes contre le patrimoine culturel sont aussi des crimes de guerre et sont donc imprescriptibles.

