Au Mali, l’armée accusée d’avoir utilisé des bombes à sous-munitions, interdites depuis 2010

Selon des images transmises à nos confrères de RFI, des bombes à sous-munitions auraient été utilisées par l’armée malienne et ses partenaires russes de l’Africa Corps. Ces bombes libèrent quantité d’autres petites bombes quand elles explosent ce qui les rend particulièrement létales. Leur utilisation est interdite depuis 2010 et l’entrée en vigueur du Traité d’Oslo, ratifié par le pouvoir civil de l’époque.

Par TV5MONDE – avec agences

Dans un communiqué publié mardi 19 mai, les indépendantistes du FLA, le front de libération de l’Azawad, ont dénoncé l’utilisation de bombes à sous-munitions. 

Sur les images qui ont été transmises à RFI, il a été possible d’identifier une bombe RBK-500-2.5 et des sous-munitions ShOAB-0.5, des modèles de fabrication russe récemment utilisés en Ukraine ou en Syrie. Selon les démineurs du site spécialisé Cat-Uxo, la bombe principale libère 565 sous-munitions qui se dispersent ensuite sur de vastes étendues autour de la cible visée, et n’explosent pas toutes au sol. Lire la vidéo

De nombreuses ONG s’élèvent contre l’utilisation de ces armes particulièrement létales. Comme l’explique Handicap International, une bombe à sous-munitions (BASM) se présente comme un conteneur rempli de mini-bombes explosives appelées « sous-munitions ». Le conteneur peut être un obus, une roquette, un missile… Largué par avion ou voie terrestre, il s’ouvre en vol et libère les sous-munitions. Un véritable tapis de bombes tombe alors sans précision sur de larges surfaces.

Une première dans la région

Les rebelles du FLA ne sont pas les seuls à s’inquiéter de l’apparition de ces bombes.

Le Collectif pour la défense des droits du peuple de l’Azawad/Nord-Mali (CD-DPA) a documenté l’utilisation de ces sous-munitions dans au moins deux cas: le vendredi 15 mai à Oubder, près d’In-Gouzma, dans la région de Tombouctou, puis dimanche 17 mai à Tadjmart, près d’Agulehoc, dans la région de Kidal. Ce que d’autres sources locales et spécialistes de la veille sécuritaire ont également confirmé à RFI. 

« C’est la première fois que nous découvrons ces bombes à sous-munitions, explique à RFI Tilla Ag Zeini, secrétaire général du CD-DPA. Bien sûr, c’est inquiétant. C’est dangereux pour les civils, c’est dangereux pour les enfants qui peuvent jouer avec, les utiliser ou les toucher, et cela peut être mortel. Pour les éleveurs aussi. Des gens qui ne connaissent pas, qui ne savent pas de quoi il s’agit peuvent les toucher, et ça peut faire des victimes. »

Le Mali a signé le Traité d’Oslo qui interdit l’utilisation de de bombes à sous-munition. Les deux frappes aériennes des 15 et 17 mai ont été revendiquées officiellement par l’armée malienne dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux. Dans ce communiqué, l’armée ne précise pas quelles munitions elle a employées.

Réfugiés en Mauritanie pour fuir les exactions de l’armée et des paramilitaires russes

De nombreux Maliens ont fuit vers la Mauritanie voisine. Certains d’entre eux ont témoigné auprès de l’AFP des violences commises contre les civils par l’armée malienne et ses alliés russes du groupe paramilitaire des Africa Corps. Une vieille dame d’une soixantaine d’années raconte comment son fils a été décapité par un commando de l’armée et de paramilitaires russes l’été dernier. Parti vendre de la marchandise au Mali avec quatre autres personnes, « les agresseurs les ont ligotés, avant de les décapiter (…) Ils ont mis le feu aux marchandises », raconte Chérifa, dont le nom a été changé pour sa sécurité. « Leurs corps ont été retrouvés le jour suivant« , s’émeut la nomade qui n’a « pas eu le courage de jeter un dernier regard » à la dépouille de son fils, qui comme les autres n’avait « rien fait ».

À Fassala, ville-frontière où ces civils sont nombreux à arriver, des soignants de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) constatent l’ampleur de leurs traumatismes: psychoses, coups, blessures par balle, viols de femmmes et d’hommes…

Entre autres exemple de tortures, « des personnes ont témoigné avoir été enterrés vivantes », rapporte Mayoury Savant, coordinatrice de MSF dans la région, dont l’organisation ne peut se prononcer sur les auteurs des violences.

Il y a quelques semaines, des organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé une plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples concernant des violations présumées des droits humains commises au Mali et impliquant les forces armées maliennes et le groupe Wagner. 

La FIDH a également condamné les attaques des 25 et 26 avril dernier revendiquées notamment par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin – JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), qui ont causé la mort de nombreux civils et responsables militaires.

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