Burkina Faso: vague de haine contre une journaliste après un reportage sur la situation du pays

Les critiques en ligne ne faiblissent pas au Burkina Faso après la diffusion d’un reportage sur la situation politique et sécuritaire du pays. Vendredi 10 avril 2026, la chaîne britannique Sky News a diffusé un document tourné à Ouagadougou avec l’aval des autorités — un fait rare, dans un contexte où l’information est étroitement contrôlée depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré. Mais si son reportage donne la parole aux défenseurs du régime, il montre aussi l’envers du décor de la propagande. Depuis, son autrice, Yousra Elbagir, est victime d’un torrent de haine et de fausses informations sur les réseaux sociaux. 

Par : Sidy Yansané – RFI

À l’origine de ce reportage inédit intitulé Inside Burkina Faso, la journaliste Yousra Elbagir, connue et reconnue depuis des années pour son travail en zone dangereuse et sur les terrains de guerre en Afrique. Elle est même parvenue à décrocher une interview avec l’homme fort du pays, à l’occasion du premier anniversaire de la « Révolution progressiste populaire ».

« Monsieur le président, quelle est la vision pour votre pays ? » lance la reporter en ouverture de l’entretien. Face à elle, le capitaine Ibrahim Traoré, qui reçoit pour l’occasion un groupe restreint de journalistes triés sur le volet, répond : « Merci et soyez les bienvenus ».

La journaliste britano-soudanaise n’est pas francophone et peine à relancer son interlocuteur. Mais elle aborde les sujets qui fâchent, notamment la restriction totale des libertés au Faso. « Chacun est libre, mais la liberté a ses limites. Nous n’allons pas permettre à qui que ce soit de démoraliser nos troupes », affirme le capitaine.

La journaliste l’interroge également sur la guerre contre le jihadisme, moteur de la communication de Ouagadougou, mais qui ne porte pas ses fruits selon tous les observateurs du Sahel. « 60 % du Burkina Faso est contrôlé par des jihadistes », avance Yousra Elbagir. « Qui a dit ça ? », rétorque Ibrahim Traoré. « C’est la vérité », insiste-t-elle.

Vague de haine en ligne

Du fait de la barrière de la langue, Yousra Elbagir essuiera de nombreuses critiques pour l’absence d’un débat contradictoire. Mais, quelques jours plus tard, Sky News diffuse le reportage complet. 

Une première partie donne la parole au capitaine-président et à ses soutiens. La seconde s’appuie sur des rapports d’ONG et des enquêtes de presse pour montrer l’envers du décor : dissolution des libertés individuelles, disparitions et enrôlements forcés, massacres de civils.

Depuis la diffusion, la journaliste est la cible d’une violente campagne en ligne. Des comptes pro-régime, très actifs sur les réseaux sociaux, multiplient insultes, menaces et accusations. Le portrait de Yousra Elbagir circule largement, tout comme celui de sa sœur ainée, Nima Elbagir, elle aussi journaliste, connue pour avoir révélé en 2017 sur la chaîne américaine CNN  l’existence de marchés d’esclaves en Libye.

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