Pourquoi la défaite d’Orbán est une mauvaise nouvelle pour la Russie

La victoire du chef de l’opposition hongroise, Péter Magyar, a été saluée à travers toute l’Europe après les élections hongroises. Mais à Washington et à Moscou, un silence de plomb a régné durant les premières heures. Pourquoi une telle réaction? Que signifie la défaite de Viktor Orbán pour eux? Et pour la guerre en Ukraine? “Poutine avait besoin de temps pour faire le bilan de tout ce qu’il risquait de perdre”, explique Hendrik Vos, professeur de politique européenne à l’UGent.

Lieve Van Bastelaere – Source: HLN

1. Il a fallu plus de 15 heures au Kremlin pour réagir aux résultats des élections en Hongrie, mais les félicitations adressées au vainqueur, Péter Magyar, ne sont jamais venues. Moscou s’est contentée de déclarer “respecter le choix des Hongrois”. Pourquoi Vladimir Poutine est-il si mécontent de la défaite électorale de Viktor Orbán?

Hendrik Vos: “Le président russe Vladimir Poutine était un fervent partisan du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, tout comme le président américain Donald Trump. À cela s’ajoute le fait que le chef de l’opposition Péter Magyar s’est déjà exprimé à plusieurs reprises de manière très négative à l’égard de Poutine et de Trump. Maintenant que Magyar a remporté les élections, le président russe craint de perdre un relais important au sein de l’UE. On savait depuis longtemps qu’Orbán était en quelque sorte un espion de la Russie en Europe. Poutine était pour ainsi dire à la table des négociations lorsque l’Union européenne se réunissait. Mais aujourd’hui, le dirigeant russe a perdu son espion et il en est parfaitement conscient.”

2. Poutine réagit peut-être aussi de la sorte parce que, dès que cet élément perturbateur qu’est Orbán aura disparu des radars, l’Ukraine bénéficiera d’un soutien européen bien plus important. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky peut-il se frotter les mains?

“Poutine doit sûrement s’inquiéter, car le départ d’Orbán n’est absolument pas une mauvaise chose pour l’Ukraine. Mais il ne faut pas non plus être naïf. Ce n’est pas comme si l’Ukraine allait désormais recevoir une aide européenne massive. Péter Magyar a d’ailleurs déjà laissé entendre qu’il n’avait pas l’intention d’envoyer des armes et de l’argent hongrois en Ukraine s’il devenait Premier ministre.”

“De plus, la Hongrie n’est pas le seul pays européen à hésiter à apporter un soutien massif à l’Ukraine. D’autres pays, comme la Slovaquie, ne sont pas non plus très enthousiastes à cette idée. Jusqu’à présent, ils n’ont pas eu à se montrer trop fermes, car ils pouvaient se cacher derrière Orbán. Désormais, ces pays devront se positionner clairement. En bref, il ne faut pas croire que tous les pays de l’Union européenne ouvriront d’un commun accord leur portefeuille dès qu’Orbán aura disparu de la scène.”

3. Mais l’Ukraine va-t-elle finalement recevoir ce prêt européen de 90 milliards d’euros, qui avait été bloqué par Orbán? L’adhésion de l’Ukraine à l’UE n’est-elle également pas davantage envisageable?

“Ces 90 milliards devraient désormais être débloqués. Il n’y aura pas non plus d’obstacles au vingtième train de sanctions européennes contre la Russie, qu’Orbán avait refusé d’approuver. Mais tout cela ne signifie pas pour autant que l’Ukraine adhérera dès demain à l’Union européenne. Péter Magyar a déjà annoncé que son gouvernement n’approuverait l’adhésion de l’Ukraine à l’UE qu’après que le peuple hongrois l’aura approuvée par référendum. Cela ne veut pas dire qu’aucune mesure ne peut être prise entre-temps. Dès qu’Orbán ne sera plus Premier ministre, le processus d’adhésion de l’Ukraine s’accélérera et Kiev se rapprochera très probablement un peu plus de l’UE.”

4. L’influence russe en Hongrie va-t-elle désormais disparaître complètement?

“Il est logique que la réaction du Kremlin se soit fait attendre. Poutine en grince encore des dents. Il avait besoin de temps pour faire le bilan de tout ce qu’il risquait de perdre. La défaite d’Orbán ne signifie pas pour autant que l’influence de Poutine sur la Hongrie a complètement disparu. Il aura moins d’influence, c’est certain. Mais les Russes continueront d’essayer d’exercer une certaine emprise sur le pays. Ils se sont désormais heurtés à leurs limites. Une partie importante de la population hongroise a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas être dirigée par les Russes.

5. Il est évident que Poutine va beaucoup perdre suite à ces élections hongroises. Mais pourquoi les États-Unis sont-ils également restés silencieux?

“Trump a misé très gros sur une victoire d’Orbán. La semaine dernière, il a même envoyé son vice-président, JD Vance, en Hongrie. Vance s’y est rendu pour soutenir la campagne d’Orbán, mais cela a peut-être eu un effet contre-productif. Les Européens ne veulent plus d’ingérence américaine, et ce n’est pas une bonne nouvelle pour Trump. C’est pourquoi tout est si calme à Washington en ce moment.”

6. Pourquoi l’administration Trump soutenait-elle Viktor Orbán?

“Pour Trump, il s’agit avant tout d’une question idéologique. Les Américains n’ont pas besoin de la Hongrie, et ce pays ne représente pas non plus une menace pour la sécurité des États-Unis. Mais Trump et son mouvement MAGA (Make America Great Again, ndlr) ont misé sur l’extrême droite en Europe, en affirmant que les Européens veulent voir les partis ultraconservateurs au pouvoir. En Hongrie, le pays où l’extrême droite était la plus forte, cela ne semble plus être le cas. Il s’agit d’une défaite cuisante pour le mouvement MAGA.”

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