Blocus du détroit d’Ormuz: la Chine hausse le ton face à Donald Trump, 3 pétroliers passent sans encombre
Un premier pétrolier chinois, suivi de deux autres sous pavillons du Panama et de Madagascar, ont traversé le détroit d’Ormuz, ce mardi 14 avril, malgré le blocus imposé par Donald Trump, selon le traceur MarineTraffic. La veille, le président américain avait menacé d' »éliminer immédiatement » tout navire lié à l’Iran et approchant ses deux destroyers placés à l’embouchure du détroit.
Par Océane Bourdenet – avec agences
États-Unis Le président Donald Trump a annoncé le blocus dimanche après que les pourparlers de paix du week-end à Islamabad entre les États-Unis et l’Iran n’aient pas réussi à parvenir à un accord. Un premier pétrolier chinois arrêté par les États-Unis, ce mardi 14 avril.
Pékin est passé outre les menaces de Washington. Le Rich Starry est le premier pétrolier chinois à franchir le détroit d’Ormuz, puis traverser le golfe Persique, moins de 24 heures après la mise en place du blocus américain par Donald Trump. Le navire a tenté une première fois de passer l’embouchure dans la nuit du lundi 13 avril, mais a brièvement fait demi-tour près de l’île iranienne de Qeshm, avant de finalement la traverser le lendemain dans la matinée, selon les données du traceur MarineTraffic.
La veille, le président américain avait menacé « d’éliminer immédiatement » tout embarcation approchant le blocus américain, avant d’envoyer deux destroyers pour créer « une voie sécurisée » dans le détroit et afin « d’encourager la libre circulation des marchandises ». Il avait annoncé vouloir empêcher les navires entrant ou sortant des ports iraniens et des zones côtières d’emprunter cette artère vitale pour Téhéran et par laquelle transite 20% du pétrole exporté dans le monde.
La Chine a haussé le ton, ce mardi 14 avril, vis-à-vis de Washington face au blocus des ports iraniens. « Les États-Unis ont intensifié leurs opérations militaires et imposé un blocus ciblé, ce qui ne fera qu’exacerber les tensions, fragiliser un accord de cessez-le-feu déjà fragile et compromettre encore davantage la sécurité du passage dans le détroit. Il s’agit d’un comportement dangereux et irresponsable« , a déclaré le porte-parole de la diplomatie chinoise, Guo Jiakun.
Deux autres navires ont traversé le détroit
Le Rich Starry a néanmoins franchi le passage sans encombre ce mardi 14 avril, avec un équipage chinois à son bord. Le pétrolier, battant pavillon du Malawi, appartient à la compagnie Shanghai Xuanrun Shipping Co Ltd et est sanctionné par les États-Unis depuis 2023 en raison de ses liens avec l’Iran. Selon l’agence de presse britannique Reuters, la cargaison à bord du Rich Starry a été chargée lors de sa dernière escale à Hamriyah, aux Émirats arabes unis, et le navire navigue à destination de la Chine.
Mais ce pétrolier chinois n’est pas le seul à braver le blocus américain. Deux autres pétroliers, liés à l’Iran, sont entrés dans le golfe par le détroit d’Ormuz ce mardi 14 avril. Le deuxième pétrolier, le Golfe de la Paix, battant pavillon du Panama, transporte régulièrement de la naphta iranienne, une matière première pétrochimique, vers d’autres ports non iraniens du Moyen-Orient afin de l’exporter vers l’Asie, selon les données de Kpler.
Le troisième pétrolier, le Murlikishan, navigue sous pavillon de Madagascar. Selon les données de Kpler, il se dirige vers l’Irak pour charger du mazout le 16 avril. Le navire, anciennement connu sous le nom de MKA, a transporté du pétrole russe et iranien.
« Trop risqué de passer par là »
Les armateurs mondiaux avertissent qu’il est encore trop risqué de transiter par le détroit d’Ormuz. « La perception de beaucoup de propriétaires de navires, pas mal, à qui j’ai parlé, est qu’il est encore trop risqué de passer par là », explique Tim Huxley, président de Mandarin Shipping, basé à Hong Kong, à CNN.
Sous l’égide de Donald Trump, la marine américaine empêche les navires d’atteindre les ports iraniens afin de retirer à Téhéran le contrôle de la zone, après l’échec des pourparlers de paix à Islamabad. Les États-Unis insistent sur le fait que les navires à destination de ports non iraniens bénéficieront du libre passage. Mais pour les armateurs, la situation reste tout sauf claire.
« Oublieriez-vous la valeur de votre navire ou de la cargaison… vous avez 30 marins à bord de tous ces navires ? Le risqueriez-vous réellement lorsque vous avez le potentiel d’être approché à la fois par le régime iranien et américain? »
Tim Huxley, président de Mandarin Shipping, basé à Hong Kong
Les Gardiens de la révolution islamique contrôlent toujours le détroit et menacent de s’en prendre aux navires étrangers qui y transitent depuis le 28 février, date à laquelle les États-Unis et Israël ont lancé les hostilités. L’Iran autorise certains navires à passer s’ils s’acquittent de ce qui est désormais surnommé le “péage de Téhéran”, avec des frais pouvant atteindre 2 millions de dollars par navire.
Donald Trump a averti que les navires s’acquittant de ce péage pourraient faire face à des conséquences. Pour de nombreux acteurs du secteur, cette situation constitue une double contrainte.

