« Malgré tout je tiens »: le défenseur togolais des droits humains, Abdoul Aziz Goma témoigne de ses conditions de détention

Après huit années passées en détention au Togo, le citoyen togolais et irlandais Abdoul Aziz Goma est en quelque sorte devenu le visage ou l’un des visages d’une opposition réprimée au Togo.

Le 2 mars 2026, au siège du Conseil des droits humains des Nations unies à Genève, Abdoul Aziz Goma, un citoyen togolais et irlandais, a livré un témoignage poignant sur son expérience de détention au Togo. Après avoir passé huit années en prison, il est devenu un symbole de l’opposition réprimée dans son pays d’origine. 

« Ils m’ont attaché à la roue d’une voiture« 

En décembre 2018, Abdoul Aziz Goma a été arrêté à Lomé, la capitale du Togo, dans des circonstances troublantes.

« Le 21 décembre 2018, j’étais sorti pour un dîner avec une amie, que je devais déposer. Aux environs de 23 H00, en pleine circulation, nous avons été attaqués par un groupe de personnes en tenue civile, sans question, sans base légale, et sans se présenter, ils nous ont menottés sur le champ, ils nous ont jetés dans leur voiture, comme des animaux », raconte-t-il sur le plateau de TV5MONDE. 

Puis il a été emmené, poursuit-il, au « Service central de l’investigation et de recherche criminelle », où il a subi des violences physiques:  » J’étais attaché contre un arbre, avec des coups de matraques, des coups de pieds. Après ils m’ont attaché à la roue d’une voiture. Les traitements cruels et inhumains ont ainsi continué jusqu’à que je vomisse du sang. Jusque-là je ne savais pas la raison pour laquelle on nous avait arrêtés. « 

Pendant 27 jours, aucune accusation formelle ne lui a été signifiée, bien que l’État togolais l’ait plus tard accusé de « complot contre la sécurité intérieure, association de malfaiteurs, troubles aggravés à l’ordre public, et destructions volontaires de biens publics. »

« Officicieusement on m’a accusé d’être humain et de m’exprimer. Ma seule faute juste était de vouloir aider certains jeunes venus pour des matchs pacifiques à Lomé, qui se sont retrouvés sans logement »‘.

Abdoul Aziz Goma, citoyen togolais et irlandais

 

Abdoul Aziz Goma, qui a acquis la nationalité irlandaise en 2004, a attiré l’attention internationale sur son cas, notamment celle du Conseil des droits humains des Nations unies et du Parlement européen. Il a sollicité l’intervention de divers mécanismes onusiens, qui ont reconnu le caractère arbitraire de sa détention. Mais le gouvernement togolais a persisté dans son indifférence face aux engagements internationaux en matière de droits humains. « Malgré tout ça, le Togo comme d’habitude ignore les engagements qu’il a signés » regrette Abdoul Aziz Goma.

Les conditions de détention à la prison de Lomé, décrites par Abdoul Aziz Goma sont alarmantes. Dans une prison conçue pour 600 personnes, plus de 3000 détenus s’entassaient, dormant à même le sol dans des conditions insalubres. 

« Nous dormions à même le sol, entassés dans la chaleur et parfois dans des excréments et des odeurs de maladie. Nous mangions une fois par jour, parfois rien du tout. »

Abdoul Aziz Goma, citoyen togolais et irlandais

Ces conditions de détention, particulièrement difficiles, ont eu des conséquences dévastatrices sur la santé physique et mentale de Abdoul Aziz Goma, qui a perdu l’usage de ses jambes et souffre encore de séquelles psychologiques suite à son incarcération. « Malgré tout je tiens, je continue mon combat pour les autres détenus qui sont restés à la prison. Je m’engage publiquement pour les autres détenus. « 
 

Libéré après une grève de la faim qui avait mis sa vie en danger, Abdoul Aziz Goma continue aujourd’hui de se battre pour les droits des détenus au Togo. Son objectif: améliorer les conditions de détention et soutenir ceux qui, comme lui, ont été victimes d’injustices. 

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