Caritas, universités, eau, mœurs… : De Palmarin, Mgr Gueye interpelle le Sénégal sur ses vraies urgences

La paroisse Immaculée Conception de Palmarin a accueilli, dimanche 1er mars 2026, la Journée diocésaine Caritas de l’archidiocèse de Dakar. Dans ce village du doyenné de Ngasobile, la célébration a suivi un fil tendu entre les chiffres de la Caritas et la parole de l’archevêque. Dominique Sène, directeur diocésain de Caritas Dakar, a d’abord posé le diagnostic financier. Mgr André Gueye a ensuite pris la parole sur six sujets qui traversent le Sénégal, bien au-delà du seul registre caritatif.  

La Journée diocésaine Caritas de l’archidiocèse de Dakar, célébrée à Palmarin, dans le doyenné de Ngasobile, a été un prétexte pour l’archevêque de Dakar, Mgr André Gueye, de se prononcer sur les problèmes de cette contrée et plusieurs sujets de l’actualité brulante au Sénégal, élargissant ainsi la journée bien au-delà de ses frontières ecclésiales.

L’archevêque a d’abord plaidé pour l’accès à l’eau potable des populations de Loul Sessène et de Palmarin. Ces communautés font face aux « agressions » du changement climatique et ses conséquences sur l’environnement, notamment à Palmarin avec l’avancée des eaux de l’océan, provoquant l’érosion côtière. « La réponse des autorités doit être à la hauteur du défi : des mesures concrètes et durables, sans attendre » estime Mgr André Guèye.

MANQUE D’EAU ET AVANCEE DE L’OCEAN A PALMARIN, CRISE UNIVERSITAIRE, HOMOSEXUALITE

De l’environnement à l’économie, le pas est court. Sur l’autonomie, Mgr Gueye exhorte les fidèles à faire du consommé local leur quotidien : « Autonomie passe forcément par le  consommer local. Soutenir les producteurs locaux, en particulier les paysans, n’est pas un slogan. C’est un geste de solidarité immédiat, à la portée de chaque chrétien ».

La crise universitaire lui a arraché un cri : « Sauvons l’université. » Une sortie de crise en surface ne suffira pas dit Mgr. « La crise doit être résolue en profondeur, en s’attaquant à ses véritables raisons. » Et d’ajouter : « Nous faisons confiance au sens de la responsabilité de tous les acteurs ».

Sans quitter ce registre de fermeté, l’archevêque a abordé le sujet le plus brûlant du moment. Sur le débat autour de l’homosexualité qui enflamme les réseaux sociaux, Mgr Gueye a maintenu une double ligne. « Cela n’empêche pas que nous dénonçons une telle pratique contraire à la morale que nous enseigne notre foi. », a-t-il affirmé. Mais il a aussitôt mis en garde la communauté : « Attention à la supputation, à la diffamation, à la calomnie qui peuvent ruiner une vie, voire une famille ».

COÏNCIDENCE ENTRE RAMADAN ET CAREME 2026, UN SIGNE PROVIDENTIEL

Après ces prises de position, Mgr Gueye a salué l’hospitalité de Palmarin : « Abondantes grâces pour la commune et la communauté. » Ce geste de gratitude l’a conduit naturellement vers son dernier message, le plus fédérateur.

La coïncidence cette année entre le Ramadan et le Carême est, à ses yeux, un signe providentiel. « La parole de Dieu nous encourage avec la foi d’Abraham, qui nous a été donnée comme modèle pour tous les croyants » a-t-il déclaréEt de faire savoir :« voilà ce qui nous fortifie dans la conviction de continuer à construire et à œuvrer pour un dialogue de vie véritable entre musulmans et chrétiens dans notre pays. »

PROGRAMME TRIENNAL 2026-2029 : UN DEFICIT DE 60 MILLIONS, SOIT 20 MILLIONS PAR AN

Auparavant, Dominique Sène a ouvert le bilan sans détour. Le programme triennal 2026-2029 accuse un déficit de 60 millions de francs CFA, soit 20 millions par an. Les groupements paysans et les associations féminines devraient couvrir 8 à 9 millions. Il reste environ 11 millions à mobiliser auprès des paroisses. L’ambition affichée : atteindre 50 à 60 % d’autonomie d’ici la fin du programme.

La voie qu’il propose est à la portée de tous. Si chaque chrétien de l’archidiocèse contribuait 100 francs CFA par mois, la Caritas disposerait d’au moins 30 millions mensuels, soit 360 millions par an. Les femmes accompagnées par la structure donnent déjà entre 1 500 et 2 000 francs CFA par an, en espèces et en nature. Le message est sans détour : des chrétiens économiquement plus stables peuvent faire au moins autant.

Cette dynamique de proximité passe aussi par les paroisses. Chacune est invitée à porter un projet concret au bénéfice des plus démunis sur son territoire, avant de solliciter une aide diocésaine. L’équipe permanente de Caritas Dakar est prête à accompagner ces démarches.

CENTRES DE FORMATION PROFESSIONNELLE : SUR 100 BACHELIERS, SEULS ENVIRON 30 INTEGRENT L’UNIVERSITE

Dans le même élan, un autre chantier a retenu l’attention : les centres de formation professionnelle. Sur 100 bacheliers, environ 30 intègrent l’université. Les 70 autres ont besoin d’une voie concrète. Des partenaires extérieurs sont prêts à mobiliser près de 200 millions de francs CFA. Le seul obstacle reste le foncier. Les paroisses sont donc invitées à mettre des terrains à disposition.

Dans la continuité de cette logique d’ancrage local, une décision a été annoncée pour l’édition 2027 : consommer local. Riz, poisson, arachides, lait, volaille et œufs de la région seront au menu, pour tisser un lien direct entre les producteurs du Sine et de la Petite-Côte et les communautés urbaines de Dakar.

Sur cette note de solidarité concrète, les délégués Caritas ont renouvelé solennellement leur engagement.

Avec Abbé Roger Gomis  
SUDQUOTIDIEN

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *