Affaire Epstein: de nouveaux noms mis en cause après la publication des derniers documents
De nouvelles personnalités sont éclaboussées après la publication des derniers documents liés à l’affaire Epstein par le gouvernement américain: la princesse Mette-Marit, future reine de Norvège, le président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, Casey Wasserman, ou encore un conseiller du Premier ministre slovaque Robert Fico, Miroslav Lajčák.
Par Maeliss ORBOIN – avec AFP
Le ministère de la justice a entrepris ce vendredi 30 janvier la publication d’une masse de documents supplémentaires concernant l’affaire Jeffrey Epstein. « Plus de 3,5 millions de documents » ont été rendus publiques, a affirmé sur la chaîne de télévision CNN, le ministre adjoint de la Justice et ancien avocat personnel de Donald Trump, Todd Blanche.
Et avec cette nouvelle salve de documents, plusieurs personnalités sont éclaboussées. Dans le même temps, la pression monte sur le prince déchu Andrew, frère du roi Charles III. Il est accusé par une deuxième femme qui affirme avoir été envoyée au Royaume-Uni pour avoir des relations sexuelles avec lui et de nouvelles photos compromettantes ont été publiées. Le Premier ministre britannique Keir Starmer l’a appelé à témoigner aux États-Unis sur les crimes du financier américain.
Malgré la publication de ses nouveaux documents, le gouvernement américain n’envisage pas de nouvelles poursuites. Les documents ne révèlent aucune malversation de la part des personnes citées mais ils ont relancé les interrogations de ceux qui étaient associés à ce financier influent
Outre le président américain Donald Trump, l’ancien président Bill Clinton, le cofondateur de Microsoft Bill Gates, le milliardaire britannique Richard Branson, l’homme d’affaires Howard Lutnick, le producteur de « Forrest Gump » Steve Tisch ou encore l’entrepreneur Elon Musk, qui sont les nouvelles personnalités mises en cause?
- Princesse Mette-Marit, future reine de Norvège
Le nom de Mette-Marit, épouse du prince héritier Haakon, apparaît au moins un millier de fois, selon le journal norvégien Verdens Gang (VG), dans les millions de pages diffusées vendredi par le ministère américain de la Justice.
Le contenu et le ton de ces échanges entre 2011 et 2014, publiés ce week-end dans la presse norvégienne, attestent une complicité insoupçonnée entre Mette-Marit et Jeffrey Epstein, le financier américain qui s’est suicidé en prison en 2019. Dans des courriels, elle lui demande s’il est « inapproprié pour une mère de suggérer, comme fond d’écran pour son fils de 15 ans, une image de deux femmes nues portant une planche de surf », et elle lui dit qu’il est « très charmant ».
En 2012, alors que Jeffrey Epstein dit être à Paris « en quête d’une épouse », elle lui répond que la capitale française est « bien pour l’adultère » mais que « les Scandinaves (font) de meilleures femmes ». Jeffrey Epstein avait alors été déjà condamné en 2008 à un peu plus d’un an de prison pour avoir recouru à des prostituées mineures.
En réaction à ces révélations, Mette-Marit a souligné que « seul Jeffrey Epstein (devait) répondre de ses actes », tout en exprimant ses remords. « J’ai commis une erreur de jugement et je regrette profondément d’avoir eu le moindre contact avec Jeffrey Epstein. C’est tout simplement embarrassant », a-t-elle déclaré dans une déclaration transmise par le Palais royal à l’AFP.
« Je regrette profondément ma correspondance avec Ghislaine Maxwell ».
Casey Wasserman, le président du comité des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028
La princesse de 52 ans y admet aussi sa responsabilité « de ne pas avoir vérifié plus attentivement les antécédents d’Epstein et de ne pas avoir compris assez rapidement quel genre de personne il était ». En 2011, elle écrit pourtant à Epstein qu’elle l’a « googlé ». Mette-Marit a aussi logé avec une amie dans la maison d’Epstein à Palm Beach en Floride pendant quatre jours en janvier 2013, a aussi confirmé le Palais royal. La princesse a mis fin à ces contacts avec l’homme d’affaires car elle a eu le sentiment qu’il « tentait d’exploiter auprès d’autres personnes les liens qu’il avait eus avec la princesse héritière », précise le Palais.
« Mette-Marit pourra-t-elle être reine après ça? » s’est interrogé dans une tribune Kjetil Alstadheim, rédacteur en chef politique du journal de référence Aftenposten, laissant la question ouverte. Le timing est catastrophique pour la princesse. Mardi, à Oslo, s’ouvre le procès de son fils Marius Borg Høiby, né d’une brève relation antérieure à son mariage avec Haakon. Le jeune homme de 29 ans doit répondre de 38 chefs d’accusation, dont quatre viols et des violences contre d’ex-compagnes, qui pourraient lui valoir plusieurs années de prison s’il est reconnu coupable. Ces tourments s’ajoutent aux graves problèmes de santé de la princesse, qui souffre d’une forme rare de fibrose pulmonaire, une maladie incurable des poumons.
- Casey Wasserman, le président du comité des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028
Le président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Los Angeles 2028, Casey Wasserman, a présenté samedi 31 janvier ses excuses après que son nom est apparu parmi les derniers documents liés à l’affaire. Ces documents sont des échanges d’emails salaces en 2003 entre Casey Wasserman et Ghislaine Maxwell, qui purge une peine de 20 ans de prison pour avoir aidé Epstein à recruter des prostituées mineures.
« Je regrette profondément ma correspondance avec Ghislaine Maxwell, qui a eu lieu il y a plus de 20 ans, bien avant que ses crimes horribles ne soient révélés au grand jour », a déclaré Casey Wasserman, 51 ans, dans un communiqué obtenu par l’AFP. Il a également souligné qu’il n’avait « jamais eu de relation personnelle ou professionnelle avec Jeffrey Epstein ».
« Comme cela est bien documenté, j’ai participé à un voyage humanitaire en 2002 au sein d’une délégation de la Fondation Clinton, à bord de l’avion d’Epstein », a déclaré le président du comité des Jeux Olympiques de Los Angeles. Le puissant magnat des médias et du sport, Casey Wasserman a fondé une agence de sport et de divertissement en 2002 et est administrateur de la fondation à but non lucratif Clinton Foundation, selon le site internet des Jeux olympiques.
Selon le média américain The Hollywood Reporter, comme l’ont confirmé des registres de vol et des articles de presse précédemment divulgués, il s’agissait d’une mission d’information en Afrique en 2002, dans le cadre de recherches sur le sida, en compagnie du financier, de Ghislaine Maxwell, du président Bill Clinton et d’autres personnalités, dont les acteurs Chris Tucker et Kevin Spacey.
Parmi les nouveaux documents figure un rapport du FBI détaillant un entretien avec un médecin urgentiste présent à bord, engagé par les services secrets pour assister l’ancien président. Ce médecin a évoqué la présence de quatre femmes âgées de 20 à 22 ans à bord de l’avion. « Personne ne savait pourquoi elles étaient là, car chacun avait un but précis », explique le compte rendu de l’entretien établi par l’agence. Le médecin a précisé que trois des femmes se décrivaient comme masseuse, mannequin et ballerine.
- Miroslav Lajčák, conseiller du Premier ministre Slovaque
Le Premier ministre slovaque Robert Fico a annoncé samedi sur Facebook avoir accepté la démission de son conseiller Miroslav Lajčák, ancien ministre des Affaires étrangères du pays accusé d’avoir échangé avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein.
« J’accepte son offre de mettre fin à notre collaboration, même si nous perdons tous, pas seulement moi, une source incroyable d’expérience et de connaissances en politique étrangère », a dit le chef du gouvernement nationaliste dans une vidéo dédiée à plusieurs sujets d’actualité.
Ministre des Affaires étrangères de 2009 à 2010, puis de 2012 à 2020, Miroslav Lajčák a aussi présidé l’Assemblée générale des Nations unies et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Il occupait dernièrement le poste de représentant spécial de l’UE pour les Balkans occidentaux.
D’après un échange de SMS consulté par la BBC, datant de 2018, le criminel sexuel promettait des femmes à Miroslav Lajčák, à l’époque chef de la diplomatie slovaque, dans une discussion au ton léger. Robert Fico juge que son conseiller, qui a « catégoriquement nié et rejeté » les allégations selon lui, s’est montré « grand diplomate » en démissionnant.
- Peter Mandelson, ex-ambassadeur britannique
Peter Mandelson, ex-ambassadeur britannique aux États-Unis limogé pour ses liens avec Jeffrey Epstein, a quitté dimanche soir le parti travailliste britannique, dont il était une figure historique, après de nouvelles révélations sur sa relation avec le criminel sexuel américain.
L’ancien ministre et commissaire européen de 72 ans aurait à plusieurs reprises reçu de l’argent d’Epstein au début des années 2000. « Des allégations que je crois fausses, selon lesquelles (Epstein) m’aurait versé de l’argent il y a vingt ans – et dont je n’ai ni trace, ni souvenir, nécessitent une enquête de ma part », a-t-il écrit dans une lettre adressée à Hollie Ridley, secrétaire générale du parti Labour.
« Le temps de le faire, je ne souhaite pas causer davantage d’embarras au Parti travailliste, et je quitte donc le parti », a-t-il ajouté, selon l’agence britannique PA, se disant « profondément désolé ». Selon des relevés bancaires, Jeffrey Epstein aurait transféré un total de 75.000 dollars (63.200 euros) en trois virements sur des comptes liés à Peter Mandelson en 2003 et 2004. D’autres documents indiquent qu’Epstein a transféré 10.000 livres (11.500 euros) en 2009 à Reinaldo Avila da Silva, compagnon de Mandelson, à l’époque où celui-ci était ministre.
Interrogé dimanche matin sur la BBC, celui qui était à l’époque député avait déjà dit n’avoir aucun souvenir de ces virements, et ne pas savoir si ces relevés étaient authentiques. Il apparaît aussi sur de nouvelles photos non-datées, en tee-shirt et caleçon à côté d’une femme, tout en disant ne « pas parvenir à situer le lieu, ni à identifier la femme ».
Dans une interview accordée à la BBC mi-janvier, il a déclaré qu’il pensait avoir été « tenu à l’écart » de la vie sexuelle du défunt financier parce qu’il était homosexuel. L’ancien ambassadeur a déclaré que les seules personnes qu’il avait vues dans les propriétés d’Epstein étaient des « femmes de ménage d’âge mûr ». Il avait finalement présenté des excuses pour avoir maintenu son amitié avec Epstein, après avoir refusé au prétexte qu’il n’était pas « complice ».
- Un nouvel éclairage sur l’implication du clan Clinton
Les derniers documents publiés révèlent également des communications fréquentes entre Ghislaine Maxwell et des membres de l’équipe Clinton entre 2001 et 2004, rapporte le média CNN. C’est durant cette période que Bill Clinton a voyagé avec son équipe à bord de l’avion privé d’Epstein au moins 16 fois, selon une analyse de CNN.
Cette nouvelle publication de documents intervient quelques jours seulement avant un vote attendu de la Chambre des représentants sur l’outrage au Congrès contre les Clinton après qu’ils aient refusé de répondre à une assignation à comparaître dans le cadre d’une enquête bipartite sur Epstein. Une motion de censure devrait être votée contre le couple Clinton.
Parmi les documents récemment publiés figure également une liste d’accusations d’agressions sexuelles contre le président Donald Trump, issues de signalements non vérifiés compilés par le ministère de la Justice l’été dernier. Cette liste fait également mention d’allégations visant Bill Clinton. Les deux hommes ont nié toute malversation liée à Epstein.

