Dette du Sénégal : près de 590 milliards FCFA versés chaque mois aux créanciers
Entre intérêts et remboursement du capital, le Sénégal transfère mensuellement près de 590 milliards FCFA à ses créanciers, soit environ 20 milliards par jour. Cette charge pèse fortement sur l’équilibre des finances publiques.
Les comptes publics sénégalais sont soumis à une contrainte budgétaire soutenue. Chaque mois, l’Etat verse approximativement 590 milliards FCFA à ses créanciers. Ce montant correspond à environ 90 milliards FCFA au titre des intérêts et près de 500 milliards FCFA pour le remboursement du capital. Rapportée au jour, cette charge représente près de 20 milliards FCFA de décaissements quotidiens.
S’agissant des seuls intérêts de la dette, la dépense quotidienne s’élève à 2,5 milliards FCFA. Cette somme ne réduit pas le stock de la dette et constitue uniquement la rémunération des créanciers. Elle atteint 90 milliards FCFA par mois et dépasse 1 000 milliards FCFA par an. La dégradation de la note souveraine du pays a contribué à alourdir cette charge.
En 2025, les intérêts quotidiens s’élevaient à 3 milliards FCFA, ce qui traduit une évolution défavorable au fil des années. Parallèlement au paiement des intérêts, le Sénégal doit assurer le remboursement du capital emprunté. Les échéances annuelles ont atteint 6 000 milliards FCFA en 2025 et une projection de 7 000 milliards FCFA est annoncée pour 2026. Rapportées au mois, ces échéances représentent entre 500 et 583 milliards FCFA consacrés exclusivement au remboursement du principal.
L’addition des intérêts évalués à 90 milliards FCFA et des remboursements de capital proches de 500 milliards FCFA conduit ainsi à un total mensuel d’environ 590 milliards FCFA versés aux créanciers. Cette charge réduit mécaniquement les capacités d’investissement et de fonctionnement de l’État.
Un déficit structurel qui aggrave la crise
Cette situation intervient dans un contexte budgétaire déjà marqué par un écart significatif entre dépenses et recettes. Les dépenses annuelles de l’État s’élèvent à environ 6 000 milliards FCFA, alors que les recettes totales dépassent difficilement 4 000 milliards FCFA. Le déficit structurel, estimé à 2 000 milliards FCFA par an, s’ajoute à un encours de dette équivalant à 132 pour cent du Produit Intérieur Brut. Cette configuration entretient une dynamique d’endettement qui fragilise la soutenabilité des finances publiques. En pratique, près de 15 pour cent des recettes de l’État sont mobilisés chaque mois pour honorer les engagements envers les créanciers, avant le financement des services publics, des infrastructures et des programmes sociaux.
Dans ce contexte, les autorités ont engagé une stratégie de mobilisation accrue de ressources sur le marché domestique. L’objectif consiste à lever des fonds au niveau local et auprès de la diaspora, notamment à travers des « diaspora bonds ». Cette option permet d’envisager des maturités de remboursement étalées sur dix à vingt ans et des conditions financières susceptibles d’être moins contraignantes que celles observées sur les marchés internationaux, dont l’accès s’est renchéri à la suite de la dégradation de la notation du pays.
Maintenir la souveraineté économique
Cette orientation vise également à limiter un recours au Fonds Monétaire International, dont l’appui s’accompagne généralement de conditionnalités portant sur la réduction des effectifs publics, la restructuration d’entités étatiques, des ajustements budgétaires et des réformes structurelles susceptibles de restreindre la marge de manœuvre gouvernementale.
« La souveraineté économique, c’est avoir la capacité de résorber le surendettement sans que l’on vous dicte des lois », affirment des experts financiers, mettant en avant la volonté de conserver la maîtrise des choix d’assainissement budgétaire.
Malgré le volume mensuel de 590 milliards FCFA consacré au service de la dette, le Sénégal continue de respecter ses engagements financiers et demeure en situation de solvabilité. Néanmoins, cette charge importante complexifie l’équilibre budgétaire et limite la capacité de l’État à répondre pleinement aux attentes sociales.
Dans ces conditions, la rationalisation des dépenses publiques et la suppression des charges non prioritaires apparaissent comme des axes majeurs d’action. Une gestion rigoureuse, associée à des réformes structurelles, pourrait permettre de réduire progressivement cette contrainte mensuelle et de restaurer des marges de manœuvre favorables au développement économique et social du pays.
JEAN PIERRE MALOU

