«Le sport n’est plus un loisir: l’Afrique doit enfin passer à l’économie » le Ghana appelle l’Afrique à transformer le sport en industrie !

À l’ouverture de la Conférence AIPS Afrique à Banjul, le ministre ghanéen des Sports et des Loisirs, Kofi Iddie Adams, a placé le débat sur un terrain stratégique : celui de l’économie du sport. Loin d’un discours protocolaire, son intervention a posé un constat clair. « À l’échelle mondiale, le sport n’est plus une activité secondaire. C’est une industrie sérieuse », a-t-il affirmé.

Un message fort adressé aux décideurs, aux fédérations et aux journalistes du continent : le sport ne peut plus être considéré comme un simple divertissement ou un outil symbolique d’unité. Il est devenu un secteur économique structurant.

Un marché mondial en pleine expansion

Pour étayer son propos, le ministre a rappelé l’ampleur du marché mondial. Le sport représentait environ 512 milliards de dollars en 2023 et devrait atteindre 624 milliards d’ici 2027, avec une croissance annuelle estimée à 5 %. Dans de nombreuses économies avancées, il contribue à hauteur d’environ 2 % du produit intérieur brut, soit plus de 1 000 milliards de dollars de production économique mondiale si l’on inclut les effets indirects.

« Cette croissance n’est pas accidentelle. Elle est portée par des choix politiques délibérés, des investissements disciplinés, la monétisation des médias, la planification des infrastructures et des modèles économiques centrés sur les supporters », a expliqué le ministre.

Les droits médiatiques représentent à eux seuls près de 45 % des revenus mondiaux du sport, soit environ 225 milliards de dollars par an. Le sponsoring et la publicité pèsent près de 180 milliards, tandis que la billetterie et le merchandising complètent l’essentiel des recettes. À cela s’ajoutent désormais les plateformes numériques, les contenus directs au consommateur, l’exploitation des données, les intégrations liées aux paris et le tourisme sportif.

C’est dans cet environnement global structuré que l’Afrique doit, selon lui, situer ses ambitions.

Le paradoxe africain : des talents mondiaux, une valeur captée ailleurs

Le constat dressé à Banjul est sans détour. « L’Afrique abrite certains des athlètes les plus talentueux du monde et les supporters les plus passionnés », a reconnu le ministre. Pourtant, « la valeur économique de ce talent est largement réalisée en dehors du continent ».

L’ensemble de l’économie sportive africaine est estimé entre 12 et 15 milliards de dollars, soit à peine 2 à 3 % des revenus mondiaux du sport, alors que le continent représente environ 17 % de la population mondiale. La contribution du sport au PIB africain demeure inférieure à 0,5 %, contre une moyenne mondiale d’environ 2 %.

Pour illustrer ce décalage, il a souligné qu’« une seule ligue sportive américaine, comme la NFL ou la NBA, génère plus de revenus annuels que l’ensemble du secteur sportif africain combiné ».

Le problème, selon lui, ne réside pas dans l’absence de demande. « Les supporters africains dépensent massivement pour le sport chaque jour », mais « une grande partie de ces dépenses profite à des ligues étrangères, des diffuseurs étrangers, des plateformes de paris étrangères et des marques étrangères ». L’Afrique, a-t-il résumé, « exporte ses talents à bas coût, consomme le sport étranger à prix élevé et peine à construire des écosystèmes nationaux capables de retenir la valeur sur le continent ».

La conclusion est claire : « C’est pourquoi l’Afrique reste largement consommatrice du sport mondial plutôt que productrice de valeur sportive. »

Des exemples africains et un appel à un tournant stratégique

Si le diagnostic est exigeant, le ministre ghanéen a également mis en avant des exemples de réussite sur le continent.

Le Maroc a aligné le sport sur son image nationale, sa diplomatie et sa planification économique, en investissant dans les infrastructures, les académies et la gouvernance des clubs, se positionnant ainsi pour accueillir la Coupe du Monde 2030. Le Rwanda a utilisé le sport de manière stratégique pour stimuler le tourisme, attirer des partenariats et renforcer sa visibilité internationale. La Tanzanie, à travers la relance de son championnat domestique, a démontré qu’un marketing structuré des ligues et une meilleure accessibilité aux supporters peuvent remplir les stades et attirer les diffuseurs.

Le Ghana lui-même a engagé des réformes concrètes. En juillet 2025, la Premier League est revenue à la télévision gratuite grâce à un partenariat avec la Fédération ghanéenne de football et Adesa Productions. Chacun des 18 clubs a reçu un million de cedis ghanéens avant la saison 2025/26. La prime du champion est passée de 500 000 à 2 millions de cedis, avec des récompenses étendues jusqu’à la 15e place. En décembre 2025, le Parlement a adopté le Fonds sportif du Ghana (loi 1159), instaurant le premier cadre permanent et transparent de financement du sport dans le pays.

Au-delà de ces exemples, l’interpellation est continentale. « La question pour l’Afrique n’est plus de savoir si le sport peut stimuler le développement. Ce débat est tranché au niveau mondial », a déclaré le ministre. Le véritable enjeu est désormais de savoir si le continent est prêt à considérer le sport « non comme une consommation, mais comme une production, une création de valeur et un secteur d’exportation ».

« Le sport aujourd’hui, c’est l’emploi, la donnée, le contenu, le tourisme, l’identité et le pouvoir. L’opportunité est devant nous. La responsabilité nous appartient », a-t-il conclu.

À Banjul, le message était limpide : si l’Afrique veut peser dans l’économie mondiale du sport, elle devra transformer sa passion en stratégie et sa richesse humaine en puissance économique structurée.

wiwsport.com

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