Les 27 dirigeants de l’Union européenne réunis en sommet informel sur fond de stratégie économique

Les 27 chefs d’État et de gouvernements européens se réunissent jeudi 12 février à Alden Biesen, en Belgique, pour un séminaire de réflexion qui va porter sur la compétitivité de l’Union. L’enjeu est de taille car les défis mondiaux se sont accélérés en 2025 et il va leur falloir concilier les priorités des uns et des autres, sur la « préférence européenne » ou sur l’opportunité d’un nouvel emprunt.

Par : RFI

Un sommet organisé, mercredi 11 février, dans le port d’Anvers avec les dirigeants des industries européennes et plusieurs chefs d’États et de gouvernements a donné un aperçu des débats à venir ce jeudi 12. Dans sa lettre d’invitation, qui donne le cadre de ce sommet informel, le président du Conseil européen Antonio Costa propose aux 27 une réflexion en deux temps, indique notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. Il y a d’abord le constat, « le contexte géoéconomique », avec l’accélération des pressions commerciales liées aux droits de douane américains, à la concurrence de la Chine dans tous les secteurs, à la raréfaction des accès aux matières premières critiques.

Le constat d’urgence est partagé par tous. Il faut des solutions fortes pour éviter le déclin, affirme le chancelier allemand Friedrich Merz. Il faut faire de l’Europe une puissance indépendante, abonde le président français Emmanuel Macron. Mais le deuxième temps de la réflexion, à savoir les stratégies à adopter, ne fait pas consensus.

Tous sont par exemple favorables à une simplification administrative ou à l’utilisation de fonds publics pour investir dans des secteurs prioritaires afin d’attirer ensuite l’investissement privé. Des tiraillements sont en revanche déjà sensibles sur la façon de trouver les fonds. Emmanuel Macron remet sur la table l’idée d’euro-obligations car les trois emprunts émis en commun par l’Union européenne (UE) ont, selon la France, montré qu’il existait des capitaux disponibles. Mais l’Allemagne exprime d’ores et déjà ses doutes.

La « préférence européenne » au cœur des discussions

De la même façon, la définition française de la « préférence européenne » est jugée trop restrictive par Friedrich Merz soutenu d’ailleurs sur plusieurs points par l’italienne Giorgia Meloni, signe d’un affaiblissement potentiel de la position française au sein du Conseil européen.

Le projet est soutenu par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui y voit aussi une manière de stimuler l’innovation en Europe : « Je pense que dans les secteurs stratégiques, la préférence européenne est un instrument nécessaire qui contribuera à renforcer la base de production propre à l’Europe. Elle peut aider à créer des marchés de pointe dans ces secteurs et soutenir l’augmentation des capacités de production européennes. Mais je tiens à être claire : il s’agit d’un exercice délicat. »

Certains patrons européens souhaitent même que la « préférence européenne » concerne tous les secteurs, car elle permettrait de faire face à la concurrence étrangère, parfois déloyale.

« On pouvait, même au niveau de la France, avoir des appels d’offre qui aient tendance à aller vers de l’import. Et donc en ne regardant que le prix, explique David Soulard, directeur général de Gautier, une entreprise qui produit des meubles en France, auprès de Laura Salabert, du service économie de RFI. Je prends juste l’exemple des JO, par rapport à l’aspect du meuble : il n’y a aucun des produits de la meute française qui a été choisi. Et je pense que la préférence européenne sera quelque chose qui pourra être apprécié dans ce type d’évènement. »

Reste à convaincre notamment l’Allemagne, qui souhaiterait que la préférence européenne soit l’exception et non la règle. Car les relations franco-allemandes se sont refroidies.

Relation franco-allemande dégradée

« Un drame en plusieurs actes. Comment la relation entre Friedrich Merz et Emmanuel Macron s’est détériorée à toute vitesse » : l’article de ce jeudi dans le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung montre comment les divergences l’ont emporté depuis le printemps dernier lorsque l’élection du nouveau chancelier promettait un nouveau départ du couple franco-allemand, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut.

Des divergences sur l’Europe avec des positions de Berlin plus libérales en faveur du Mercosur, contre des emprunts communs ou une préférence européenne ; les bisbilles autour de l’avion du futur Scaf; la volonté d’Emmanuel Macron de dialoguer avec la Russie ou d’une ligne plus dure face à Donald Trump. Tous ces sujets ont envenimé la relation franco-allemande. À cela s’ajoute le sentiment à Berlin que le président français en fin de mandat manquait de marge de manœuvre.

Sur ces différents dossiers, la proximité entre Friedrich Merz et Giorgia Meloni semble plus étroite, comme l’ont montré des propositions communes en faveur de la compétitivité européenne en amont de la rencontre des 27 d’aujourd’hui. Traditionnellement, la France et l’Allemagne auraient, avant une telle réunion, fait des propositions qui auraient servi de base de travail à leurs partenaires.

Les eurodéputés divisés sur l’accord commercial UE-États-Unis

Les négociations se poursuivent entre les différentes forces politiques autour de l’accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne. Donald Trump et Ursula von der Leyen s’étaient mis d’accord sur un texte en juillet 2025 en Ecosse. Un texte déséquilibré mais qui avait le mérite, aux yeux de Bruxelles, de limiter les droits de douane imposés aux importations européennes à 15 %. Au Parlement européen, il reste à ratifier le texte. Le vote devrait avoir lieu le mois prochain, indique notre envoyé spécial à Strasbourg, Nathanaël Vittrant.

Manfred Weber, le patron allemand du parti conservateur (PPE) fait partie des hommes pressés : « En ce qui concerne le commerce avec les États-Unis, nous avons besoin de certitude au plus vite. C’est une question trop importante pour prendre le moindre risque. »

Du côté des Patriotes de Jordan Bardella, on est aussi favorable à une signature rapide. Kinga Gál, membre du Fidezs de Viktor Orban et vice-président du groupe d’extrême droite au Parlement, le confirme : « Notre position est de pas attendre pour signer. Nous sommes en faveur de la désescalade. »

Et puis il y a ceux que les récentes tensions autour du Groenland et les nouvelles menaces tarifaires de Trump ont échaudé. Comme l’explique l’eurodéputé socialiste Jean-Marc Germain, ils ont obtenu cette semaine de poser plusieurs conditions suspensives avant toute ratification : « Si les menaces de Trump sur le Groenland reprennent, s’il ne revient pas sur les droits de douane qu’il impose sur l’acier et l’aluminium, non pas simplement sur la matière brute, mais sur tous les produits transformés comme les machines à laver, alors il y a une quasi suspension automatique. » 

Les négociations portent aussi sur la durée d’application de cet accord qui doit désormais prendre fin avant la fin du mandat de Donald Trump, « pour montrer que le pistolet des rétorsions possibles s’il venait à ne pas respecter l’accord est toujours sur la table », indique encore Jean-Marc Germain.

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