États-Unis: attention aux fausses informations sur le dossier Epstein

De nombreuses publications et fausses informations circulent abondamment sur les réseaux sociaux autour de l’affaire Epstein. On fait le point avec A Vrai Dire.

La publication de plus de 3 millions de documents par le ministère américain de la Justice le 30 janvier 2026 a mis au jour de nombreux liens entre le milliardaire Jeffrey Epstein et des personnalités de premier plan. Ces révélations se sont accompagnées de nombreuses publications virales sur les réseaux sociaux, dont beaucoup sont en vérité de fausses informations.

Premier exemple, avec cette publication sur le réseau X qui nous invite à deviner qui est le jeune homme dans les bras du milliardaire. On reconnaît Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, avec un visage adolescent (et des mains très féminines !). Sauf qu’il s’agit d’une photo truquée. Sur l’image originale (ci-dessous) on peut voir Ghislaine Maxwell, la compagne et complice de Jeffrey Epstein, à la place de Volodymyr Zelensky.

Photomontage

Publication d’un photomontage par le compte X de @Solene07034607 le 2 février 2026. On y voit le visage de Volodymyr Zelensky adolescent remplacer celui de Ghislaine Maxwell, compagne et complice du pédocriminel Jeffrey Epstein. (Archive du post : https://perma.cc/3T2C-8VXV?type=image) 

Epstein Maxwell

Photo originale de Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell qui a servi de base au trucage d’une photo avec Volodymyr Zelensky.

Sur une autre publication, on peut voir entouré en rouge, le jeune Zohran Mamdani, pas encore maire de New York, encadré non seulement par sa mère (la réalisatrice Mira Nair), mais surtout Jeffrey Epstein et sa compagne, avec à leurs côtés l’ancien président américain Bill Clinton, le patron de Microsoft Bill Gates, ou encore celui d’Amazon Jeff Bezos.

Cette photo est devenue virale notamment via Alex Jones, un célèbre animateur de radio d’extrême-droite et complotiste états-unien notoire. Il indique dans son post qu’elle a été authentifiée par Grok, l’agent IA du réseau X… tout le contraire d’une source fiable. Il s’agit bien évidemment d’un faux grossier fabriqué grâce à une IA, comme l’ont démontré les journalistes d’AFP Factuel.

On peut même lire sur les réseaux sociaux que Jeffrey Epstein, retrouvé pendu en prison en 2019, serait encore vivant, circulerait dans les rues d’Israël, et jouait au jeu video Fortnite il y a encore quelques jours. Tout cela est bien entendu faux.     

L’affaire Epstein intègre tous les ingrédients pour une bonne campagne de désinformation avec d’abord une masse de documents impossibles à analyser et vérifier rapidement par les journalistes : plus de 3 millions de pages, en partie caviardées, plus de 2 000 vidéos et 180 000 photos. 
Deuxièmement, c’est le dossier qui embarrasse « les élites » : les personnes en photo ou citées dans les messages du milliardaire pédocriminel sont des hommes politiques, des oligarques, des membres de familles royales, des stars… Le grand public attend avec certitude la révélation de scandales politiques, d’espionnage diplomatique, d’évasion fiscale, et de crimes sexuels.

Et d’ailleurs de véritables faits, mis en lumière par les journalistes qui ont analysé les documents, secouent la classe politique dans plusieurs pays, notamment le gouvernement de Keir Starmer au Royaume-Uni ou en France avec l’affaire de l’ancien ministre Jack Lang ou celle du diplomate Fabrice Aidan.

Il est pourtant nécessaire de rappeler qu’apparaître en photo ou dans un courriel des dossiers Epstein ne signifie pas que la personne a commis un crime ou un délit. Il y a d’ailleurs dans cette masse de documents des témoignages qui n’ont jamais été corroborés par le FBI avec des histoires de cannibalisme par exemple.

Dans une stratégie de malinformation (une désinformation volontaire et mal intentionnée), les désinformateurs partent très souvent d’une véritable information ou d’un vrai document, la tronquent, retirent le contexte, détournent les images éventuellement grâce à l’intelligence artificielle comme on l’a vu plus haut, et saturent l’espace informationnel. A la fin, personne ne croit plus en rien, et tout le monde devient un peu complotiste.

Avec ces dossiers, on attendait ainsi de grandes révélations sur le président Donald Trump, et au final, rien pour l’instant. On en vient même à s’interroger si ce tsunami de documents ne vise pas à noyer le poisson, ou a minima détourner l’attention. Qui parle encore des visées du président américain sur le Groenland, ou des meurtres de l’ICE ?

Ce qui est certain c’est que l’analyse et la vérification de tous ces documents va prendre des années. D’autant que le ministère américain de la Justice a indiqué qu’il restait encore 3 autres millions de documents à publier.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *