Japon: après sa large victoire, Sanae Takaichi doit satisfaire à la fois ses électeurs et les marchés
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a remporté une victoire écrasante aux élections lors des élections législatives du dimanche 8 février 2026. Alors que son parti s’est assuré à lui seul le contrôle des deux tiers de la Chambre basse du Parlement, elle aura les coudées franches pour mener son programme, passant même outre les avis du Sénat, si nécessaire. Elle doit toutefois parvenir à satisfaire à la fois ses électeurs, qui se sentent plus démunis économiquement que jamais, et les marchés, qui s’inquiètent de l’endettement nippon.
Sanae Takaichi veut investir massivement dans des secteurs stratégiques de la quatrième économie du monde comme les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle.
Forte de sa victoire écrasante, la Première ministre accordera la priorité à la lutte contre l’inflation qui inquiète la majorité des Japonais, la hausse des prix des produits alimentaires en particulier, un mécontentement qui déjà coûte leur poste à deux de ses prédécesseurs. Car l’inflation ronge les revenus réels des Japonais. Pour y faire face, Sanae Takaichi propose de suspendre la TVA sur les produits agroalimentaires pendant deux ans, rapporte notre correspondant à Tokyo, Frédéric Charles.
Selon Nicholas Smith, le stratège de la banque CLSA à Tokyo, ces dernières années la part de l’alimentation dans la consommation au Japon est passée de 22 % à plus de 29 %, contre 16 % aux États-Unis. Les Japonais se sentent pauvres, d’autant plus que le yen est devenu une monnaie aussi faible que celle d’un pays du tiers-monde.
Le consommateur japonais, ajoute Nicholas Smith, a été mis à rude épreuve par une inflation qui a anéanti les bénéfices des meilleures hausses de salaires accordées par les entreprises depuis 1991.
Sanae Takaichi multiplie les mesures de soutien aux consommateurs, fait baisser les prix de l’essence, les factures de gaz et d’électricité. Elle promet des coupons pour s’offrir du riz dont le prix a doublé en un an.
Les marchés s’inquiètent de la dette
La Première ministre veut employer ces mesures sans se soucier de l’aggravement de la dette, alors qu’elle représente déjà 230% du PIB. Malgré cela, la Bourse de Tokyo a salué la victoire de Sanae Takaichi par une hausse record.
Pourtant les marchés s’inquiètent d’une réduction d’une taxe à la consommation cruciale pour les finances de l’État : cela représenterait un manque à gagner de 27 milliards d’euros par an. L’annonce de l’allègement fiscal a fait s’envoler en janvier les rendements obligataires nippons à des niveaux records. Les marchés obligataires pourraient alors rapidement ramener le gouvernement à l’ordre en cas de dérapage.
Selon Guibourg Delamotte, professeure de science politique au département d’études japonaises de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), dont elle est codirectrice, Sanae Takaichi « met l’accent sur l’innovation » et « la défense » et ses mesures sont loin d’être « neutres » politiquement.

