Les Lions, miroir d’un idéal national (Par Lamine NIANG)
Le Sénégal est encore monté sur le toit du football africain. Non pas en trébuchant par hasard mais en avançant avec témérité, avec cette part de transcendance qui distingue les équipes ordinaires des peuples en marche. Nos Lions ont dompté ceux de l’Atlas avec classe, sans tapage, en imposant une autorité tranquille. Le ballon circulait, la volonté aussi. Le match s’est joué comme une démonstration de caractère plus encore que de muscles.
Une victoire de cette ampleur ne reste jamais confinée aux limites d’un stade. Elle déborde, elle envahit, elle rassemble. Dans les rues de Dakar, la foule n’exprimait pas seulement la joie brute du triomphe sportif. Elle donnait à voir une fierté nationale retrouvée, une certitude intime que rien ne peut tout à fait briser quand un peuple se reconnaît dans ceux qui le représentent. Les regards brillaient comme des lampes allumées en plein jour. On ne célébrait pas uniquement onze joueurs. On célébrait une idée du Sénégal.
La grande parade des Lions a été un long poème populaire écrit à ciel ouvert. Chaque carrefour devenait une strophe, chaque acclamation un refrain. Moments de gloire revendiquée, d’extase assumée, d’euphorie partagée. Cette liesse n’avait rien d’anodin. Elle disait la capacité d’une nation à vibrer à l’unisson autour d’un idéal accompli. Elle marquait un instant indélébile dans la mémoire collective, comme un repère auquel on revient quand le doute s’installe.
Car cette compétition dépassait largement le cadre d’un simple affrontement autour du ballon rond. La finale face au Maroc, avec ses péripéties parfois déroutantes, a rappelé que le football africain est aussi un théâtre de tensions, de symboles et de rapports de force. La joie immense qui a suivi la victoire méritait tous les sacrifices consentis. Il est rare qu’une nation oublie, le temps d’une nuit, les tracas quotidiens, les sujets qui divisent, les querelles trop souvent manichéennes. Ce soir-là, l’énergie était positive, presque réparatrice.
Ce deuxième trophée continental, arraché dans la sueur, la douleur et l’honneur sur le sol marocain, ne raconte pas seulement la bravoure d’une équipe nationale. Il témoigne du génie d’un peuple qui, malgré l’étroitesse de son espace géographique et la modestie de ses moyens économiques, sait se dresser, encaisser, puis s’imposer. Le Sénégal n’est jamais aussi grand que lorsqu’on le croit trop petit.
Cette coupe rappelle une vérité simple et exigeante. Rien de durable ne se construit pour une nation dans la division permanente et les tiraillements stériles. La force du groupe, la clarté d’un objectif commun, la confiance partagée sont des leviers puissants. Les grandes causes réclament une synergie des forces vives et une vision qui dépasse les intérêts immédiats. Le terrain l’a prouvé avec éclat.
À l’image de cette équipe résistante face à un adversaire marocain donné favori, le pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye aura besoin de cette fierté puisée dans le tréfonds de l’âme pour soulever les montagnes qui se dressent devant le pays. Son appel à l’unité trouve ici une résonance concrète. L’unité n’est pas un slogan. C’est une méthode et une exigence.
Quand l’euphorie retombera et que la dure réalité reprendra ses droits, il faudra se souvenir de ce qui a fait la force des Lions. L’unité dans la poursuite d’un but commun et la résilience face à l’adversité. Cette équipe offre une boussole morale. Le peuple sénégalais gagnera toujours à y puiser son inspiration lorsque les défis se multiplieront.
Déjà, un autre rendez-vous majeur se profile. Les Jeux Olympiques de la Jeunesse que le Sénégal accueillera à partir du 31 octobre 2026. L’organisation de cette CAN par le Maroc, malgré les fritures de la finale, regorge d’enseignements utiles. Elle montre qu’un grand événement se prépare dans la rigueur et s’illumine par l’enthousiasme populaire. À nous d’y ajouter notre propre génie. Le président de la République et son Premier ministre ont placé cette échéance au sommet des priorités. Si l’élan exceptionnel qui a porté nos Lions est de nouveau au rendez-vous, ces Jeux offriront au monde un moment inoubliable et au Sénégal une nouvelle occasion de se regarder avec fierté.
Par Lamine NIANG

