Samia Suluhu Hassan, surnommée « la bouchère de Tanzanie », élue « tyran de l’année 2025 »

Samia Suluhu Hassan a battu à plate couture tous les hommes forts et autoritaires de ce monde. Elle est « le tyran de l’année 2025 », selon l’ONG britannique Index on Censorship, qui cherche chaque année à pointer les dirigeants qui ont « sérieusement » abîmé les conditions de la libre expression, dans leur pays.
 

Laure de Matos – SOURCE TV5.ORG

La présidente de la Tanzanie Samia Suluhu Hassan désignée « tyran de l’année ». Ce titre, attribué à la suite d’un vote en ligne, a surpris de nombreux observateurs et a mis en lumière les tensions politiques croissantes en Tanzanie. L’ONG britannique Index on Censorship, qui organise ce vote chaque année, vise à attirer l’attention sur les dirigeants qui portent atteinte à la liberté d’expression dans leur pays. La participation massive des Tanzaniens à ce vote, notamment via les réseaux sociaux, témoigne de l’ampleur du mécontentement populaire.

« Les gens étaient vraiment concernés: ils ont apprécié de pouvoir saisir cette occasion pour dire ce qu’il pensent, sans que cela n’ait trop de conséquences. Samia Suluhu Hassan est surnommée ‘la bouchère de Tanzanie’ ou ‘le tyran en hidjab’« , a expliqué Jemimah Steinfeld, journaliste et PDG d’Index on Censorship.

29 octobre 2025: la Gen Z dans la rue

Les critiques à l’encontre de Samia Suluhu Hassan se sont intensifiées à la suite des élections présidentielles du 29 octobre 2025. Accusée de fraude électorale, la présidente a été confrontée à des manifestations massives menées par la jeunesse tanzanienne. Les protestataires ont également dénoncé une campagne d’assassinats et d’enlèvements visant les opposants politiques.

Selon le principal parti d’opposition, Chadema, plus de 2.000 personnes auraient été tuées par les forces de sécurité, bien que les autorités n’aient pas communiqué de bilan officiel. Internet a été coupé pendant cinq jours, ce qui a dans un premier temps empêché la diffusion d’images des tueries. Les autorités tanzaniennes ont ensuite menacé la population de poursuites pour empêcher l’apparition de tels contenus en ligne. Mais une poignée de militants des droits de l’Homme sont allés de l’avant, permettant de documenter les atrocités.

« Des exécutions sommaires » et des « enfants massacrés »

Le Centre for Information Resilience (CIR), une organisation indépendante basée au Royaume-Uni qui mène des enquêtes numériques, a récupéré et analysé 185 images et vidéos datées du 29 octobre au 4 novembre – cinq jours durant lesquels, outre le blocage d’internet, un couvre-feu était en vigueur – ainsi que des images satellitaires et des prises de vue par drone.

Dans son rapport, le CIR dit avoir « confirmé l’usage répété de balles réelles par les forces de sécurité et par des hommes armés en civil, ayant entraîné des victimes« . Il affirme aussi avoir « identifié de possibles fosses communes à partir d’images satellites et confirmé de grands tas de corps » grâce à des contenus en ligne, ainsi que des images montrant des civils « agressés » et « humiliés« .

Des vidéos authentifiées montrent « des tirs sur des manifestants en fuite, dont une femme enceinte, près de l’autoroute A104 » à Arusha (nord), ainsi que des images nocturnes de Mwanza (nord) qui « montrent de probables exécutions sommaires loin des principaux sites de protestation« .

Visibles sur le compte X de la militante tanzanienne des droits de l’Homme Mange Kimambi, qui vit aux Etats-Unis, trois vidéos publiées début novembre montrent une douzaine de cadavres de jeunes hommes, en très grande majorité abattus alors qu’ils étaient allongés face contre terre.

« Ces enfants massacrés regardaient du foot (…) à Mwanza » et « ils ont été abattus par des policiers tanzaniens« , avait affirmé sur X une autre opposante connue, Maria Sarungi Tsehai, vivant elle aussi à l’étranger. Mwanza fut l’un des principaux foyers de la contestation.

L’AFP a interrogé un médecin d’un grand hôpital de Dar es Salaam, qui a affirmé que des centaines de patients et de dépouilles avaient été emmenés de son établissement vers des lieux secrets au plus fort des troubles. Le CIR dit avoir trouvé des preuves de terre récemment remuée entre le 2 et le 5 novembre au cimetière de Kondo, près de Dar es Salaam, un lieu qu’un haut responsable gouvernemental, ulcéré par la répression, avait indiqué à l’AFP comme possible site d’une fosse commune. Le site a également été identifié dans une enquête de la chaîne américaine CNN.

« Que voulaient-ils exactement que nous fassions?

Malgré ces accusations, Samia Suluhn Hassan a été réélue avec près de 98% des voix. Elle a défendu l’usage de la force par la police, affirmant qu’il était nécessaire pour maintenir l’ordre. La présidente a également insinué que les manifestations étaient financées par des intérêts étrangers, une déclaration qui n’a fait qu’exacerber les tensions. 

« Nos forces de police ont été contraintes de recourir à une force considérable pour contrôler la situation. Aujourd’hui, lorsqu’ils nous accusent d’avoir utilisé une force excessive, que voulaient-ils exactement que nous fassions? Devrions-nous dire que ce sont eux qui ont financé ces manifestations? »

Les appels à manifester ont continué, notamment à l’occasion de la fête nationale du 9 décembre. Cependant, les autorités ont interdit tout rassemblement, et la capitale économique, Dar es-Salaam, est restée paralysée. Cette interdiction illustre la volonté du gouvernement de réprimer toute forme de dissidence.

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