Pakistan-Afghanistan: affrontements proche d’un poste-frontière après une déclaration de «guerre ouverte»
À la suite d’une succession de frappes meurtrières entre les deux pays depuis la veille, l’aviation pakistanaise a bombardé plusieurs grandes villes d’Afghanistan, dont Kaboul et Kandahar, jeudi 26 février. « Notre patience a atteint ses limites. C’est désormais la guerre ouverte entre nous et vous », a déclaré sur les réseaux sociaux le ministre pakistanais de la Défense. Des tirs d’artillerie et des coups de feu ont retenti vendredi 27 février près du poste-frontière stratégique de Torkham, après des combats meurtriers.
Par : Rédaction Internet
Ce qu’il faut retenir :
► Après avoir bombardé plusieurs grandes villes afghanes à la suite d’une succession de frappes meurtrières entre les deux pays depuis la veille, le gouvernement pakistanais a déclaré une « guerre ouverte » aux autorités talibanes d’Afghanistan, vendredi 27 février.
► Les journalistes de l’AFP présents près du poste-frontière stratégique de Torkham, entre l’Afghanistan et le Pakistan, ont entendu des coups de feu et des tirs d’artillerie vendredi matin.
► Les grandes villes afghanes Kaboul et Kandahar ont été visées par des frappes pakistanaises, jeudi 26 février.
► Jeudi, l’armée afghane a annoncé des « attaques massives » à la frontière, en riposte à des bombardements pakistanais le week-end dernier dans les provinces de Nangarhar et de Paktika. Islamabad avait alors dit avoir visé des camps « terroristes » et fait plus de 80 morts, selon une source sécuritaire. En retour, le porte-parole des autorités talibanes Zabihullah Mujahid a affirmé que les forces afghanes avaient pris jeudi 15 avant-postes pakistanais et tué des « dizaines » de soldats.
Londres appelle à la «désescalade»
« Le Royaume-Uni est profondément préoccupé par la forte escalade des tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan. Nous exhortons les deux parties à prendre des mesures immédiates en vue d’une désescalade, à éviter de nouveaux dommages envers des civils et à reprendre un dialogue sous médiation », a déclaré la ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper sur X.
«Les Pakistanais n’utiliseront pas l’arme nucléaire contre l’Afghanistan», selon le géopolitologue Didier Chaudet
Le Pakistan déclare la « guerre » aux autorités talibanes. L’annonce a été faite par Islamabad vendredi 27 février, après des semaines de tension et d’escalade à la frontière. Des affrontements ont éclaté dans plusieurs endroits, près d’un poste-frontière stratégique notamment. Entretien avec Didier Chaudet, géopolitologue associé à l’Observatoire de la Nouvelle Eurasie, spécialiste du monde persan et de l’Asie du Sud.
Les ministres pakistanais et turc des Affaires étrangères discutent du conflit
Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a échangé sur le conflit avec son homologue turc, Hakan Fidan, a déclaré le bureau d’Ishaq Dar sur X. Ishaq Dar a déclaré à Hakan Fidan par téléphone que les forces pakistanaises avaient répondu à « une agression afghane non provoquée », a déclaré le ministère pakistanais des Affaires étrangères.
« Les deux dirigeants ont souligné l’importance de la paix et de la stabilité dans la région et ont convenu de rester en contact étroit pour suivre l’évolution de la situation », a ajouté le ministère. Comme nous l’avons déjà signalé, Ishaq Dar a eu une conversation similaire avec son homologue saoudien, Faisal bin Farhan Al Saud.
La télévision afghane fait état de trois morts dans la province de Paktika
La télévision nationale afghane annonce que trois personnes ont été tuées par des frappes aériennes pakistanaises dans la province de Paktika, dans le sud-est du pays. Sept autres personnes ont également été blessées après qu’une bombe a touché une résidence civile, selon le reportage.
Le chercheur Jean-Luc Racine revient sur les origines du conflit
Comment expliquer cette flambée de violence, alors que le Pakistan a longtemps été considéré comme un soutien des talibans afghans ? Pour Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), « le contexte général ne peut pas se comprendre si on ne prend pas en compte ce qu’a été au fil des dernières années la multiplication des attentats terroristes au Pakistan, menés pour l’essentiel par ceux qu’on appelle les talibans pakistanais ».
Les talibans affirment avoir tué 50 soldats pakistanais, selon un porte-parole à la BBC
Zabiullah Mujahid, porte-parole du gouvernement taliban, a déclaré à la BBC que les forces afghanes avaient détruit 19 postes frontaliers pakistanais et arrêté plusieurs soldats pakistanais. Il a également affirmé que plus de 50 soldats pakistanais avaient été tués.
Ces chiffres n’ont pas été confirmés par une source indépendante.
De son côté, le Pakistan affirme avoir détruit 27 postes frontaliers appartenant aux talibans afghans et avoir infligé de lourdes pertes aux forces talibanes.
La Chine, «inquiète», demande un cessez-le-feu et se pose en médiatrice
La Chine s’est dite vendredi « profondément inquiète » devant les hostilités entre ses voisins afghan et pakistanais et a appelé à un cessez-le-feu « le plus vite possible », tout en déclarant mener des efforts de médiation.
« En tant que voisin et ami, la Chine est profondément inquiète devant l’escalade du conflit et profondément attristée par les pertes humaines, a dit lors d’un point presse régulier une porte-parole des Affaires étrangères, Mao Ning. La Chine a toujours œuvré comme médiatrice dans le conflit entre le Pakistan et l’Afghanistan par ses propres canaux et est disposée à continuer à jouer un rôle constructif pour apaiser les tensions. »
L’Iran offre son aide pour «faciliter le dialogue» entre Afghanistan et Pakistan
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a offert vendredi l’aide de l’Iran pour « faciliter le dialogue » entre l’Afghanistan et le Pakistan. L’Iran est « prêt à fournir toute l’aide nécessaire pour faciliter le dialogue et renforcer la compréhension et la coopération entre les deux pays », a écrit le ministre iranien sur X.
Des installations militaires pakistanaises ciblées par les talibans
Les talibans ont déclaré avoir lancé des « attaques de représailles » contre des installations militaires pakistanaises. Les deux camps ont fait état de lourdes pertes, publiant des chiffres très divergents qui n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.
Mais le Premier ministre pakistanais Shebhaz Sharif, dont le pays détient l’arme nucléaire, prévient : ses troupes ont « toute la capacité nécessaire pour écraser toute ambition agressive ».
Les villes afghanes Kaboul et Kandahar visées jeudi
Le ministre pakistanais de l’Intérieur Mohsin Naqvi a souligné que les frappes pakistanaises contre les grandes villes afghanes de Kandahar – où réside le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada – et de Kaboul constituaient une « réponse appropriée » à celles lancées par l’Afghanistan jeudi 26 février.
Quant au ministre pakistanais de l’Information Attaullah Tarar, il a précisé que « des cibles de la défense talibane afghane » avaient été visées à Kaboul et à Kandahar ainsi que dans la province de Paktia.
Le gouvernement taliban a confirmé les frappes aériennes pakistanaises, le porte-parole Zabihullah Mujahid affirmant qu’il n’y avait pas eu de victimes. Ces frappes répondaient à une nouvelle attaque afghane contre les positions pakistanaises jeudi, selon Islamabad, mais les autorités talibanes ont annoncé avoir lancé une nouvelle riposte, dans une rapide escalade du conflit.
De la fumée s’élève à la suite de ce que les responsables pakistanais et talibans qualifient d’attaques pakistanaises, à Kaboul, en Afghanistan, sur cette image fixe tirée d’une vidéo diffusée le 27 février 2026. ©Forces de sécurité pakistanaises/Reuters
Affrontements près d’un poste-frontière stratégique entre l’Afghanistan et le Pakistan
Peu après la déclaration de « guerre ouverte », des coups de feu et des tirs d’artillerie ont retenti vendredi 27 février au matin près du poste-frontière stratégique de Torkham, entre l’Afghanistan et le Pakistan, ont indiqué des journalistes de l’AFP sur place. Cela alors que les deux voisins se sont engagés dans des affrontements meurtriers.
Des tirs d’artillerie ont été entendus depuis le territoire afghan près de la frontière vers 9h30 (5h TU), avant que les affrontements transfrontaliers ne reprennent, tandis que des coups de feu résonnaient au loin.
L’un d’eux a vu des soldats afghans se diriger vers la frontière, avant que les forces de sécurité ne lui ordonnent de quitter la zone.
Le camp d’Omari, qui accueille les rapatriés afghans près du poste-frontière, a été touché par les combats pendant la nuit, poussant des personnes à fuir. « Les enfants, les femmes et les personnes âgées couraient », a témoigné un rapatrié de 65 ans, debout devant des rangées de tentes
Le Pakistan déclare la «guerre» aux autorités talibanes d’Afghanistan
Le gouvernement pakistanais a déclaré vendredi la « guerre ouverte » aux autorités talibanes après une offensive afghane à sa frontière, qui a conduit Islamabad à bombarder notamment Kaboul. « Notre patience a atteint ses limites. C’est désormais la guerre ouverte entre nous et vous », a déclaré le ministre de la Défense pakistanais Khawaja Asif sur X.
Ces déclarations interviennent alors que les relations entre le Pakistan, puissance nucléaire, et l’Afghanistan dirigé par les autorités talibanes depuis 2021 se sont fortement dégradées ces derniers mois, les points de passage terrestres étant largement fermés depuis des combats qui ont fait plus de 70 morts de part et d’autre en octobre 2025.
Le ministre pakistanais de l’Intérieur Mohsin Naqvi a jugé vendredi que les frappes pakistanaises contre les grandes villes de Kandahar et Kaboul constituaient une « réponse appropriée » à l’offensive de son voisin jeudi.

