Monsieur le Président de la République,

Permettez à ma très modeste personne de vous adresser ses très vives et sincères félicitations pour votre livre qui constitue à bien des égards une œuvre littéraire que l’on peut apprécier différemment. Ce livre intitulé « Sénégal au cœur » est une initiative qui mérite d’être magnifiée. Seulement, compte tenu de vos immenses charges et lourdes responsabilités, je me demande comment vous avez pu trouver le temps nécessaire pour vous consacrer à la rédaction d’un livre ? En effet, ce n’est pas chose facile ; c’est un travail intellectuel qui demande beaucoup de réflexion, de concentration, d’écritures, de ratures et de réécritures. Aussi certaines personnes doutent que vous en soyez réellement l’auteur.

Monsieur le Président de la République, les personnes avisées ont vite décelé le plagiat au niveau du titre. Je ne m’y connais trop en littérature, mais permettez-moi de dire qu’il n’y a aucune inspiration, aucune imagination encore moins une originalité quelconque dans votre livre dont le titre est particulièrement lapidaire, elliptique, laconique. Les critiques littéraires opportunistes ne tariront pas d’éloges et présenteront votre livre comme un chef d’œuvre de littérature ; ils exagéreront pour ajouter que vous avez une finesse d’écriture et une délicatesse de langage comparables et dignes des grands auteurs de la pléiade, du parnasse ou du romantisme. Les plus audacieux diront que jamais notre pays n’a eu un écrivain d’un si grand talent.

Monsieur le Président de la République, chacun a le droit et la liberté d’apprécier votre ouvrage comme il l’entend ; le Sénégal au cœur de quoi ? Aussi, excuserez-vous mon impudence pour avoir osé compléter votre titre comme suit :

LE SENEGAL AU COEUR :

-des contre-vérités et des mensonges ;

-de la fourberie et de la tromperie ;

-des reniements et des abjurations ;

-de la parole donnée et trahie ;

-des promesses mutilées et des engagements oubliés ;

-des détournements de deniers publics ;

-de la réification des institutions ;

-de la vassalisation de l’Assemblée nationale ;

-de l’instrumentalisation de la justice ;

-de l’éloge de la transhumance ;

-des faux rapports de présentation ;

-du délit d’initiés dans l’attribution de blocs pétrolifères ;

-du favoritisme et du clanisme ;

-de l’ethnicisme dans les nominations ;

-de la politisation outrancière de l’administration ;

-du bradage des réserves foncières ;

-du parrainage présidentiel des activités ludiques ;

-de la négation des valeurs positives ;

-de la répression comme mode de gestion ;

-de la restriction des libertés publiques ;

-de l’impunité et de la non redevabilité ;

-de l’arrogance et de l’indécence ;

-de l’achat de conscience ;

-des milliards volés par un seul fonctionnaire ;

-des délinquants économiques protégés ;

-des dossiers mis sous le coude ;

-de l’insécurité grandissante ;

-des tensions de trésorerie ou budgétaires ;

-de l’éducation chahutée et de la santé méprisée ;

-d’intellectuels et de patrons de presse stipendiés ;

-de populations réduites en bétails électoraux ;

-d’un processus électoral vicié et vicieux ;

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-d’un réseau de chemins de fer démantelé ;

-d’un TER coûteux, inutile, inapproprié et inopportun ;

-des marchés de gré à gré sur des montants astronomiques ;

-de la concussion et de la corruption ;

-d’élites fumeurs de chanvre et consommateurs de drogue ;

-de certains marabouts concupiscents ;

-de la franc-maçonnerie au cœur de l’Etat ;

-de l’incompétence et de la médiocrité ;

-ETC…

Monsieur le Président de la République, votre livre m’a appris que c’est tardivement que vous avez découvert votre lignée guerrière. Peut-être que par le passé vous n’en étiez pas informé. En effet, Sada NDIAYE nous a informés que votre Maître Abdoulaye WADE lui avait demandé de vous amener au Fouta pour que vous fassiez connaissance avec vos parents. Pourquoi les aviez-vous ignorés ? Aviez-vous le complexe de vous en réclamer ? Dieu seul sait.

Monsieur le Président de la République, vous avez déclaré être issu d’une lignée guerrière, peut-être ; mais toujours est-il que vous n’en avez pas hérité les vertus de courage et de témérité. Un guerrier mène toujours un combat frontal et ne surprend jamais ses adversaires ; un guerrier n’use jamais de subterfuges encore moins d’expédients pour écarter ou éviter ses adversaires ; un guerrier ne court pas pleurnicher à genoux devant un marabout, citoyen ordinaire, parce qu’il est menacé de prison ; un guerrier se comporte comme Abdoulaye WADE, Idrissa SECK et Karim WADE qui ont affronté les rigueurs de la prison dans la dignité.

Quant à Sandrine, nos pauvres tympans en ont assez d’en entendre parler tout le temps. Nous pouvons comprendre que, quand une fille belle, pulpeuse et callipyge de surcroît est inaccessible à un homme, ce dernier fantasme toujours sur elle. Ce n’est peut-être votre cas, mais de grâce, les Sénégalais ont d’autres préoccupations plus sérieuses que d’ergoter sur les rondeurs de la belle Sandrine. Vous avez évoqué votre ami Souleymane Ndéné NDIAYE ; on m’aurait dit que vous fréquentiez une maison à la Sicap. Je n’ose pas trop m’avancer parce que ma mémoire me joue souvent des tours. Mais enfin !

Monsieur le Président de la République, il y a beaucoup d’omissions volontaires dans votre récit. Vous n’avez pas relaté quand vous étiez à la totale et entière disposition de Karim Meissa WADE, quand vous faisiez le pied de grue, tout penaud, devant chez Maître WADE et devant chez Idrissa SECK. Tout se sait, mais toute chose n’est pas bonne à dire. A la lecture du livre, il me semble percevoir un certain narcissisme de mauvais aloi.

Monsieur le Président de la République, à tout prendre, retenez simplement que votre fameux livre est un véritable NAVET bon pour être vendu par un bouquiniste grabataire mais pas pour figurer dans les rayons d’une bibliothèque sérieuse. Votre bouquin va générer des millions, à coup sûr, tout simplement parce que vos affidés vont en acheter par centaines voire par milliers pour les plus zélés. Mais puisque c’est pour une cause noble et humanitaire il n’y a pas lieu de leur en tenir rigueur, une occasion pour eux de restituer une partie de l’argent public volé.

VIVE LE SENEGAL AU CŒUR MEURTRI, LACERE ET POIGOIGNARDE

Boubacar SADIO
Commissaire divisionnaire de police de
Classe exceptionnelle à la retraite