Canada: vote test en Alberta sur un futur référendum d’indépendance de la province
Les habitants de l’Alberta se prononcent ce lundi 19 octobre sur la tenue d’un futur référendum d’indépendance. Un scrutin test pour le pays, en pleine guerre commerciale avec Washington. Selon les derniers sondages publiés par le journal québécois Le Devoir, environ 70% veulent rester canadiens.
Par Pascale Veysset avec agences
« L’Alberta doit-elle rester une province du Canada? »: voici la question posée ce lundi 19 octobre aux électeurs de cette région; lors d’une consultation qui pourrait ensuite aboutir à un référendum, contraignant cette fois, sur l’indépendance de l’Alberta.
Selon les enquêtes d’opinion, moins de 25% des cinq millions d’habitants de cette province de l’ouest du Canada se disent en faveur d’une sécession. Ce qui n’empêche pas les séparatistes de croire en leurs chances tandis que le Premier ministre Mark Carney, qui s’est impliqué personnellement dans la campagne, a mis en garde contre une surmobilisation des partisans de la sécession.
« Un bluff dangereux »
« Ne laissez personne vous dire que les jeux sont faits. Le niveau de participation déterminera le résultat », a déclaré jeudi Mark Carney, qui a grandi dans l’Alberta. « Un vote contre le Canada serait un bluff dangereux (…) Votez comme si le Canada en dépendait car c’est le cas ».
Le référendum compte 10 questions. Selon Radio-Canada, les électeurs albertains se rendent aux urnes pour répondre aussi à neuf autres questions, dont cinq sur l’immigration et quatre sur des réformes constitutionnelles.
Tous les projecteurs sont cependant braqués sur la question 10 qui propose deux options: rester une province du Canada ou confier au gouvernement provincial le mandat d’organiser un référendum contraignant sur l’indépendance.
Elon Musk s’est lui aussi permis d’intervenir dans le débat en appelant l’Alberta à se « séparer » du Canada.
Selon le journal québécois Le Devoir, une faible participation pourrait bouleverser l’issue du scrutin au point de favoriser les indépendantistes, a averti cette semaine l’ancien premier ministre de l’Alberta Jason Kenney. « Si le taux de participation est de 40 % ou moins, les séparatistes pourraient l’emporter lundi ».
Une analyse partagée par Adrienne Davidson, professeure adjointe au Département de science politique de l’Université McMaster: « La mobilisation, l’engagement et la participation, tout comme la frustration qui pousse les gens à aller voter, sont beaucoup plus forts chez les indépendantistes que chez les fédéralistes ».
« Volés, floués, maltraités »
L’Alberta dispose, avec ses gisements de sables bitumineux, des quatrièmes réserves mondiales prouvées de pétrole. Ces richesses sont au centre des revendications des séparatistes qui affirment que l’État fédéral a étouffé l’industrie pétrolière avec ses réglementations environnementales sous le mandat de l’ex-Premier ministre Justin Trudeau, leur bête noire.
« Nous nous sentons volés, floués, maltraités », a déclaré Sandy Martel, 61 ans, dirigeante d’une petite entreprise à Spruce Grove. « Il est temps de se lever et de dire stop« , a-t-elle ajouté samedi lors d’un rassemblement séparatiste devant le parlement provincial à Edmonton, la capitale de la province.
Rompant avec son prédécesseur Justin Trudeau, Mark Carney a fait de la construction d’un nouvel oléoduc reliant l’Alberta à la côte Pacifique un pilier de sa stratégie visant à réduire la dépendance du Canada à l’égard des États-Unis. Cet oléoduc doit permettre d’exporter massivement du pétrole vers l’Asie.
Marginal il y a quelques années encore, le mouvement séparatiste est parvenu en mai à recueillir suffisamment de signatures pour déclencher un référendum d’initiative populaire sur l’indépendance, avant qu’un juge local ne l’annule pour des motifs constitutionnels.
Mais la dirigeante conservatrice de la province, Danielle Smith, opposée à l’indépendance mais dont le parti compte des séparatistes dans ses rangs, a décidé d’organiser sa propre consultation.
Au-delà de l’Alberta, Mark Carney est confronté à d’autres velléités indépendantistes dans la province francophone du Québec où le Parti québécois, victorieux des élections provinciales début octobre, veut organiser un nouveau référendum sur l’indépendance.Lire la vidéo
Les derniers mois ont été marqués par la manipulation de contenus sur les réseaux via l’intelligence artificielle et par des allégations d’ingérence américaine, amenant des experts à mettre en garde contre de possibles contestations du résultat du scrutin.
« Il est probable qu’une partie de la population perçoive ce scrutin comme volé ou injuste », juge Aengus Bridgman, directeur du Media Ecosystem Observatory (MEO) à l’Université McGill de Montréal. Mark Carney a dit qu’il attendait des gouvernements étrangers, « dont les États-Unis », qu’ils n’interfèrent pas dans ce scrutin alors que les contacts entre l’administration Trump et des séparatistes de l’Alberta, reçus au département d’État, ont provoqué des remous au Canada.
Selon le quotidien québécois La Presse, les bureaux de vote de toute la province seront ouverts ce lundi jusqu’à 22 h. Les premiers résultats concernant la question de l’indépendance devraient commencer à tomber au petit matin mardi.

