POUR UNE MAÎTRISE DES VULNÉRABILITÉS EN AFRIQUE – Alioune Sall prône une résilience transformatrice
Lors de l’ouverture du 4e colloque international du Centre des Hautes Études de la défense et de la sécurité (Cheds), la semaine dernière, le professeur Alioune Sall, vice-président de la Commission du droit international de l’Onu, a préconisé une résilience transformatrice, s’attaquant aux causes profondes des vulnérabilités en Afrique.
Vice-Président de la Commission du droit international de l’Organisation des Nations unies (Onu) et ancien juge à la Cour de justice de la Cedeao, le professeur Alioune Sall a animé la conférence introductive du 4e colloque international du Cheds, la semaine dernière. Lequel colloque avait pour thème : « Repenser la résilience en Afrique : sécurité, gouvernance et développement durable ». Dans son intervention, l’universitaire estime que l’Afrique doit maîtriser les facteurs de vulnérabilité et prévenir les crises plutôt que d’être condamnée à les subir. À ses yeux, faire de la capacité d’endurance des populations, le principal amortisseur des défaillances de l’État revient à valider et légitimer ces manquements institutionnels. « La survie ne peut pas constituer un projet politique ni une politique publique », a déclaré M. Sall, plaidant ainsi pour la résilience transformatrice qui, d’après lui, relève « d’une médecine préventive et prophylactique », s’attaquant aux causes structurelles des vulnérabilités pour permettre au continent de maîtriser son propre destin. Pour agir concrètement et faire advenir cette résilience transformatrice, il propose trois leviers essentiels : la sécurité, la gouvernance et le développement durable.
S’agissant de la sécurité, l’universitaire rappelle que certaines fonctions régaliennes de l’État ne sauraient être remises en cause. La lutte contre le terrorisme, la protection des frontières, et la sécurisation des populations et de leurs biens relèvent de la dimension militaire et des missions fondamentales de l’État. Cependant, précise-t-il, une approche exclusivement militaire de la sécurité révèle très vite ses limites. Pour lui, la sécurité doit dépasser la dimension purement matérielle ou militaire pour devenir une sécurité humaine. « La sécurité multidimensionnelle est à la fois juridique, environnementale, alimentaire et économique. Le concept de sécurité humaine répond à la nécessité d’élargir et d’assouplir une conception trop exclusivement militaire de la sécurité », a expliqué le professeur Alioune Sall. Avant d’ajouter : « Quand l’administration est absente, quand la justice est inaccessible ou quand les citoyens ne connaissent de l’État que ses forces de coercition, l’ordre qui est instauré est un ordre nécessairement fragile ». Sa conviction est qu’un État ne se consolide pas seulement en se rendant redoutable. « Il se consolide en étant présent, juste et utile », dit-il.
Confiance des citoyens
S’agissant de la gouvernance, Prof Sall a indiqué que la stabilité et la continuité institutionnelle ne sauraient suffire pour apprécier la qualité d’une gouvernance. D’après lui, une gouvernance favorable à la résilience transformatrice doit reposer sur la confiance des citoyens dans les institutions publiques. Il reste persuadé qu’ »une élection sans crédibilité, une justice perçue comme dépendante, une corruption impunie ou des territoires abandonnés affaiblissent les États ». « La confiance publique est une infrastructure stratégique, au même titre que les routes ou les ponts. La qualité de la gouvernance doit dépasser la seule question des élections. La démocratie ne peut pas s’épuiser dans l’élection ; l’élection n’est pas l’alpha et l’oméga de la démocratie », a-t-il fait savoir, soulignant que l’Afrique a besoin d’une démocratie continue fondée sur la confiance dans des institutions représentatives et redevables. « L’absence de confiance débilite le corps social, la démocratie, l’État et la société », a regretté le conférencier.
Concernant le développement durable, il rappelle qu’il renvoie à la nécessité de protéger l’environnement, de sauvegarder les biens communs et les richesses naturelles, de ne pas les surexploiter. De ce point, il trouve que l’Afrique a un potentiel qu’on ne trouve pas ailleurs. Mais, a-t-il relevé, cette abondance contraste avec la place occupée par le continent dans les circuits économiques mondiaux. Malgré l’importance de ses ressources, l’Afrique reste, selon l’universitaire, maintenue à la périphérie des lieux de décision et des chaînes de valeur. « C’est un paradoxe que la résilience transformatrice nous invite peut-être à essayer de dépasser », a-t-il affirmé, appelant les États africains à mieux valoriser leurs ressources, à préserver leurs richesses naturelles et à renforcer leur capacité à peser sur les choix économiques qui les concernent.
Aliou DIOUF
SOURCE LESOLEIL

