Kédougou – Projet aurifère de Tomboronkoto : Le grand déménagement annoncé pour 2028

Alors que le projet d’extension de la mine de Mako entre dans sa phase décisive dans la région de Kédougou, l’Etat renforce ses exigences de conformité environnementale et de participation communautaire. Entre impératifs économiques, sauvegarde de la biodiversité du fleuve Gambie et urgence d’un dialogue social apaisé, plongée au cœur d’un dossier sous haute surveillance Prévu pour 2028. 

Par Bocar SAKHO – A environ 705 kilomètres de Dakar et à une trentaine de kilomètres du chef-lieu de région, le village de Tomboronkoto, dans le département de Bandafassi, retient son souffle. C’est ici, sur un périmètre de recherche de 25, 2 km2, que se joue l’avenir d’un ambitieux projet aurifère opéré en joint-venture par la société Ardimines Sarl et Toro Gold Limited (filiale du géant minier Resolute Mining), selon le Projet satellite de Tombo et l’étude d’impact environnemental et social transmis dans le cadre du dossier d’instruction technique et réglementaire suivi par la Direction de la réglementation environnementale et du contrôle.

Conçu comme une mine satellite alimentant l’usine de traitement du projet aurifère de Mako (détenu par Petowal Mining Company – Pmc), le gisement de Tomboronkoto est appelé à prolonger la durée de vie opérationnelle de cette dernière. Les estimations préliminaires font état de ressources minérales prometteuses : 5 millions de tonnes de minerai titrant à 2, 1 G/t d’or, soit environ 343 000 onces d’or. L’exploitation prévoit l’extraction quotidienne et le transit routier de 6000 à 6200 tonnes de minerai vers Mako, nécessitant la création d’une fosse à ciel ouvert de plus de 20 hectares, de Dépôts de roches stériles (Drs) sur des dizaines d’hectares, et le réalignement de la Route nationale 7 (Rn7). Toutefois, derrière les retombées financières et industrielles annoncées, la mise en œuvre de la mine fait face à un double défi : environnemental et social.

Un processus réglementaire sous strict contrôle étatique
Le cadre juridique régissant le projet s’est clarifié ces derniers mois. Après l’attribution initiale du permis de recherche «Tombo» en février 2019, le ministère des Mines et de la géologie a acté son premier renouvellement de trois ans à compter de février 2023 via l’arrêté n°024329 du 7 juillet 2023 signé par le ministre Oumar Sarr, assorti d’un engagement financier minimal de 2, 1 millions de dollars Us.

Cependant, c’est sur le terrain du Code de l’environnement (loi n°2023-15) que se cristallisent les enjeux majeurs.

La Direction de la réglementation environnementale et du contrôle (Direc), rattachée au Ministère de l’environnement et de la transition écologique (Mete), a officiellement validé les Termes de référence (Tdr) de l’Etude d’impact environnemental et social (Eies) à la suite d’une visite de site effectuée le 25 octobre 2024. «La recevabilité et l’approbation de l’Eies dépendent de la qualité et de la sincérité des consultations menées. Tout manquement entraînerait le rejet du rapport», note la Direc.

A la suite d’une demande de prorogation introduite par le promoteur en juin 2025, la Direc a accordé un délai supplémentaire de trois mois pour le dépôt du rapport provisoire de l’Eies. Dans sa notification, l’autorité environnementale insiste sur le caractère impératif, inclusif et transparent du processus de consultations publiques.

Sanctuaires écologiques et habitats sensibles : le défi du fleuve Gambie
L’implantation des infrastructures minières pose des questions environnementales complexes. Le site se situe à proximité immédiate du fleuve Gambie, une artère hydrographique critique pour les écosystèmes régionaux et l’approvisionnement des populations localisées en aval.
L’Eies, conduite par le bureau d’études spécialisé Earth Systems, met l’accent sur plusieurs éléments sensibles : la zone d’influence du projet recoupe le couloir de passage des chimpanzés et se situe non loin du Parc national du Niokolo Koba (Pnnk). La préservation de ces écosystèmes fragiles impose la mise en place de mesures de compensation précises pour les pertes de biodiversité. Pour la gestion des ressources en eau, des pompages d’appoint dans le fleuve Gambie (soumis à la réglementation de l’Omvg et de la Dgpre), ainsi que la création de bassins de sédimentation et de décantation, sont prévus pour gérer les eaux d’exhaure et les ruissellements de la mine avant tout rejet.

Quid des rejets et nuisances ?
La modélisation de la qualité de l’air (poussières Pm2.5/Pm10), les émissions sonores des tirs à l’explosif, la gestion des hydrocarbures et la stabilité des stockages de stériles font l’objet d’analyses poussées.

Le projet aurifère de Tomboronkoto incarne l’équation complexe du secteur extractif sénégalais : concilier l’attractivité des investissements miniers directs étrangers et la protection stricte du patrimoine naturel et social. Les prochains mois, marqués par la remise du rapport d’Eies et la tenue des audiences publiques à Tomboron-koto et Kédougou, détermineront si toutes les garanties environnementales et sociétales ont été réunies pour permettre le feu vert de l’administration.

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